Kim Jong-un inaugure un monument pour se rapprocher de Poutine
Lorsque Kim Jong-un apparaît en public, la presse d'Etat nord-coréenne le présente généralement soit dans une posture très combative, soit dans une attitude tout à fait décontractée. Sa pose grave et martiale, il l'adopte volontiers lorsqu'il prononce un discours ou fait tirer des fusées dans les airs.
Le Kim Jong-un détendu, en revanche, se montre quand il visite, comme souvent, un jardin d'enfants ou un salon de toilettage pour animaux de compagnie. Le «Guide suprême» laisse ainsi entendre qu’il peut se montrer sympathique, du moment que tout se déroule selon ses règles.
Un monument pour la guerre en Ukraine
Le week-end dernier, son peuple a alors découvert un troisième Kim, bien plus rarement représenté: le dictateur recueilli et paternel. Dimanche, Kim, âgé de 42 ans, a en effet inauguré dans sa capitale, Pyongyang, un nouveau mémorial dédié aux soldats tombés au combat en Ukraine.
Vêtu d'un costume noir, il s'est avancé pour ajuster une couronne mortuaire avec un respect visible et une expression émue. Celle-ci est destinée à honorer la mémoire de toutes les personnes récemment tombées dans la guerre entre la Russie et l'Ukraine.
Car, depuis le début de la guerre en février 2022, quelque 15 000 Nord-Coréens ou davantage auraient été déployés pour combattre aux côtés de la Russie. En Corée du Sud, pays ennemi de la Corée du Nord, on estime qu'environ 6000 soldats ont déjà perdu la vie, même si la Corée du Nord ne communique aucun chiffre à ce sujet. Ce bilan pourrait encore s'alourdir. Tout laisse à penser que la coopération entre la Russie et la Corée du Nord va désormais se renforcer davantage.
Une coopération qui va s'approfondir
Le ministre russe de la Défense, Andrei Belooussov, a lui aussi participé aux cérémonies de dimanche. Il se tenait aux côtés de Kim Jong-un devant un imposant monument représentant sept soldats, aux hampes desquels flottaient un drapeau russe et un drapeau nord-coréen.
Des avions militaires ont fendu le ciel, des soldats ont lâché des ballons blancs. Et les hauts responsables russes et nord-coréens se sont mutuellement félicités de leurs engagements respectifs. Kim Jong-un a dit, lors de son discours:
Et, selon l'agence de presse sud-coréenne Yonhap, Belooussov a laissé entendre que la Russie et la Corée du Nord approfondiront tendanciellement encore leur étroite coopération. Belooussov a indiqué:
En 2024, la Corée du Nord (qui entretenait déjà des relations étroites avec l'Union soviétique, Etat prédécesseur de la Russie, pendant la Guerre froide qui s'est achevée au début des années 1990), a conclu un accord militaire avec la Russie. Depuis lors, les deux Etats se garantissent mutuellement une assistance militaire. Un tel rapprochement présentait un intérêt pour les deux parties, notamment parce que toutes deux sont frappées par d'importantes sanctions internationales: la Corée du Nord en raison de son programme nucléaire, la Russie en raison de son agression contre l'Ukraine.
Du matériel militaire de la Seconde Guerre mondiale
Depuis le début de la guerre, la coopération militaire entre les deux Etats s'est considérablement intensifiée. La Corée du Nord a non seulement envoyé des soldats, mais aussi du matériel militaire qui, héritage de la coopération de la Guerre froide, correspond parfaitement aux équipements utilisés en Russie. La Russie aurait fourni en contrepartie une aide économique à la Corée du Nord.
Ainsi, la Corée du Nord figure parmi les grands bénéficiaires de l'agression russe contre l'Ukraine.
Vladimir Tikhonov, spécialiste de la Corée du Nord et professeur d'études coréennes à l'université d'Oslo, explique:
En écho à cela, Kim Jong-un, dont l'Etat est bien plus pauvre que celui de la Russie, a déclaré qu'il fallait créer un «rempart solide». Les relations seraient depuis longtemps scellées dans le «sang».
Pour le gouvernement nord-coréen, dont l'économie est quasi totalement exclue du commerce international et où, selon les estimations de l'ONU, une grande partie de la population souffre de malnutrition, de telles relations constituent une sorte d'assurance-vie secondaire. La sécurité primaire du pays réside dans son potentiel de dissuasion, via son arsenal nucléaire développé au fil des dernières décennies, qui décourage vraisemblablement des nations hostiles, comme les Etats-Unis, de lancer une attaque.
