Un Suédois aurait vendu son épouse à plus de 120 hommes
La Suède est secouée par une affaire de délit sexuel qui fait écho à celle du Français Dominique Pelicot, lequel avait, pendant plus de dix ans, drogué son épouse Gisèle à l’aide de somnifères et livré celle-ci à 72 hommes pour des viols.
Dans la petite ville suédoise de Kramfors, située à environ 400 kilomètres au nord de Stockholm, un homme d’une soixantaine d’années est accusé de proxénétisme aggravé: il aurait proposé son épouse, légèrement plus jeune que lui, comme prostituée à au moins 120 hommes pendant plusieurs années. La procureure, citée par le média Expressen, «croit que le proxénétisme a été pratiqué à plus grande échelle et qu'il a impliqué une exploitation impitoyable de la plaignante».
Le suspect, qui rejette les accusations, est en détention provisoire depuis octobre. Le week-end dernier, la procureure en charge du dossier, Ida Annerstedt, a indiqué que l’enquête avait été considérablement élargie; au départ, seuls 30 clients étaient évoqués. L’accusé aurait «exploité la victime sans scrupules», a déclaré la magistrate.
Il aurait proposé les services sexuels de sa femme sur différents sites internet et en aurait tiré profit. La procureure n’a pas souhaité préciser si l’épouse avait été contrainte à la prostitution ou placée sous l’emprise de drogues, invoquant l’enquête toujours en cours.
C’est la femme qui a elle-même dénoncé son mari. Selon la chaîne de télévision SVT, elle a expliqué à la police qu’elle se trouvait parfois sous une telle influence d’alcool et de stupéfiants qu’elle ne se souvenait pas de tous les faits.
A partir de volumineuses données téléphoniques saisies, le parquet a reconstitué des rencontres physiques et des contacts sexuels en ligne, identifiant ainsi plus de 120 clients. Ceux-ci s’exposent également à des poursuites pénales, car en Suède, comme en Norvège, en Islande ou en France, l’achat de services sexuels est interdit, contrairement à la prostitution en tant que telle. Deux clients ont déjà été inculpés dans l’affaire de Kramfors: l’un a reconnu les faits, l’autre affirme n’avoir rien payé pour avoir des relations sexuelles avec la femme.
Déjà condamné pour violences et contrainte
Selon le quotidien local Tidningen Ångermanland, des échanges de messages offrent un aperçu des méthodes employées par le mari. Dans une conversation avec un homme d’affaires de la région, il se serait fait passer pour son épouse et lui aurait laissé croire qu’elle souhaitait le rencontrer dans un hôtel. L’homme d’affaires a effectué plusieurs virements; lors d’un interrogatoire, il a déclaré qu’il s’agissait «d’un remerciement pour une fête organisée par le couple».
Une procédure précédemment classée pour violences envers son épouse a désormais été rouverte à l’encontre du principal accusé. D’après les médias suédois, il aurait autrefois été un membre influent du club de motards Hells Angels à Stockholm et a déjà été condamné pour violences et contrainte.
L’affaire a rapidement suscité des réactions politiques. La ministre suédoise de l’Egalité, Nina Larsson, a déclaré:
L’ampleur des similitudes avec l’affaire Pelicot – qui avait exposé son épouse à des viols à son insu et a été condamné à 20 ans de prison – se précisera au fil du procès, prévu en mars.
Selon les informations de la chaine SVT, l'homme est «également impliqué dans une affaire de délit économique grave présumé et dirigeait un foyer familial pour jeunes placés.»
Pour Nina Larsson et une grande partie de la société suédoise, cette affaire met en lumière un problème plus large de violences sexuelles. La politicienne libérale a indiqué que le gouvernement travaillait déjà à un nouveau plan d’action contre la prostitution et la traite des êtres humains. L’interdiction d’achat de services sexuels, introduite en 1999, a, selon ses partisans, réduit la prostitution et renforcé la sécurité des travailleuses du sexe; elle n’a toutefois pas disparu en Suède. (adapt. hun)
