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Pétrole: pourquoi la guerre en Iran rapporte gros à Poutine

Le chef du Kremlin Vladimir Poutine à Moscou: jusqu'à présent, la Russie s'abstient de toute ingérence au Proche-Orient.
Le chef du Kremlin Vladimir Poutine à Moscou: jusqu'à présent, la Russie s'abstient de toute ingérence au Proche-Orient.Image: Gavriil Grigorov / AP

Pourquoi la guerre en Iran rapporte gros à Poutine

Bien que Téhéran soit un allié, Moscou se tient remarquablement à l'écart du conflit au Moyen-Orient. La Russie tire même, sous certains aspects, profit de la situation.
04.03.2026, 17:1504.03.2026, 17:15
Ivan Ruslyannikov / ch media

Tandis que les Etats-Unis et Israël bombardent l'Iran, Moscou se tient remarquablement à l'écart. Le Kremlin s'est jusqu'ici limité à des condoléances et au partage d'une «profonde préoccupation». De quoi surprendre, tant l'Iran est un allié proche du régime de Vladimir Poutine.

Dans un message, Poutine a récemment souligné que l'assassinat du Guide suprême de l'Iran, Ali Khamenei, avait été commis «en violation cynique de toutes les normes de la morale humaine et du droit international». Aucune mesure concrète de la part du Kremlin n'a toutefois suivi.

Une guerre qui fait tanguer la Russie

L'expert sur l'Iran du think tank Carnegie de Berlin, Nikita Smagin, confie à CH Media (éditeur de watson) que Poutine pourrait se sentir personnellement menacé par les événements en Iran. Il indique:

«Il est évident que Poutine n'apprécie pas que certaines normes des relations internationales évoluent ces derniers temps dans le sens où des dirigeants autoritaires peuvent être simplement éliminés.»

Il ne croit pas pour autant que la Russie s'engagera dans la guerre et risquera un affrontement direct avec Israël et les Etats-Unis. Il affirme:

«La Russie n'est pas prête à sauver l'Iran à un prix aussi élevé»

Le maximum envisageable serait une intensification des livraisons d'armes russes à l'Iran, mais uniquement à condition que la République islamique survive sous une forme ou une autre.

Vladimir Poutine, ici avec l'ayatollah Khamenei en 2022 à Téhéran. Le guide suprême de l'Iran est désormais décédé.
Vladimir Poutine, ici avec l'ayatollah Khamenei en 2022 à Téhéran. Le guide suprême de l'Iran est désormais mort.Image: AP

Un effet positif pour les caisses de Poutine

Des mesures radicales plus concrètes pourraient en outre être freinées par le fait que la Russie profite directement, en ce moment, de la guerre au Moyen-Orient. Les prix du pétrole brut de la variété russe Brent ont récemment progressé de 13% pour dépasser les 81 dollars américains le baril, atteignant ainsi leur niveau le plus élevé depuis janvier 2025. Smagin explique:

«Si l'on tient compte des prix du pétrole, la guerre au Moyen-Orient joue bel et bien en faveur de la Russie, notamment parce que l'Iran est pour l'instant hors jeu en tant que fournisseur de pétrole pour la Chine, un marché sur lequel Moscou et Téhéran se faisaient concurrence ces derniers temps.»

Cela ne signifie pas pour autant que le Kremlin se satisfasse de la situation, car la Russie entretient plusieurs accords stratégiques avec l'Iran, notamment le corridor de transport «Nord-Sud».

Ce projet comprend des voies maritimes du port de Mumbai aux ports iraniens de Chabahar et Bandar Abbas, des liaisons ferroviaires à travers la Russie, l'Azerbaïdjan et l'Iran, ainsi que des transports maritimes en mer Caspienne. Même si «Nord-Sud» n'est actuellement pas particulièrement rentable d'un point de vue financier, il revêt une grande importance stratégique pour la Russie, explique Smagin.

Carte ports Iran.
carte: watson

Le rôle de la Chine

Selon l'expert, la Chine a constitué ces dernières années le fondement de la survie de l'Iran.

«Elle était à la fois partenaire commerciale et importatrice de pétrole, tandis que Pékin livrait en retour des produits technologiques.»

Les rames de métro de Téhéran, par exemple, ont été fournies par la Chine. Ce partenariat est désormais menacé, car l'Iran a fermé le détroit d'Ormuz, une route d'approvisionnement cruciale pour les importations chinoises de pétrole.

Pékin agit toutefois toujours de manière pragmatique, et, du point de vue chinois, ce n'est pas l'Iran qui est responsable de cette guerre. «La Chine maintiendra donc ses relations avec Téhéran autant que possible», estime Smagin.

Des répercussions sur la guerre en Ukraine

La guerre au Moyen-Orient se répercute également sur la guerre en Ukraine. Le porte-parole de Poutine, Dmitri Peskov, a déclaré que «pour des raisons compréhensibles, il est aujourd'hui difficile de parler d'une réunion tripartite (Etats-Unis, Russie, Ukraine) pour régler le conflit». Selon lui, il n'y a de clarté ni sur le calendrier ni sur le lieu d'un éventuel nouveau cycle de négociations.

La propagande russe sème par ailleurs le scepticisme quant à une participation américaine aux négociations sur l'Ukraine. Le journal d'Etat Moskovski Komsomolets a écrit sur l'inutilité des négociations de paix en Ukraine:

«Trump dévore nos alliés les uns après les autres et a déjà annoncé l'annexion prochaine de Cuba. Il nous berce de contes sur les perspectives sans précédent d'une coopération russo-américaine.»

S'agissant des livraisons d'armes iraniennes à la Russie, Moscou n'était déjà plus dépendant de manière critique de Téhéran avant 2026, selon l'expert militaire Pavel Louzine. Il indique:

«Les drones de conception iranienne, la Russie les produit désormais elle-même. Et les pièces et composants nécessaires, elle les importe de Chine.»

Dans le cadre de leur coopération militaire, l'Iran livre des technologies de drones à la Russie depuis 2022, ce qui a permis à Moscou de mettre en place sa propre production de modèles Shahed qui, dans leur version russe, ont reçu la désignation «Geran».

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré fin février que la Russie avait utilisé plus de 57 000 de ces engins au cours de la guerre pour attaquer les villes ukrainiennes et les infrastructures énergétiques du pays.

Vladimir Poutine dans tous ses états
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Vladimir Poutine dans tous ses états
Poutine en mode chasseur, 2010.
source: ap ria novosti russian governmen / dmitry astakhov
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Une journaliste australienne célèbre la mort de Ali Khamenei
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