Certains touristes ont fait preuve de compréhension. D'autres ont affiché davantage d'irritation lorsqu'ils ont croisé la route de la manifestation. Il y a quelques jours, plus de 30 000 personnes se sont rassemblées dans la vieille ville de Palma de Majorque, sur l'avenue Passeig del Borne, très appréciée des vacanciers, pour protester bruyamment contre le tourisme de masse qui prend de l'ampleur. «Votre luxe, notre misère», pouvait-on lire sur de nombreuses pancartes.
«Mais tout a une limite», explique Marga Ramis de l'initiative citoyenne Moins de tourisme, plus de vie. Elle est à l'origine du grand rassemblement qui a eu lieu il y a quelques jours.
Embouteillages, bruit, déchets. De plus en plus de supermarchés et de magasins doivent céder la place à des boutiques de souvenirs et des restaurants à Palma. «Le tourisme de masse ne fait pas qu'augmenter le coût de la vie, il fait aussi exploser nos loyers, que presque plus personne ne peut payer», constate Marga Ramis.
Les Majorquins en ont assez de la foule des vacanciers. L'année dernière, environ 18 millions de personnes ont visité les Baléares. Aux Canaries, à Malaga - dans d'autres régions touristiques espagnoles également, la résistance s'organise. A Barcelone, des habitants ont récemment aspergé des badauds avec des pistolets à eau lors d'une manifestation. Les locaux brandissaient des pancartes portant l'injonction «Tourist go home».
C'est en Espagne que l'on observe actuellement le plus grand nombre d'actions de protestation. Mais dans d'autres pays du sud du continent, le mécontentement grandit aussi. L'envie de voyager n'a jamais été aussi forte qu'après la pandémie. Des destinations autrefois très prisées comme la Turquie, l'Egypte et la Tunisie sont devenues trop peu sûres pour de nombreux Européens du nord et du centre. Ces derniers leur préfèrent donc plutôt des pays méditerranéens. Et dans de nombreux endroits, les autochtones en ont assez.
Depuis avril dernier, Venise veut surtout endiguer les visites sur une seule journée, qui rapportent peu à l'économie de la ville, mais encombrent les canaux et les rues. La ville en bord de lagune impose désormais un droit d'entrée de cinq euros. Les touristes sont également encouragés à respecter davantage les riverains: nourrir les pigeons, jeter des ordures par terre ou se promener en maillot de bain dans la ville peuvent être sanctionnés depuis l'an dernier d'une amende allant jusqu'à 500 euros. A cause des excès, il ne reste plus que 55 000 habitants dans le centre historique, envahi chaque année par 30 millions de curieux.
Afin de maîtriser l'affluence sur la côte amalfitaine italienne et d'éviter les embouteillages sur la route côtière très prisée, la région a introduit l'année dernière un système basé sur les plaques d'immatriculation. Selon leurs numéros pairs ou impairs, les véhicules sont autorisés à circuler en alternance. Florence, Milan et de nombreux autres endroits ont introduit des règles de conduite et des restrictions afin de stopper le tourisme de masse.
Athènes limitera l'accès à l'Acropole à partir de septembre et augmentera les prix. Le gouvernement grec déclare par ailleurs la guerre au fléau des chaises longues sur l'ensemble du territoire par le biais d'une nouvelle loi. Le 70% d'une plage - au minimum - devra rester libre, ce qui doit également garantir de l'espace pour les autochtones.
Pour soulager les îles comme Mykonos et Santorin, Athènes entend réduire considérablement le nombre de bateaux de croisière et a déjà introduit une taxe de «crise climatique» qui peut s'élever à dix euros par jour, selon la catégorie d'hôtel.
Depuis la série HBO Game of Thrones, Dubrovnik fait partie des destinations les plus prisées de la Méditerranée. Au grand dam de ses 43 000 habitants. Suite à des protestations naissantes, le maire Mato Franković a lui aussi décidé de fixer un plafond pour les bateaux de croisière. Désormais, ils ne sont pas plus de trois par jour à pouvoir accoster.
Le dirigeant a également introduit un système de comptage à l'aide de caméras afin de ralentir, voire de stopper l'afflux de touristes si nécessaire. Le mot d'ordre: «Touristes, un peu de tenue!» Il est interdit de crier et de boire de l'alcool dans la rue. Les personnes désinhibées en maillots de bain risquent une amende.
Au Portugal, la taxe touristique doublera dès le mois de septembre, passant de deux à quatre euros par nuit. En parallèle, Lisbonne suspend l'attribution de licences pour les appartements touristiques. Il y a quelques années encore, la politique voyait dans le tourisme une solution à la crise économique. Les logements de vacances étaient encouragés, les investisseurs étrangers recevaient des «visas dorés». Conséquence: les prix ont explosé.
Après les manifestations à Majorque, le gouvernement régional a promis des «mesures courageuses dans quelques mois». Il y aura à nouveau des quotas pour les navires de croisière, et les taxes touristiques vont quasiment doubler. La traque au «tourisme de la beuverie» a démarré avec l'interdiction totale la consommation d'alcool sur la voie publique. L'accès des voitures de location au centre-ville de Palma sera, lui aussi, fortement restreint. On débat même d'une limitation des ventes de biens immobiliers de l'île aux non-résidents.
De son côté, Jaume Collboni, le maire de Barcelone a annoncé la fin de l'octroi de licences hôtelières au centre-ville. Mieux encore: il veut rayer de la carte les appartements disponibles sur Airbnb d'ici 2028.
Au vu des règles de comportement, des restrictions et surtout des protestations des citoyens dans les lieux touristiques populaires, on peut se demander où les vacanciers restent bien accueillis. La réponse est relativement simple: là où l'afflux massif ne transforme pas encore le quotidien des autochtones en cauchemar. En Espagne, il est ainsi recommandé de préférer Almería, Cadix et, dans le nord, Bilbao à Barcelone, Malaga ou Majorque.
Dans les Canaries, Tenerife, Lanzarote et Gran Canaria saturent. Mais sur El Hierro, La Gomera et La Palma, on aimerait accueillir plus d'hôtes. Pourquoi choisir Lisbonne ou l'Algarve - surpeuplée - alors qu'au nord du Portugal, dans l'Alto Douro, la plus ancienne région viticole du monde et ses plages toutes proches nous tendent les bras?
L'île aux fleurs portugaise de Madère est splendide. Flores, l'île aux fleurs des Açores portugaises, l'est tout autant - le bain de foule en moins. Mostar, l'une des plus belles villes de Bosnie-Herzégovine, se trouve à seulement deux heures et demie de route de Dubrovnik. A Karpathos, on profite de plages et de villages blancs et bleus comme à Santorin - mais loin de la cohue.
Et pourquoi faut-il toujours que ce soit la Grèce ou l'Italie? L'Albanie et la Macédoine du nord ne manquent pas d'atouts, avec des plageset une nature magnifique. Et là, on sera reçus avec un «Tourist welcome» au lieu d'un «Tourist go home».
(Traduit de l'allemand par Valentine Zenker)