Cette voiture chinoise se charge presque «aussi vite qu'un plein d'essence»
Dans l’électrique, des marques telles que Porsche, BMW ou Mercedes font face à une nouvelle concurrence. Le géant chinois BYD, premier fabricant mondial de voitures électriques et hybrides rechargeables, a lancé dans toute l’Europe sa marque premium électrique Denza.
La vice-présidente Stella Li a pour l’occasion loué l’Opéra de Paris. Des dizaines d’influenceurs – dress code: smoking – ont assisté à la prestation d’une chanteuse d’opéra sur le grand escalier. L’acteur Daniel Craig est le nouvel « ambassadeur » du modèle Denza Z9 GT.
Ce break, capable d’atteindre une vitesse de pointe de 278 km/h, entend rivaliser avec les modèles les plus puissants de sa catégorie. Ses innovations, dont un parquage révolutionnaire grâce à des roues arrière modulables, surpassent même la Porsche Taycan, alors que le Z9, avec un prix d’environ 100 000 euros selon les options, coûte près de la moitié. Avec une autonomie de près de 600 kilomètres, ce véhicule de luxe élancé venu de Shenzhen se rapproche des performances de la Tesla Model S.
Le temps de recharge du Z9 atteint même un nouveau record. Cinq minutes suffisent pour atteindre 70% de batterie, neuf minutes pour une recharge complète. Même par des températures extrêmes de –30°C, le Z9 ne nécessite que douze minutes. Une performance dont d’autres voitures électriques ne peuvent, pour l'instant, que rêver.
Cette prouesse est rendue possible par le «Flash Charger», qui offre une puissance de charge de 1500 kilowatts. L'appareil surpasse ainsi largement les chargeurs actuellement utilisés et qui ne dépassent pas les 400 kilowatts.
BYD a résolu le principal problème qui se posait pour une telle prouesse, soit celui de la surchauffe. Le fabriquant chinois démontre ainsi, avec son nouveau procédé de refroidissement, son savoir-faire de fabricant de batteries.
Stella Li, l'épouse du fondateur de BYD et milliardaire Wang Chuanfu, a déclaré:
Elle souligne avec fierté que ses ingénieurs déposent chaque jour 50 nouveaux brevets, ce qui est considéré comme un indicateur clé de leadership technologique. Comme le groupe produit lui-même ses batteries et ne dépend pas de fournisseurs, il peut aussi maintenir des prix bas pour la motorisation.
Il faudra attendre pour le marché suisse
La recharge ultra-rapide présente toutefois encore un inconvénient, elle nécessite des stations de recharge à très haute puissance, encore très rares en Europe. La Suisse n’en dispose actuellement d’aucune. Stella Li entend toutefois déployer le plus rapidement possible, comme c’est déjà le cas en Chine, un réseau de 3000 de ces superchargeurs sur le Vieux Continent.
Une ambition qui ne semble pas relever de la promesse creuse. Ces trois dernières années, BYD a déjà ouvert plus d’un millier de concessions en Europe, où sont aussi proposés des modèles plus abordables comme le Dolphin Surf – qui sera à l’avenir produit en Hongrie – à partir de 24 000 euros.
BYD mise plus que jamais sur le marché international. Alors que le groupe n’avait vendu que 11 000 véhicules hors de Chine il y a cinq ans, il en a écoulé plus d’un million l’an dernier.
La vidéo de la charge est devenue virale
Ce chiffre reste toutefois nettement inférieur aux ventes réalisées en Chine, qui ont atteint 3,6 millions d’unités. Depuis le début de l’année, BYD a d’ailleurs perdu pour la première fois sa place de premier fournisseur de véhicules électriques en Chine au profit de son concurrent Geely.
En cause notamment, la suppression des subventions pour les voitures électriques décidée par Pékin. Par ailleurs, des marques issues des télécommunications, comme Huawei ou Xiaomi, s’imposent désormais sur le marché des voitures électriques.
Celles-ci se distinguent par leurs applications technologiques et leurs logiciels innovants, des domaines dans lesquels BYD peine à rivaliser. Son système d’aide à la conduite baptisé «God’s eye» (œil de Dieu) ne semble pas encore totalement au point.
Par conséquent, la part de marché de BYD en Chine a chuté de 35 à 20% en un an. Cela devrait constituer une raison importante pour laquelle le couple Wang Chuanfu et Stella Li cherche de plus en plus son salut commercial à l’étranger, et notamment en Europe.
Rien ne garantit toutefois que leur nouvelle marque premium Denza percera sur le Vieux Continent. L’exemple de Tesla appelle à la prudence. Du moins au début, les marques de luxe évoluent généralement sur une ligne de crête étroite entre une image de nouveaux riches et une véritable innovation. Pour consolider leur réputation, il faudra plus qu’une apparition spectaculaire à l’Opéra de Paris.
Traduit de l'allemand par Joel Espi
