Le sort de dizaines de milliers de prisonniers et disparus constitue l'un des aspects les plus douloureux du drame syrien, dans un pays déchiré par plus de 13 ans d'une guerre dévastatrice qui a fait plus d'un demi-million de morts.
Une foule silencieuse s'est rassemblée vendredi à Damas pour interpeller les nouvelles autorités sur le sort de leurs proches disparus dans les prisons de l'ancien pouvoir syrien, et exiger que justice soit rendue après le départ de Bachar al-Assad. Sur la place du Hijaz, dans le centre de Damas, plusieurs dizaines de manifestants à la mine grave brandissaient des photos de membres de leur famille portés disparus.
Impensable il y a encore quelques semaines quand Bachar al-Assad était président, manifester à Damas est désormais possible sous les nouvelles autorités dominées par les islamistes de Hayat Tahrir al-Cham (HTS), qui ont renversé l'ancien pouvoir le 8 décembre.
«Je faisais partie des gens qui avaient peur, c'est la première fois que je manifeste», confie Amani el-Hallaq, 28 ans, qui veut que soient retrouvés les restes de son cousin, enlevé en 2012. Dentiste en formation, il avait été emmené par le régime à sa sortie de l'université: «Ils ont arraché ses ongles, il est mort sur le coup», raconte la jeune femme, un voile blanc sur les cheveux.
Trois ONG ont appelé lundi les nouvelles autorités à prendre des mesures pour conserver les preuves des «atrocités» commises par le régime Assad.
Jeudi, les forces de sécurité ont arrêté dans l'Ouest du pays un général qui dirigeait la justice militaire sous l'ancien régime. Il est accusé d'être responsable de la condamnation à mort de milliers de personnes détenues à la tristement célèbre prison de Saydnaya, à l'issue de procès expéditifs, selon des militants.
Brandissant le portrait de son cousin torturé à mort dans les geôles du régime en 2012, Youssef al-Sammaoui est revenu d'Allemagne. Il réclame justice et veut que les responsables rendent des comptes, mais «de manière équitable et pour soulager les familles, afin qu'elles puissent vivre dans ce pays.» (sda/ats/afp)