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Ukraine: de plus en plus de Russes en ont marre de la guerre

Les Russes en ont marre de la guerre de Poutine.
De plus en plus de Russes en ont marre de la guerre de Poutine.Image: keystone

«L'Etat nous a menti»: de plus en plus de Russes en ont marre de la guerre

En Russie, l'été a laissé sa place à l'automne, mais aussi à l'inquiétude. La guerre en Ukraine est désormais sur toutes les lèvres du pays, bien que la majorité du peuple l'ait accepté aujourd'hui.
30.11.2022, 06:06
Inna Hartwich, moscou / ch media

«Petja doit-il aller à la guerre?» Cette pensée ne quitte pas l'esprit de Rita depuis des mois. Même après que le président russe Vladimir Poutine a déclaré la fin de la mobilisation il y a quelques jours, elle ne la quitte pas. «Non, Petja ne va pas à la guerre», a décidé Rita. Comme elle a aussi décidé qu'en famille, ils tourneraient le dos à leur pays. «Définitivement».

Ainsi, en ce jour d'automne ensoleillé, cette femme médecin, qui ne veut pas donner son nom de famille pour des raisons de sécurité, se tient dans la Dom Knigi de Moscou, la librairie d'Etat de la ville et la plus grande du pays, à la recherche de manuels d'hébreu:

«Je ne veux pas émigrer sans préparation. Je veux au moins m'intéresser un peu à la langue»

Elle feuillette les fines pages, regarde la transcription russe des lettres hébraïques.

Lorsque Rita était enfant, sa famille voulait déjà émigrer en Israël. Même à l'adolescence, en tant qu'étudiante et plus tard en tant que mère. Mais elle est toujours restée. Elle est allée manifester quand il était encore possible de le faire dans le pays. Mais aujourd'hui, elle veut se protéger, elle veut préserver son enfant d'un endoctrinement toujours plus fort, elle veut que Petja, son mari, reste avec eux.

Son livret militaire indique certes «inapte», mais ce n'est pas une garantie. «L'émigration n'était pas mon projet, j'aime mon pays. Pourtant, depuis bientôt neuf mois, je ne le reconnais plus. Je préfère l'incertitude à l'étranger que l'incertitude ici», dit Rita, qui n'a même pas 40 ans.

La guerre s'est invité dans tous les foyers

L'été a fait place à l'automne et un sentiment d'inquiétude qui l'accompagne. Avec la mobilisation, la guerre s'est imicée dans la vie chacun. Et bien qu'elle soit déclarée terminée, les commissaires militaires continuent d'envoyer des avis de convocation. Poutine n'a pas signé de décret de fin. Il estime que c'est inutile, «point final». L'armée obtient ainsi des soldats supplémentaires.

De plus, le recrutement des conscrits est en cours depuis début novembre. Après seulement trois mois de service de base, l'armée peut présenter aux recrues des documents en tant que soldat sous contrat et les envoyer au front après signature.

Certains se cachent encore aujourd'hui dans la forêt (à lire ici☝️) pour échapper à l'emprise de l'Etat. Un informaticien du sud de la Russie, qui se fait appeler «Adam, le garde forestier logique», décrit sur le canal Telegram du même nom sa vie dans la nature. Là-bas, il se sent ainsi à l'abri des autorités de recrutement.

En outre, Robert, cinéaste moscovite de 23 ans, se cache lui aussi – entre ses quatre murs. Il ne croit pas au calme. Il n'ouvre la porte à personne sans accord préalable et se fait livrer ses repas à domicile. «Faire des projets est devenu impossible».

«L'Etat nous a menti à maintes reprises. "Opération spéciale", "mobilisation partielle", "droit de guerre partiel". Il continuera à nous mener en bateau, il y parvient d'ailleurs très bien. Seuls quelques-uns chez nous savent vraiment ce qu’il se passe en Ukraine.»
Robert

Il y a bientôt deux mois, Robert s'était rendu sans méfiance dans un bureau de conscription, déposer des papiers. Faire son «devoir», comme il dit. «J'étais stupide». Il a condamné la guerre dès le début, est allé manifester, a toujours échappé aux autorités. Mais la «powestka», l'avis d'incorporation, est arrivée. Il a emporté un certificat de son psychologue, certain qu'il expliquait son inaptitude au combat. Les médecins sur place voulaient l'examiner de plus près. «Tireur antiaérien», lit-on dans son livret militaire. Une catégorie très demandée actuellement.

Pendant deux heures, il a dû passer d'un examen à un autre et d'un entretien à un autre. Robert bégayait, ne pouvait pas se tenir sur une jambe parce que tout tournait, des objets lui tombaient des mains: les médecins ont fini par lui diagnostiquer une dépression nerveuse. Robert dit qu'il ne se souvient que vaguement de cette journée après laquelle il a passé deux semaines dans une clinique neurologique. La «powestka» est toujours sur son bureau. Mais la date inscrite dessus est dépassée depuis longtemps.

Un homme doit défendre son pays

Mais la patrie, comme l'Etat le dit à ses citoyens, comme les propagandistes le répètent chaque jour à la télévision et les gens dans la rue, doit être défendue. Un homme n'est pas une chiffe molle, un homme doit payer sa dette à la patrie. Les femmes aussi récitent ces principes.

Ces dernières semaines, des couples se sont dit oui lors de mariages de masse. Pour que les choses soient plus simples avec les autorités en cas de blessure ou de décès. Immédiatement après la cérémonie, des «membres de l'armée» ont conduit les hommes au bus qui les emmenait au camp d'entraînement. Les élèves sont désormais privés de leurs professeurs et les transports publics de leurs chauffeurs.

Ces derniers jours, les premiers mobilisés sont rentrés en Russie, dans des cercueils en zinc: un spécialiste en informatique de Moscou, un juriste de Saint-Pétersbourg qui, à 40 ans, n'aurait pas dû être enrôlé, un jeune homme de 24 ans de la région de Sverdlovsk dans l'Oural, qui laisse derrière lui sa femme et son enfant d'un an. Après la mort d'un fonctionnaire mobilisé du gouvernement municipal de Moscou, sa supérieure a écrit que les autorités devaient cesser de mentir. Des autorités dont elle fait également partie.

People walk past a calendar for 2023 depicting Russian President Vladimir Putin displayed for sale in a shop in St. Petersburg, Russia, Wednesday, Nov. 16, 2022. (AP Photo/Dmitri Lovetsky)
Les Russes passent, indifférents, devant un calendrier de Poutine en faisant leurs courses à Saint-Pétersbourg.image: keystone

De nombreux membres de l'administration municipale de la capitale quittent désormais leur poste en catimini et ne reviennent pas. Leurs collègues trouvent plus tard leurs démissions dans les tiroirs de leurs bureaux, retrouvent leurs tasses de café non lavées. Dans certains départements, il manquerait jusqu'à 30% des employés, rapporte le média en ligne russophone Vjorstka.

Ce sont surtout les informaticiens qui font défaut, dans une ville où le maire mise depuis des années sur la numérisation. Mais ces problèmes ne font pas partie du discours officiel. Au contraire, le maire promet des places immédiates en crèche pour les familles des mobilisés, veut mettre «sans bureaucratie» les femmes des mobilisés sur le marché du travail, offre une aide psychologique gratuite aux laissés pour compte.

Une nouvelle vie particulière

L'imprévisibilité, qui rend morose, perdure depuis bientôt neuf mois. Les nouvelles – de répressions, d'arrestations, de calomnies – et de notoriétés aussi, ne font plus guère mouche. Par exemple, Xenia Sobtchak, filleule de Poutine et adversaire de ce dernier à la présidentielle de 2018, s'est réfugiée en Lituanie, car menacée de procès en Russie. Alla Pougatchova, star soviétique de la pop, dont les chansons peuvent encore être reprises par tous les habitants du pays, a émigré en Israël et a ensuite été publiquement humiliée en tant que traîtresse.

Plus personne n'est sacré dans le pays, plus personne n'est en sécurité. Tout le monde a compris le message, la plupart se taisent et vivent une vie où «on ne peut planifier que jusqu'au soir», comme le disent les gens, à moitié amusés. Ils ne rient pas.

«Prisposobilis», expliquent-ils, «nous nous sommes adaptés». Adaptés aux prix plus élevés, au fait que certains médicaments manquent, que de nombreux magasins, même les mieux situés, sont vides et qu'il est écrit sur les vitres «à louer». Adaptés au fait qu'ils doivent contracter des crédits pour s'acheter des vêtements d'hiver, qu'après des accidents de voiture, ils doivent attendre pendant des mois les pièces de rechange qu'ils paient une somme exorbitante. Ils se sont adaptés au fait que la peur et l'insécurité soient leurs compagnons permanents.

Comment la Russie essaie de vivre normalement

La vie continue: où est le problème? Le logo Ikea retiré des murs des magasins? «Nous avons le fabricant de meubles Hoff», disent les gens. Zara a fermé? Quelques mois plus tard, les magasins rouvrent sous l'enseigne «Neue Mode» et avec de nouveaux propriétaires.

Les cafés Starbucks s'appellent désormais Stars Coffee, les restaurants rapides McDonalds, Lecker et Punkt, KFC Rostiks. Là où il y avait des Lego, on trouve maintenant des magasins appelés «Le monde des cubes», des jeux de construction en plastique sont également disponibles. La vente par correspondance comme Wildberries, une sorte d'Amazon russe, continue en outre de proposer des produits qui ont disparu depuis longtemps des magasins. Tel que Nespresso, Adidas, Armani.

A Dom Knigi, la librairie moscovite du Nouvel Arbat, les nouvelles éditions de 1984 de George Orwell côtoient au premier étage, le Nous tout aussi dystopique d'Evgueni Zamiatine, le premier livre interdit en Union soviétique. Pendant ce temps, dans d'autres magasins russes, des romans d'auteurs qui s'opposent à la guerre et qui ont quitté le pays disparaissent. L'étiquette «agent étranger», ou opposants à Poutine, est collée sur certains livres. L'Etat veut tout contrôler, réécrire l'histoire, déformer la réalité. «1984» est bien réel à l'extérieur de Dom Knigi.

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