Poutine accélère sa «mobilisation dissimulée»
Robert «Magyar» Brovdi ne se laisse pas déstabiliser par les dernières informations en provenance de Russie, du moins en apparence. «Poutine enverra ses serfs au front et ils tomberont en plus grand nombre encore qu’aujourd’hui», a prévenu lundi le commandant des forces ukrainiennes de drones au Telegraph. Mais tous les Ukrainiens ne devraient pas accueillir avec autant de sérénité les signes d’une nouvelle vague de recrutement en Russie.
Depuis quelque temps déjà, des experts militaires mettent en garde contre le risque que le chef du Kremlin, Vladimir Poutine, décrète une nouvelle mobilisation après les élections de la semaine dernière, qualifiées de simulacre. Même si le résultat du scrutin lui-même a probablement été falsifié, les élections législatives sont néanmoins considérées comme un test de l’état d’esprit de la population. Poutine aurait désormais les mains libres pour enrôler des centaines de milliers de jeunes hommes dans l’armée. Mais les dirigeants russes semblent pour l’instant encore réticents à décréter une mobilisation ouverte.
La Russie augmente massivement ses dépenses d’armement
La dernière mobilisation, à l’automne 2022 – après six mois marqués par les revers dans la guerre menée contre l’Ukraine –, avait poussé des centaines de milliers de Russes à fuir à l’étranger. Aujourd’hui encore, le Kremlin a sans doute tout intérêt à préserver autant que possible la population des grandes villes de l’ouest du pays des conséquences de la guerre. Les signes se multiplient en revanche que le Kremlin mise sur une «mobilisation dissimulée» pour atteindre ses objectifs de guerre.
Lundi, Vladimir Poutine a ainsi créé, par décret, 15 500 nouveaux postes au sein de l’armée, portant à 1,55 million le nombre de soldats visé. Il s’agit déjà de la quatrième hausse depuis mars. Au total, la Russie a relevé cette année les effectifs théoriques de ses forces armées de près de 48 000 soldats. Moscou entend également porter ses dépenses militaires l’année prochaine à leur plus haut niveau depuis 2022. Selon des documents du Kremlin, des dépenses équivalant à quelque 168 milliards de francs suisses sont prévues. Le gouvernement de Kiev, en tout cas, prend ces signaux au sérieux.
«Le fait est que la Russie a déjà commencé une nouvelle mobilisation», a déclaré, lundi, le président ukrainien Volodymyr Zelensky dans son allocution vidéo du soir. «Ils augmentent le nombre de leurs recrues par différents moyens», a poursuivi le président. La Corée du Nord se préparerait à elle seule à envoyer 10 000 soldats supplémentaires en Russie, en plus des 8000 qui s’y trouvent déjà, a affirmé Zelensky.
Le Kremlin mise sur des soldats recrutés dans les régions périphériques
Dans d’autres pays, la Russie recrute des hommes pour son armée en leur faisant de fausses promesses, rapportait récemment l’organisation de défense des droits humains Amnesty International. Selon les autorités ukrainiennes, plus de 28 000 ressortissants étrangers originaires de plus de 130 pays ont signé un contrat avec l’armée russe depuis l’invasion de février 2022. Mais les chiffres récemment avancés par le renseignement militaire ukrainien, le HUR, vont encore bien au-delà.
Selon ce dernier, la Russie prévoit de recruter 300 000 soldats supplémentaires cette année et autant l’année prochaine. Ils viendraient s’ajouter aux 400 000 nouvelles recrues dont l’armée de Poutine a de toute façon besoin pour compenser ses pertes. Ces troupes supplémentaires seraient destinées au siège de la «ceinture de forteresses» ukrainienne autour de Kramatorsk et Sloviansk, dans la région de Donetsk.
Ces forces supplémentaires ne seraient, toutefois, pas recrutées à Moscou ni à Saint-Pétersbourg, mais dans les régions périphériques de Russie, afin de limiter les conséquences politiques pour le Kremlin, selon les services de renseignement ukrainiens.
La Russie accentue la pression pour recruter
Reste à savoir dans quelle mesure les objectifs supposés du Kremlin en matière d’effectifs sont réalistes. La situation financière de l’Etat russe s’est certes de nouveau stabilisée grâce à la hausse des prix du pétrole, ce qui a récemment permis à de nombreuses régions d’augmenter les primes versées aux nouvelles recrues.
Malgré cela, la Russie n’a jusqu’à présent réussi à recruter de cette manière qu’environ 234 000 soldats cette année. C’est quelque 26 000 de moins qu’à la même période l’année précédente, selon Janis Kluge, spécialiste de la Russie du German Institute for International and Security Affairs. Mais le Kremlin ne semble désormais plus miser uniquement sur les incitations financières pour atteindre les objectifs fixés par l’armée.
Les informations faisant état de pressions exercées sur les universités et les écoles pour recruter de jeunes hommes destinés à la guerre se sont ainsi multipliées ces derniers temps. La police mène également régulièrement des raids visant des immigrés, au cours desquels des personnes sont poussées à s’engager dans l’armée. La numérisation du recensement militaire aurait par ailleurs rendu le recrutement plus efficace.
Et de nombreuses régions russes versent désormais des primes non seulement aux recrues elles-mêmes, mais aussi aux personnes qui amènent de nouveaux soldats aux autorités.
La Russie perdrait 36 000 soldats par mois
Une chose est certaine: le Kremlin a un besoin urgent de davantage d’hommes. Notamment à cause de Robert «Magyar» Brovdi et de ses drones, connus sous le nom de «Birds of Magyar» («les oiseaux de Magyar»). Avec son unité, Brovdi a imposé de nouveaux standards dans la guerre moderne par drones, avant que Kiev ne lui confie le commandement de l’ensemble de cette branche des forces armées. Les drones seraient désormais responsables de plus de 90% de l’ensemble des pertes russes en Ukraine.
Mykhaïlo Fedorov, récemment démis de ses fonctions de ministre ukrainien de la défense, avait encore fixé en juillet un objectif de 50 000 pertes russes par mois. L’armée ukrainienne semble s’en rapprocher progressivement. Selon l’état-major ukrainien, la Russie a perdu en moyenne plus de 41 000 soldats par mois au cours des trois derniers mois. Des représentants de gouvernements occidentaux estimaient récemment ces pertes à environ 36 000 soldats par mois.
Le commandant Brovdi fait lui aussi état de signes d’une nouvelle vague de recrutement en Russie. Depuis août, ses combattants utilisant des drones auraient tué ou blessé environ 25% de soldats russes supplémentaires par rapport aux mois précédents, affirme cet ancien entrepreneur, dont la tête aurait été mise à prix pour 20 millions de dollars par le Kremlin.
Il commente toutefois la perspective d’un renforcement des troupes russes dans un mélange de détermination et de cynisme: «Nous sommes prêts à accueillir l’inépuisable approvisionnement en goulasch.» Le choix de ses mots montre à quel point la guerre contre la Russie a également brutalisé la société ukrainienne. (trad. hun)

