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Ukraine: Moscou frappe les travailleurs du secteur énergétique

Employees warm themself near a barrel with bonfire during ongoing work to clear debris at a heavily damaged thermal power plant of the Ukrainian energy provider DTEK in an undisclosed location in Ukra ...
Dans la fameuse centrale, le 9 février 2026,Image: AFP

Moscou frappe «les dynasties de travailleurs du secteur énergétique»

A cause des bombardement russes, les centrales énergétiques sont mises à rude épreuve. Reportage dans l'une d'entre elles, où l'on est employé «de père en fils».
10.02.2026, 18:4910.02.2026, 18:49
Cécile FEUILLATRE, Ukraine / afp<br>

L’équipe du soir avait beau savoir qu’une attaque massive se profilait cette nuit-là, «rien ne peut préparer à ça». Les deux frappes russes se sont abattues sur la centrale électrique ukrainienne, achevant de détruire le bloc déjà ravagé par un précédent bombardement.

Le reportage vidéo de l'AFP 👇🏼

Vidéo: extern / rest

Quelques jours plus tard, l’air sent toujours le brûlé. Un corbeau gelé gît dans la neige sous les portraits souriants d’employés du site, vestiges d’un temps de paix révolu. Des chiens errent dans les décombres, entre les énormes tuyaux noircis et tordus, et les turbines à l’arrêt.

Des pompiers harnachés évoluent dans ce décor apocalyptique pour déblayer, et des ouvriers s’activent à réparer ce qui peut l’être, sous des températures frôlant parfois les -20 °C.

Cette centrale thermique de l’opérateur ukrainien privé DTEK, où l’AFP a pu se rendre dans le cadre d’une visite de presse à condition de ne pas révéler la localisation ni les noms des interlocuteurs, a été touchée par des tirs russes à plusieurs reprises depuis octobre.

La Russie a déclenché en 2022 son invasion à grande échelle de l’Ukraine, le conflit armé le plus sanglant en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale et qui a fait des dizaines, voire des centaines de milliers de morts.

L'hiver est des plus rudes

Ces derniers mois, Moscou a aussi lancé une vague de bombardements massifs contre le réseau énergétique, privant des centaines de milliers de foyers de chauffage et d’électricité, au milieu de l’hiver le plus froid depuis des années.

Une destruction méthodique et délibérée pour provoquer une crise humanitaire dans le pays, accusent Kiev et ses alliés.

Les Ukrainiens ont inventé un nouveau mot, «Kholodomor» - signifiant approximativement extermination par le froid - en référence à l’Holodomor, la grande famine en Ukraine organisée par Staline en 1932-1933.

Volodymyr, 53 ans, chef de brigade du service des turbines, dont l’équipe travaillait la nuit des frappes, dit:

«Je travaille dans cette centrale depuis 27 ans. J’ai juste envie de pleurer»

Personne n’a été blessé, mais les dégâts sont tels que la reprise de la production semble très lointaine - même si officiellement DTEK ne fournit aucun élément sur ces informations sensibles.

Employees clear debris at a heavily damaged thermal power plant of the Ukrainian energy provider DTEK in an undisclosed location in Ukraine on February 9, 2026, following Russian missile and drone str ...
Cet hiver, les pompiers doivent intervenir tous les jours par grand froid.Image: AFP

Oleksandre Kouterechtchyne, 38 ans, responsable communication de DTEK, admet:

«Des centaines d’ouvriers et ingénieurs travaillent ici, jour et nuit, 24 heures sur 24, pour réparer autant que possible, mais cela va prendre du temps.»

Le groupe compte huit grosses centrales en Ukraine, mais trois d’entre elles sont désormais situées en territoires occupés et donc inaccessibles.

Depuis 2022, les infrastructures énergétiques ont été attaquées plus de 220 fois, dont 10 frappes massives depuis octobre dernier, selon les chiffres officiels.

Le but est de saper le moral

Ces attaques ne font pas que détruire des infrastructures, elles sapent aussi le moral des communautés locales, dont la vie est souvent organisée depuis des décennies autour de ces centrales énergétiques, pourvoyeuses d’emploi et objet de fierté. «Il y a des dynasties de travailleurs du secteur énergétique» dans la région, assure Oleksandre Kouterechtchyne.

Après la dernière frappe, «les gars sont immédiatement arrivés pour aider, même ceux qui étaient en repos ou en vacances», raconte Volodymyr. «C’est notre vie, vous comprenez?»

Rescuers of the State Emergency Service and employees of a power plant clear debris at a heavily damaged thermal power plant of the Ukrainian energy provider DTEK in an undisclosed location in Ukraine ...
Les techniciens ne peuvent que constater les dégâts. Image: AFP

Dans la ville voisine de la centrale, Ania, 22 ans, explique que sa mère travaille depuis 30 ans au service administratif de la centrale DTEK. Elle est en télétravail depuis la frappe, et ses collègues lui manquent. «Tous ces gens ont passé quasiment la moitié de leur vie au travail là-bas. Et maintenant tout est détruit…», explique Ania.

A ses côtés, Veronika, patronne d’un restaurant à seulement 24 ans, décrit la galère d’une vie quotidienne où l’électricité arrive toutes les cinq heures, pendant une heure.

On finit par s'y faire

La centrale est située derrière la forêt sur laquelle donnent les fenêtres de sa maison. «Bien sûr c’est effrayant», dit simplement Veronika, dont la tante de 45 ans travaille elle aussi à la centrale. «Mais on finit par s’habituer. Le plus important est que les gens, les enfants, ne souffrent pas. Le métal, ça se reconstruit. Même si certains disent que tout est foutu, ce n’est pas vrai. Les cheminées (de la centrale) sont toujours debout, et nous aussi.»

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