Pourquoi la guerre en Iran rapporte gros à Poutine
Tandis que les Etats-Unis et Israël bombardent l'Iran, Moscou se tient remarquablement à l'écart. Le Kremlin s'est jusqu'ici limité à des condoléances et au partage d'une «profonde préoccupation». De quoi surprendre, tant l'Iran est un allié proche du régime de Vladimir Poutine.
Dans un message, Poutine a récemment souligné que l'assassinat du Guide suprême de l'Iran, Ali Khamenei, avait été commis «en violation cynique de toutes les normes de la morale humaine et du droit international». Aucune mesure concrète de la part du Kremlin n'a toutefois suivi.
Une guerre qui fait tanguer la Russie
L'expert sur l'Iran du think tank Carnegie de Berlin, Nikita Smagin, confie à CH Media (éditeur de watson) que Poutine pourrait se sentir personnellement menacé par les événements en Iran. Il indique:
Il ne croit pas pour autant que la Russie s'engagera dans la guerre et risquera un affrontement direct avec Israël et les Etats-Unis. Il affirme:
Le maximum envisageable serait une intensification des livraisons d'armes russes à l'Iran, mais uniquement à condition que la République islamique survive sous une forme ou une autre.
Un effet positif pour les caisses de Poutine
Des mesures radicales plus concrètes pourraient en outre être freinées par le fait que la Russie profite directement, en ce moment, de la guerre au Moyen-Orient. Les prix du pétrole brut de la variété russe Brent ont récemment progressé de 13% pour dépasser les 81 dollars américains le baril, atteignant ainsi leur niveau le plus élevé depuis janvier 2025. Smagin explique:
Cela ne signifie pas pour autant que le Kremlin se satisfasse de la situation, car la Russie entretient plusieurs accords stratégiques avec l'Iran, notamment le corridor de transport «Nord-Sud».
Ce projet comprend des voies maritimes du port de Mumbai aux ports iraniens de Chabahar et Bandar Abbas, des liaisons ferroviaires à travers la Russie, l'Azerbaïdjan et l'Iran, ainsi que des transports maritimes en mer Caspienne. Même si «Nord-Sud» n'est actuellement pas particulièrement rentable d'un point de vue financier, il revêt une grande importance stratégique pour la Russie, explique Smagin.
Le rôle de la Chine
Selon l'expert, la Chine a constitué ces dernières années le fondement de la survie de l'Iran.
Les rames de métro de Téhéran, par exemple, ont été fournies par la Chine. Ce partenariat est désormais menacé, car l'Iran a fermé le détroit d'Ormuz, une route d'approvisionnement cruciale pour les importations chinoises de pétrole.
Pékin agit toutefois toujours de manière pragmatique, et, du point de vue chinois, ce n'est pas l'Iran qui est responsable de cette guerre. «La Chine maintiendra donc ses relations avec Téhéran autant que possible», estime Smagin.
Des répercussions sur la guerre en Ukraine
La guerre au Moyen-Orient se répercute également sur la guerre en Ukraine. Le porte-parole de Poutine, Dmitri Peskov, a déclaré que «pour des raisons compréhensibles, il est aujourd'hui difficile de parler d'une réunion tripartite (Etats-Unis, Russie, Ukraine) pour régler le conflit». Selon lui, il n'y a de clarté ni sur le calendrier ni sur le lieu d'un éventuel nouveau cycle de négociations.
La propagande russe sème par ailleurs le scepticisme quant à une participation américaine aux négociations sur l'Ukraine. Le journal d'Etat Moskovski Komsomolets a écrit sur l'inutilité des négociations de paix en Ukraine:
S'agissant des livraisons d'armes iraniennes à la Russie, Moscou n'était déjà plus dépendant de manière critique de Téhéran avant 2026, selon l'expert militaire Pavel Louzine. Il indique:
Dans le cadre de leur coopération militaire, l'Iran livre des technologies de drones à la Russie depuis 2022, ce qui a permis à Moscou de mettre en place sa propre production de modèles Shahed qui, dans leur version russe, ont reçu la désignation «Geran».
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré fin février que la Russie avait utilisé plus de 57 000 de ces engins au cours de la guerre pour attaquer les villes ukrainiennes et les infrastructures énergétiques du pays.
