Poutine nie le cas de peste, mais envoie ses services secrets en Sibérie
Dans la nuit du 1ᵉʳ au 2 octobre, dans la ville sibérienne de Chelekhov, en périphérie d’Irkoutsk, Daria Chipilova, une laborantine de 28 ans employée par l’institut local de lutte contre la peste, est morte dans des circonstances non élucidées. Elle menait des recherches sur la sensibilité de la bactérie responsable de la peste, Yersinia pestis, aux agents antibactériens.
Des journalistes du journal Les gens du Baikal ont découvert qu’une semaine avant sa mort, Daria Chipilova avait accidentellement brisé une éprouvette contenant l’agent pathogène de la peste pulmonaire. Son état se serait ensuite progressivement dégradé.
La chaîne Telegram Mash a également rapporté que la laborantine s’était rendue dans la république de Bouriatie, à la frontière avec la Mongolie, où un foyer de peste transmis par des spermophiles aurait été circonscrit. Le gouverneur de Bouriatie, Alexeï Tsydenov, a toutefois démenti, affirmant qu’il n’existait aucun foyer de peste dans la région.
Les services secrets de Poutine débarquent
Les autorités russes ont annoncé que Daria Chipilova était morte d’une pneumonie. Aucun micro-organisme susceptible de l’avoir contaminée dans le cadre de son travail n’aurait été retrouvé dans son corps. Mais dans la ville de Chelekhov, qui compte environ 40 000 habitants, plusieurs événements ont alimenté les doutes sur la version officielle.
Des masques et des gants ont été distribués dans les jardins d’enfants, tandis que le port du masque a été rendu obligatoire dans l’usine d’aluminium locale. Les antibiotiques étaient en rupture de stock dans les pharmacies et la population s’est ruée sur les masques et les produits désinfectants.
Environ 200 personnes ayant été en contact avec la laborantine décédée ont par ailleurs été placées en quarantaine. Elles ont été conduites à l’hôpital sous escorte d’agents du FSB.
Washington a également suivi l’affaire de près. Les Etats-Unis ont été informés de la possible flambée de peste dans la région d’Irkoutsk, a affirmé un porte-parole de la Maison-Blanche au média Axios. Le président américain Donald Trump a tenu des propos similaires devant des journalistes.
Le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, a en revanche appelé les Russes à «s’appuyer exclusivement sur les informations officielles et à ne pas croire les différentes rumeurs».
L’épidémiologiste russe Mikhaïl Favorov, qui vit aux Etats-Unis, juge possible une contamination en laboratoire. Dans un entretien accordé à la station de radio Echo, il a souligné que les employés de l’institut portaient des combinaisons de protection, ce qui rendait peu probable une infection due à une éprouvette brisée.
Il a néanmoins ajouté:
Il est possible que les médecins n’aient pas identifié la peste et aient diagnostiqué le Covid à la place.
La peste réapparait régulièrement en Russie
Le dernier cas enregistré de peste chez un être humain en Russie remonte à 2016. A l’époque, un garçon de 10 ans était tombé malade dans la région de l’Altaï après avoir aidé à dépecer la carcasse d’une marmotte. Grâce à une prise en charge rapide, il avait survécu.
De récentes recherches de l’Université d’Irkoutsk montrent que la peste est présente dans la région depuis des millénaires. Des scientifiques ont retrouvé de l’ADN de la bactérie de la peste dans les dents de chasseurs morts il y a environ 5500 ans non loin du lac Baïkal. En Asie centrale et en Asie du Nord-Est, les foyers de peste sont souvent liés aux marmottes et à d’autres rongeurs.
Le rapport de Vladimir Poutine aux maladies infectieuses dangereuses mérite également d’être relevé. En mars 2022, il affirmait qu’«en Ukraine, des dizaines de laboratoires étaient en activité, dans lesquels des programmes biologiques militaires étaient menés sous la direction et avec le soutien financier du Pentagone».
Il parait donc peu probable que Vladimir Poutine accorde du crédit aux inquiétudes de la Maison-Blanche concernant l’incident survenu en Sibérie. Le Kremlin semble plutôt miser sur une méthode éprouvée: laisser filtrer le moins d’informations possible, faire intervenir les forces de sécurité et donner l’impression que rien d’inhabituel ne s’est produit. (trad. hun)
