Les hôpitaux russes sont au bord du gouffre et le pire est à venir
Plus de quatre ans après le début de la guerre contre l’Ukraine, le système de santé russe traverse une profonde crise. Selon les chiffres officiels, près de 87 000 médecins et professionnels de santé manquent actuellement dans l’ensemble du pays.
Dans une vidéo largement relayée, une professionnelle russe de la santé accuse les autorités de faire pression sur les hôpitaux et les polycliniques pour envoyer du personnel au front. En effet, chaque établissement devrait fournir au moins un employé pour participer à l’effort de guerre. Les volontaires seraient rares et une forte pression serait exercée par les directions hospitalières et les autorités régionales.
Le métier de feldsher est une profession médicale très répandue en Russie, accessible après une formation plus courte que celle des médecins. Dans les régions rurales notamment, les feldshers remplissent souvent les fonctions de médecins généralistes, assurent les soins quotidiens des patients et participent également aux tâches infirmières. En dehors des grandes villes, ils constituent un pilier essentiel du système de santé.
Cette affaire met en lumière une crise plus large du système de santé russe. Selon le ministère russe de la Santé, il manquait, à la mi-avril 2026, plus de 23 000 médecins et environ 63 600 autres professionnels de santé. Au total, près de 87 000 postes restaient vacants dans le pays.
La guerre aggrave la crise du système de santé russe
Mais la guerre contre l’Ukraine pèse encore davantage sur le système. Du personnel médical est mobilisé pour des missions militaires et envoyé au front, souvent contre son gré. Dans le même temps, de nombreux spécialistes quittent le pays par crainte d’une mobilisation ou d’un durcissement du climat politique.
Le gouvernement tente d’enrayer cet exode. Le Kremlin a instauré des restrictions de sortie du territoire pour certaines professions médicales. Les jeunes diplômés des facultés de médecine doivent désormais travailler plusieurs années dans des établissements publics et ceux qui refusent s’exposent à des sanctions financières.
Pour atténuer le manque de personnel, les feldshers sont désormais autorisés à effectuer davantage d’actes médicaux. La Russie recrute également des soignants à l’étranger. L’intelligence artificielle devrait aussi être mise à contribution: selon les plans officiels, des systèmes d’IA devront assister les diagnostics et les recommandations de traitement dans les cliniques publiques d’ici à fin 2026.
Les critiques estiment toutefois que ces mesures ne résolvent pas les problèmes structurels. Ils accusent le Kremlin de minimiser les conséquences de la guerre sur le système de santé, tandis qu’une large part du budget de l’Etat est consacrée à l’armée et à l’armement.
La guerre en Ukraine laisse des séquelles psychiques
Des experts alertent également sur l’augmentation des troubles psychiques liés à la guerre en Ukraine. Selon plusieurs spécialistes, le système de santé russe n’est guère préparé à accompagner durablement les soldats traumatisés et leurs familles. Les maladies psychiques, notamment les troubles de stress post-traumatique, restent fortement taboues en Russie.
Le retour de milliers de combattants accroît encore la pression sur un système de santé déjà surchargé. Des observateurs mettent désormais en garde contre une crise psychique de long terme, alors que de nombreuses régions manquent à la fois de psychologues et de structures spécialisées. (trad. hun)

