L'Ukraine va avoir une nouvelle arme capable de menacer Moscou
Dans sa guerre contre l'Ukraine, la Russie dispose d'un atout majeur: son immense territoire. L'Ukraine ne possède pas encore suffisamment d'armes à longue portée pour affaiblir décisivement la machine de guerre de Poutine en frappant usines d'armement, dépôts de munitions et raffineries loin dans les territoires russes.
Mais si l'entreprise ukrainienne Fire Point réalise ses ambitions, cet avantage du Kremlin appartiendra bientôt au passé.
Deux nouveaux missiles
Fire Point fait partie des grands espoirs de l'industrie de défense ukrainienne. Fondée après l'invasion russe de 2022, ses drones kamikazes FP-1 et FP-2 sont désormais les armes de prédilection de Kiev pour frapper derrière les lignes de front.
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Son missile de croisière FP-5, plus connu sous le nom de Flamingo, est lui aussi régulièrement utilisé contre des cibles en Russie. Avec le FP-7 et le FP-9, Fire Point travaille sur deux nouveaux missiles susceptibles de faire pencher davantage le rapport de forces en faveur de l'Ukraine.
Des armes aussi efficaces que celles des Américains
Le FP-7 a déjà effectué plusieurs vols d'essai. Fin février, l'entreprise en a publié une première vidéo. Selon Fire Point, le missile aurait une portée allant jusqu'à 300 kilomètres, selon la taille de la charge explosive. Sa capacité d'emport est de 150 kilogrammes au maximum, soit le double de celle du drone longue portée Liouty, avec lequel l'Ukraine attaque notamment des raffineries en Russie.
Les images du FP-7:
Selon Denis Shtilierman, directeur général et cofondateur de l'entreprise, le FP-7 serait comparable aux missiles américains de type ATACMS.
Ces missiles, les Ukrainiens les avaient longtemps réclamés en vain. Ce n'est qu'à l'automne 2023 que le gouvernement américain de Joe Biden a remis à Kiev un nombre limité de ces modèles d'une portée de 300 kilomètres. L'autorisation de les utiliser pour mener des frappes sur le territoire russe n'est toutefois venue qu'un an plus tard, et les réserves dont disposaient les Ukrainiens ont depuis probablement été épuisées.
Les missiles balistiques atteignent en revanche des vitesses de plusieurs milliers de kilomètres par heure et suivent toujours une trajectoire parabolique. Les missiles hypersoniques comme le russe Kinjal combinent grande vitesse et maniabilité. Leur maturité technologique fait toutefois débat parmi les spécialistes.
Ils ont principalement servi à frapper des aérodromes russes, afin de contraindre la flotte de bombardiers stratégiques de Poutine à reculer plus en profondeur dans le pays. Si cela n'a pas mis fin aux attaques aériennes contre les villes ukrainiennes, les missiles de ce format n'en restent pas moins décisifs.
Un premier test au combat en vue
Avec le missile FP-7, les Ukrainiens pourraient frapper des dépôts de munitions, des postes de commandement fortifiés ou les lignes de ravitaillement russes dans les territoires ukrainiens occupés et au-delà de la frontière.
Le patron de Fire Point, Denis Shtilierman, a indiqué sur la chaîne en ligne ukrainienne Army TV:
Le missile devrait être testé en conditions de combat très prochainement, a ajouté Shtilierman, qui est également ingénieur en chef de Fire Point.
Du point de vue russe, le FP-9, que Fire Point entend amener au stade de test cette année encore, est encore plus redoutable. Ce missile devrait avoir une portée de plus de 850 kilomètres et être capable d'emporter une charge explosive de 800 kilogrammes. Shtilierman, qui compare le FP-9 aux redoutables missiles russes Iskander, que les Ukrainiens ne peuvent intercepter qu'avec des systèmes de défense antiaérienne Patriot, explique:
Un moyen de percer la défense russe
«Le missile Iskander percute sa cible à une vitesse d'environ 800 mètres par seconde», explique Shtilierman, ce qui correspond à près de 2900 kilomètres par heure. «Notre FP-9 frappera à plus de 1200 mètres par seconde», soit plus de 4300 kilomètres par heure, poursuit-il avant d'ajouter:
Avec leurs drones longue portée relativement lents, les Ukrainiens ne parviennent pour l'heure pas à pénétrer le réseau de défense antiaérienne densément déployé autour de la capitale russe.
Selon Fire Point, le FP-7 et le FP-9 seront également plus efficaces que le missile de croisière Flamingo. Avec sa portée de 3000 kilomètres et une capacité d'emport de plus d'une tonne, ce missile de croisière compte pourtant parmi les armes les plus puissantes de l'arsenal ukrainien.
Mais en raison de sa taille de 14 mètres, de son profil caractéristique et de sa faible vitesse de vol, le Flamingo constitue vraisemblablement une cible facile pour la défense antiaérienne russe. A cela s'ajoute le fait que Fire Point ne produit pas encore elle-même le moteur du Flamingo et ne peut donc pas livrer les 200 exemplaires mensuels visés.
Un calendrier de déploiement serré
Les moteurs-fusées du FP-7 et du FP-9 doivent en revanche être fabriqués en interne, afin d'éviter tout goulet d'étranglement dans leur production. Seule la charge explosive sera confiée à un sous-traitant extérieur, mais lui aussi en Ukraine. L'homologation du FP-7 doit intervenir encore cette année. Selon Denis Shtilierman, les premiers exemplaires sont déjà en cours de fabrication.
Les deux missiles doivent être tirés depuis des camions transformés, ce qui devrait également simplifier et accélérer leur production. Le FP-9 doit effectuer son premier vol d'essai avant l'été, puis passer en production de masse à un rythme similaire, selon Shtilierman.
Reste à savoir si l'entreprise tiendra ses promesses. A l'automne, Fire Point s'est retrouvée dans le viseur des enquêteurs ukrainiens chargés de lutter contre la corruption. Le cofondateur, Denis Shtilierman, a lui aussi dû s'expliquer sur l'origine de sa fortune. Aucune mise en examen n'a toutefois encore eu lieu.
Les performances initialement décevantes du Flamingo ont également valu à Fire Point une certaine mauvaise presse. Auprès des unités de combat ukrainiennes sur le front, les armes de l'entreprise sont en revanche très appréciées, notamment le drone à courte portée FP-2, disponible seulement depuis l'automne.
Quatre années de course effrénée à l'armement
Le FP-2 a une portée de 200 kilomètres et une charge explosive de 105 kilogrammes. L'Ukraine l'utilise pour frapper des unités de drones ennemies, mais aussi des postes de commandement ou des dépôts de munitions derrière la ligne de front. Il est réputé très fiable et résistant aux contre-mesures électroniques.
Le drone FP-1 n'emporte quant à lui que 60 kilogrammes de charge utile, mais dispose en revanche d'une portée d'environ 1600 kilomètres. Il est désormais utilisé dans près de 60% de toutes les frappes à longue portée contre des raffineries russes et est lui aussi considéré comme très fiable, avec un taux de réussite de 54%.
Reste à savoir si les armes développées par l'entreprise peuvent influencer de manière décisive le cours de la guerre pour les Ukrainiens. Jusqu'à présent, les forces russes ont fait preuve d'une grande capacité d'adaptation face aux nouvelles tactiques de Kiev.
La possibilité pour l'Ukraine de pouvoir bientôt frapper Moscou avec ses propres armes à longue portée, sans contraintes politiques de la part des alliés, sera néanmoins prise au sérieux au Kremlin.

