Lorsque les rebelles ont lancé leur offensive en Syrie, Bachar al-Assad s’est retrouvé dos au mur. Le dictateur syrien a d’abord sollicité l’aide de ses alliés traditionnels, la Russie et l’Iran, mais sans succès. Peu après, il aurait tenté une approche auprès des Etats-Unis, par l’intermédiaire de contacts indirects, proposant de couper ses liens avec l’Iran en échange d’une intervention pour stopper les rebelles. Mais en vain: les forces du groupe HTS ont continué leur progression, menaçant directement la capitale, Damas, depuis le nord.
Un appel en provenance de Moscou, le 7 décembre, a finalement marqué la chute définitive de Bachar al-Assad, qui avait hérité du pouvoir sur la Syrie de son père Hafez al-Assad, en 2000, et mettant un terme à plus d’un demi-siècle de domination familiale en Syrie. Le lendemain, Bachar al-Assad s’est réfugié en Russie, où sa femme Asma et leurs trois enfants l’attendaient déjà.
Le pouvoir d’Assad s’était déjà effondré quelques jours auparavant. Pourtant, le dirigeant s’accrochait encore à l’idée d’une intervention de ses alliés. Lors d’une conversation téléphonique avec Mohammed ben Zayed, président des Emirats arabes unis, il assurait que, soutenu par ses partenaires, il viendrait à bout de l’offensive rebelle. Mais en coulisses, les Russes et les Iraniens avaient constaté la débandade des troupes syriennes, qui abandonnaient massivement leurs postes. Face à cette situation critique, Moscou et Téhéran ont refusé de venir en aide à leur allié.
Selon plusieurs sources, Bachar al-Assad aurait alors demandé l’asile aux Emirats arabes unis, sans succès. Le gouvernement émirien s’est abstenu de confirmer ou d’infirmer ces informations.
Pour sauver ce qui pouvait l’être, le président syrien aurait proposé à la Russie de défendre un territoire réduit autour de Lattaquié, ville située sur la côte méditerranéenne, un bastion de ses soutiens et un lieu stratégique abritant des bases militaires russes. Mais, d’après l’Observatoire syrien des droits de l’homme, Moscou a rejeté cette proposition.
La réunion de la dernière chance s’est tenue à Doha le 7 décembre, où les chefs de la diplomatie russe, iranienne et turque ont débattu de la situation en Syrie. Selon le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, les représentants russe et iranien ont convenu que le régime d’Assad n’était plus viable. Et pour cause, la situation militaire était critique: les rebelles avaient déjà pris Alep, Hama et Homs, et approchaient dangereusement de Damas, déclarait Hakan Fidan à la chaîne NTV, s'appuyant sur les informations du dernier premier ministre d'al-Assad, Mohammad Ghazi al-Jalali.
Selon l'agence de presse Reuters, qui cite des services de sécurité occidentaux, Sergueï Lavrov, chef de la diplomatie russe, aurait joué un rôle clé dans l’exfiltration d’Assad.
Dans la nuit du 7 au 8 décembre, les officiers syriens ont reçu l’ordre de dissoudre leurs unités et de rentrer chez eux, d’après l’Observatoire des droits de l’homme. Pendant ce temps, Assad aurait quitté Damas pour Lattaquié. Sur les réseaux sociaux, des rumeurs d’un crash de son avion ont circulé après une interruption de sa trajectoire sur des plateformes comme FlightRadar.
Une coupure attribuée aux infrastructures dégradées par la guerre en Syrie, selon l’expert en sécurité Yörük Isik. Le dictateur déchu aurait ensuite embarqué à bord d’un avion militaire russe en direction de Moscou, où il est arrivé le 8 décembre.
Aujourd’hui, Bachar al-Assad et sa famille bénéficient de l’asile politique à Moscou. Leur sécurité semble garantie tant qu’ils restent sous la protection du Kremlin. Le président déchu n’a pas à se soucier de moyens financiers: selon le Département d’Etat américain, sa fortune personnelle atteindrait deux milliards de dollars. La famille Al-Assad posséderait également plusieurs biens immobiliers de luxe dans la capitale russe.
Traduit de l'allemand par Anne Castella