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Terrorisme

L'attentat de Berlin aura des conséquences politiques

Abdul B. (médaillon), le suspect principal de l'attentat de Berlin contre la gay pride et le véhicule utilisé lors de l'attaque. 26 juillet 2026.
Abdul B. (médaillon), le suspect principal de l'attentat de Berlin contre la gay pride et le véhicule utilisé lors de l'attaque. 26 juillet 2026. image: afp/police

«L'attentat de Berlin aura deux conséquences politiques»

Alors que trois élections majeures ont lieu en septembre en Allemagne avec l'extrême droite AfD en bonne place, Hans Stark, spécialiste de ce pays, évalue les conséquences de l'attaque terroriste islamiste qui a fait une morte et 29 blessés dimanche à Berlin lors de la gay pride.
27.07.2026, 16:5627.07.2026, 19:51

Une attaque terroriste au véhicule bélier et à l'arme blanche a fait une morte et 29 blessés dimanche à Berlin lors du Christopher Street Day, qui fait référence au nom de la rue new-yorkaise où le mouvement LGBT est apparu aux Etats-Unis en 1969. Le suspect, Abdul B., 21 ans, d'origine libanaise et de nationalité allemande, abattu par la police, était connu de la justice pour son activisme dans la mouvance djihadiste.

Son cas suscite la polémique en Allemagne à quelques semaines d'élections dans trois Länder, dont deux où l'extrême droite AfD est en mesure de s'imposer. Le politologue Hans Stark, professeur de civilisation allemande à la Sorbonne, à Paris, a répondu aux questions de watson.

Quelle est la réaction en Allemagne à l’attentat meurtrier de la gay pride, dimanche à Berlin.
Hans Stark: Un terrible effroi. L’Allemagne est sous le choc de cet attentat islamiste. Parce que cette marche, le Christopher Street Day, ne s’adresse pas seulement à la communauté LGBT. C’est un événement avant tout festif, synonyme, aussi, de la défense des libertés publiques. Un attentat de cette nature-là, avec une voiture bélier, qui tue et blesse au hasard, est quelque chose d’épouvantable. Cela rappelle l’attentat du 19 décembre 2016 commis sur le marché de Noël de Berlin: un terroriste à bord d’un camion avait tué 13 personnes et blessé plus de 50 autres. Il portait la marque de l’Etat islamique, vraisemblablement comme celui de dimanche.

«Ces dernières années, l’Allemagne a peut-être un peu perdu de son radar la menace islamiste, car occupée par la défense face à la Russie dans le contexte de la guerre en Ukraine»

L’attentat de dimanche montre que la menace islamiste n’a pas disparu.

Abdul B., un Allemand de 21 ans d’origine libanaise, tué dimanche soir par la police alors qu’il se montrait menaçant, avait été condamné en mai pour avoir voulu rejoindre en 2025 l’Etat islamique et pour «préparation d’un acte de violence grave mettant en danger la sécurité de l’Etat». Il avait été libéré et placé sous contrôle. Pourquoi n’était-il pas enfermé?
Ces points demandent à être élucidés. La détention provisoire effectuée en amont en Allemagne, apparemment six mois, qui se seraient ajoutés à trois autres mois de détention au Liban où il s’était rendu dans le but de rejoindre l’Etat islamique en Syrie, expliquerait cette libération. Qui suscite des critiques. Selon ces dernières, la législation actuelle en matière de gestion des personnes qu’on qualifierait en France de «fichées S», à savoir des influenceurs islamistes, est trop laxiste.

Sven Schulze, le ministre-président CDU de Saxe-Anhalt, un Land de l’ex-Allemagne de l’Est, a réagi en disant que « l’Allemagne ne devait pas tolérer que des personnes qui n'acceptent pas notre culture vivent ici ». Il a ajouté qu’il fallait trouver des solutions pour traiter les cas qui, comme Abdul B., ont la nationalité allemande et ne peuvent, de ce fait, pas être expulsés. Il n’a pas évoqué la déchéance de nationalité.
Nous sommes ici en pleine campagne électorale. Les élections régionales de Saxe-Anhalt, qui renouvellent le législatif et l’exécutif du Land, se tiendront le 6 septembre, dans moins de deux mois. Or les sondages prédisent une large victoire du parti d’extrême droite AfD. Jusqu’ici, aucun Land de l’ex-Allemagne de l’Est, où l’AfD est très forte, n’est dirigé par ce parti. Pour les chrétiens-démocrate de la CDU qui dirigent la Saxe-Anhalt depuis de nombreuses années, ce serait une catastrophe, comme pour le chancelier Friedrich Merz, de la CDU lui aussi.

L’attentat contre la gay pride peut-il avoir des incidences sur ce scrutin, précisément parce qu'il est de facture islamiste?
C’est évident. Les partis vont vouloir se positionner sur cet attentat et sa nature. Cela a déjà commencé, comme on le voit. D’autant plus que deux autres élections régionales auront lieu en septembre également, à la date du 20, dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, en ex-Allemagne de l’Est également, et dans le Land de Berlin. L’AfD pourrait renverser la CDU dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, mais cette dernière pourrait conserver sa présidence à Berlin.

Quelles conséquences politiques concrètes peut avoir l’attentat de dimanche à Berlin?
Des conséquences de deux aspects. Le premier concerne la sécurité intérieure. L’accent sera mis sur le durcissement de la législation pour empêcher pareil drame de se produire. Le second aspect est politiquement beaucoup plus sensible, puisqu’il aborde le thème de la remigration. L’AfD est favorable à la remigration, non seulement des immigrés clandestins, mais aussi des individus d’origine étrangère ayant la nationalité allemande, qui ne seraient pas suffisamment intégrés.

«Ce qui suppose un processus de déchéance de la nationalité allemande pour les doubles nationaux. Cela aurait été le cas pour le jeune homme qui a commis l’attentat contre la gay pride»

Encore faudrait-il que la déchéance de la nationalité soit compatible avec la loi fondamentale allemande, ce dont je doute fortement.

Les réactions de l’AfD et de la droite gouvernementale CDU sont-elles les mêmes après l’attentat de Berlin?
Non, parce que l’AfD veut toujours paraître plus radicale que la CDU. L’AfD ne fait même pas l’effort de tendre la main à la CDU pour créer une espèce d’alliance entre les droites allemandes, ce qui supposerait de sa part une forme de modération. Le parti d’extrême droite joue ici une autre partition que le Rassemblement national en France. Pas de dédiabolisation de l’AfD, mais, au contraire, une radicalisation voulue de sa part.

Quel est le discours de l’AfD vis-à-vis des personnes queers, le RN en France étant plutôt gay-friendly?
Les LGBT ne sont pas un segment de la population que l’AfD a pour habitude de défendre. Au contraire.

«L’AfD défend un modèle familial très traditionnel, qui remonte, en réalité, à l’Allemagne nazie»

Le rôle des femmes est d’être au foyer et de faire des enfants. Toute déviance est rejetée. Cela en fait une organisation indirectement homophobe. Il peut bien sûr y avoir des divergences à l’AfD sur la question queer. Mais le mainstream du parti est plutôt critique à l’égard des libertés sexuelles. Cette position sur les LGBT s’explique aussi par la proximité de l’AfD avec le régime poutinien, ouvertement homophobe.

La coprésidente de l’AfD, Alice Weidel, est pourtant lesbienne.
Cela fait partie des contradictions. Elles ne sont pas minces. Alice Weidel assume son homosexualité et le fait de vivre avec une compagne du Sri Lanka, pas vraiment d’origine germanique, donc.

«En plus, Alice Weidel vit en Suisse et a fait carrière dans le milieu bancaire. Son CV est aux antipodes des valeurs défendues par l’AfD»

Les textes officiels de l’AfD sont-ils ouvertement homophobes?
Non, ils ne contiennent pas une propagande anti-LGBT. Cette homophobie apparaît en revanche dans des discours, au niveau local. On range cela dans la catégorie des écarts de langage. Ajoutons, et c’est important, qu’il y a deux tendances au sein de l’AfD.

Lesquelles?

«Il y a une tendance est-allemande, pro-russe et anti-LGBT, proche des milieux populaires avec une orientation gauchiste, et une tendance ouest-allemande, plus proche du mouvement MAGA aux Etats-Unis»

Cette dernière est un peu plus critique à l’égard de la Russie sans aller jusqu’à soutenir l’Ukraine. Cette tendance occidentale, qu’on peut qualifier de néolibérale, est davantage en phase avec les libertés publiques. Alice Weidel incarne par excellence la tendance ouest-allemande.

La gauche allemande, à présent. Est-elle embarrassée par l’attentat islamiste de dimanche?
La gauche radicale Die Linke, en passe de supplanter les sociaux-démocrates du SPD dans les sondages, est favorable à l’immigration, à l’intégration des populations musulmanes, à la liberté de culte et aux LGBT. Cette intersectionnalité fait qu’une bonne partie de la jeunesse allemande vote pour ce parti-là.

«Die Linke va être embêtée par l’attentat contre la gay pride, parce que sa défense des minorités est perçue comme contradictoire, quand on sait l’incompatibilité entre le rigorisme religieux et la liberté sexuelle»

Un autre parti de gauche pourrait à l’inverse retirer des marrons du feu à la suite de cet attentat.

Lequel?

«BSW. Conduit par Sahra Wagenknecht, ce parti est à la fois d’extrême gauche et d’extrême droite»

Il est d’extrême gauche sur les sujets sociétaux, comme les libertés publiques, mais d’extrême droite sur l’immigration. BSW va peut-être capter les voix de ceux qui votent traditionnellement à l’extrême gauche, mais qui ne veulent plus soutenir un parti comme Die Linke favorable à l’immigration.

Quelle sera la réaction du SPD après l’attentat de Berlin?
Le SPD devrait avoir un discours d’opposition à la surenchère antimusulmane, comme il s’en produit après chaque attentat islamiste.

«Il est nécessaire de rassurer la communauté musulmane suite à cet acte, d’ailleurs dénoncé avec vigueur par les instances musulmanes d’Allemagne»

Mais dans le même temps, le SPD ne bloquera pas des propositions législatives propres à renforcer les moyens mis à disposition des services de renseignement pour mieux surveiller les profils comme celui de la personne qui a commis l’attentat de Berlin.

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Video: watson
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