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Témoignage watson

«On va gagner»: 6 Ukrainiens racontent leur vie à Kharkiv

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«On va gagner»: 6 Ukrainiens racontent leur vie à Kharkiv

La vie est dure en Ukraine. Après deux ans de guerre, l'économie est au plus bas, de nombreuses personnes sont au chômage et ont perdu leur maison. Six Ukrainiens et Ukrainiennes racontent comment le soutien de la Suisse leur a permis d'avoir de nouvelles perspectives.
03.03.2024, 16:2504.03.2024, 08:49
Salome Woerlen
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Depuis deux ans, l'Ukraine se défend contre la guerre d'invasion russe. Les victimes sont nombreuses: selon les chiffres du Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, 10 382 Ukrainiens non membres de l'armée ont perdu la vie jusqu'à présent. Beaucoup plus de personnes ont été blessées, des villes entières ont été rasées.

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Selon l'agence de l'ONU pour les réfugiés, près de 6,5 millions de personnes ont fui l'Ukraine à l'étranger et 3,7 millions se sont déplacées à l'intérieur du pays.

Kharkiv, dans l'est de l'Ukraine, est une ville qui accueille actuellement de nombreux déplacés internes. Six personnes racontent pour watson leur quotidien dans la guerre et comment l'organisation suisse de développement Helvetas les soutient.

Helvetas
Helvetas est une organisation suisse indépendante de coopération au développement et d'aide humanitaire qui s'engage depuis 1955 en faveur des personnes défavorisées. Elle est active dans plus de 30 pays parmi les plus pauvres d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine et d'Europe de l'Est. En Ukraine, Helvetas était déjà active avant l'invasion russe il y a deux ans. Depuis, l'organisation a continué à développer ses activités et à les inscrire dans la durée.

Olga Zoryanska

Olga Zoryanska, aujourd'hui âgée de 25 ans, travaillait depuis quatre ans comme administratrice dans un hôtel lorsque la Russie a envahi l'Ukraine.

Olga Zorianska
Olga dans sa boulangerie récemment ouverte.Image: Helvetas

Elle et sa famille vivaient à Izioum, dans l'oblast de Kharkiv — un lieu qui est tombé aux mains des Russes en mars 2022 et qu'ils avaient occupé pendant six mois. Après la reconquête, plus de 400 corps ont été découverts dans les forêts environnantes. Olga et sa famille ont pu se réfugier dans la ville de Kharkiv. Elle était enceinte à ce moment-là.

Privée de son pays et de son travail, Olga a dû chercher une nouvelle possibilité de travail après la naissance de son fils. Son attention a été attirée par le projet d'Helvetas, qui soutient financièrement les personnes qui créent ou reconstruisent de petites entreprises. Olga a postulé avec succès et a pu ouvrir une petite boulangerie avec l'argent reçu.

Formation et renforcement des entreprises locales
L'économie ukrainienne souffre de la guerre. Comme l'écrit Helvetas, 26% des commerces ont dû cesser (presque) complètement leurs activités durant la première année de la guerre, et 50% ont dû réduire leurs activités. Selon les estimations de la Banque mondiale, jusqu'à 26% de la population ukrainienne est au chômage. Helvetas s'engage pour que les PME puissent rouvrir ou lancer une nouvelle activité, et pour que les personnes impliquées redeviennent financièrement indépendantes. En collaboration avec l'organisation Mercy Corps et des organisations partenaires de l'Alliance 2015 (Welthungerhilfe et Concern), Helvetas octroie des subventions à cet effet.

Sa plus grande peur est de perdre des êtres chers dans la guerre — comme son grand-père, qui a été tué par un tir de missile russe. Malgré tous les défis, elle espère une victoire de l'Ukraine.

«Nos braves soldats qui nous protègent me donnent de l'espoir»
Olga Zorianska
La jeune mère n'a pas perdu l'espoir de voir l'Ukraine gagner.Image: Helvetas

Yevgeny Borodin

Au début de la guerre, Yevgeny Borodin vivait à Horlivka, une ville de l'oblast de Donetsk occupée par la Russie depuis 2014. Lorsque les occupants ont voulu recruter 6000 habitants de Horlivka pour l'armée après le début de la guerre, les hommes ont fui en grand nombre, laissant la ville pratiquement «sans hommes», comme l'a indiqué le ministère ukrainien de la Défense en septembre 2022. Yevgeny a, lui aussi, pris la fuite.

Yavgeny Borodin
Yevgeny poursuit son activité dans un nouvel environnement avec l'aide d'Helvetas.Image: Helvetas

Mais il ne veut pas laisser sa patrie aux Russes:

«L'Ukraine mérite d'être indépendante dans les frontières qu'elle avait en 1991»

Yevgeny, 54 ans, vit désormais à Kharkiv et dans le village de Tsyrkuny, à une quinzaine de kilomètres de là. Avec l'aide financière d'Helvetas, le professeur de sport met en œuvre des projets sociaux pour les enfants et les jeunes. Il organise également des activités de promotion de la santé physique et mentale pour les femmes âgées.

Yavgeny Borodin
Un groupe à qui Yevgeny enseigne.Image: Helvetas

Même si sa famille proche se porte bien, Yevgeny a perdu des êtres chers dans la guerre et s'inquiète pour des proches à Kharkiv et Kherson. Selon lui, certains d'entre eux vivent dans des conditions extrêmement difficiles. Il espère un avenir de paix et de prospérité, sans être menacé par la guerre.

Lyubov Bukholdina

La maison de Lyubov Bukholdina, 71 ans, a été endommagée par les Russes au cours de la guerre. Elle et sa famille ont eu de la chance et n'ont pas été touchées.

Lyubov Bukholdina
Lyubov devant sa maison touchée par les Russes.Image: Helvetas
Réparation et hébergement sûr
La guerre prive de nombreuses personnes en Ukraine de toit, d'électricité ou d'eau. Avec le soutien de la Chaîne du Bonheur et en collaboration avec l'ONG ukrainienne DESPRO, Helvetas transforme des bâtiments en abris collectifs d'urgence. Jusqu'à présent, plus de 64 000 personnes ont bénéficié de la réparation des systèmes d'eau, d'assainissement et d'énergie. Avec l'aide d'Helvetas, DESPRO aide également les gens à reconstruire leurs maisons en leur fournissant de l'argent liquide («Cash for Repair») et une assistance technique. Jusqu'à présent, 316 maisons endommagées et 19 immeubles abritant 765 ménages ont ainsi pu être réparés autour de Kiev et à Kharkiv. Dans deux grands «Repair Hubs», Helvetas propose en outre, en collaboration avec les communes, un savoir-faire, des outils et des subventions pour des projets dans les domaines du logement et des filets de sécurité sociale. Plus de 30 000 personnes ont déjà bénéficié de cette offre.

Lyubov a demandé à Helvetas de l'aider pour réparer sa maison. Grâce à l'aide reçue, elle a pu retourner vivre chez elle.

Elle croit fermement à la victoire de l'Ukraine.

Vitaly Artemenko

La maison de Vitaly Artemenko à Kharkiv a également été endommagée. Dans le cadre du programme de réparation, le toit et la façade ont pu être réparés.

Vitaly Artemenko
Vitaly dans sa maison restaurée.Image: Helvetas

Sa fille et sa petite-fille ont été encore plus touchées: leur maison a été complètement détruite par un missile. Elles vivent désormais dans l'oblast d'Ivano-Frankivsk, dans l'ouest de l'Ukraine. Vitaly, 69 ans, espère qu'ils reviendront cet été s'installer chez lui, comme l'a déjà fait son autre petite-fille. Elle vit avec lui depuis le décès de son fils, survenu en avril 2023 suite à des problèmes de santé.

«L'Ukraine va gagner. J'en étais déjà convaincu lorsque les troupes russes étaient ici. Elles ont tout détruit. Les gagnants ne se comportent pas ainsi»

Oksana Perepelytsia

Oksana Perepelytsia
Oksana au travail dans un atelier de soudure.Image: Helvetas

Avant le début de la guerre, Oksana Perepelytsia travaillait comme interprète en langue des signes pour un établissement scolaire public. Aujourd'hui, cette femme de 54 ans aide dans les cours de formation d'Helvetas. Un travail qu'elle aime faire, comme elle le raconte:

«Je suis ravie que ma contribution rende la formation accessible aux participants qui en ont besoin»
Formation professionnelle selon la demande régionale
Outre les habitations et les infrastructures, les chaînes d'approvisionnement sont aussi impactées pendant la guerre, ce qui affaiblit encore l'économie. Avec son projet de formation, Helvetas apporte une double aide: l'organisation encourage la formation de métiers particulièrement importants pour la reconstruction. Par exemple des soudeurs, des peintres, des chauffagistes spécialisés dans les énergies renouvelables, des contrôleurs financiers, des plombiers et des plâtriers. En même temps, Helvetas offre ainsi une possibilité de travail à des personnes — notamment à des personnes vulnérables avec des handicaps, des familles nombreuses et des familles monoparentales.

Oksana a dû quitter temporairement son domicile à Kharkiv, mais a pu y retourner. Tous ses proches sont encore en vie, mais certains de ses collègues, qui s'étaient portés volontaires, ont été tués.

Lorsqu'on lui demande ce qui l'inquiète le plus et ce qui lui fait le plus plaisir en ce moment, elle répond:

«Des craintes face à l'impuissance, à l'incertitude, aux difficultés financières et à l'avenir des êtres chers. Dans les conditions actuelles, il n'y a pas de joie particulière, seulement la survie.»

Evgeniya Skrebets

Evgenia Skrebets
Evgeniya suit une formation de soudeuse avec l'aide d'Helvetas.Image: Helvetas

Evgeniya Skrebets, 21 ans, participe également aux ateliers. Normalement, elle étudie l'architecture à l'université de Kharkiv, mais cela n'est possible qu'en ligne depuis le début de la guerre.

Avant la guerre, elle vivait à Trostianets, dans l'oblast de Soumy, mais sa maison a été entièrement détruite et certains de ses amis tués. Elle n'a plus de foyer où retourner, dit-elle.

Evgenia Skrebets
La jeune étudiante acquiert de nouvelles compétences utiles dans l'atelier.Image: Helvetas

Elle ne se sent pas non plus toujours en sécurité à Kharkiv, qui est régulièrement la cible de missiles. Mais elle aime l'Ukraine et ne veut pas quitter le pays, explique-t-elle. C'est ce qu'elle attend aussi de son entourage:

«J'espère que nous serons en mesure de motiver des personnes bien formées et déterminées à rester en Ukraine»

Traduit et adapté par Noëline Flippe

L'Ukraine a développé une «cape d'invisibilité» pour ses soldats

Vidéo: watson
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