Ce que certains journalistes vous cachent sur la guerre de Poutine
La route de Kiev à Kharkiv, la deuxième plus grande ville du pays, est recouverte de neige et de verglas. Dans le même temps, il pleut, et les gouttes de pluie gèlent sur ma voiture. Les bras des essuie-glaces s’enrobent de glace, deviennent de plus en plus épais et lourds, ce qui ralentit dangereusement le rythme du système d’essuyage.
Sur le bas-côté se tient une ambulance. Les secouristes se précipitent en contrebas du talus, dans un champ. Un fourgon de livraison, sorti de la chaussée, y est immobilisé. Toutes les vitres du véhicule ont volé en éclats. Les sauveteurs s’occupent des personnes à l’intérieur, mais à distance, il est impossible de dire si elles sont seulement blessées ou déjà mortes. Même sans intervention russe, la vague de froid et la glace sur les routes font leurs victimes.
Centres commerciaux et cafés chauffés en Ukraine
Pendant ce temps, un autobus file sans se soucier de rien sur la voie de dépassement en direction de Kharkiv, dépassant une station-service dont l’arrière a été dévasté par une explosion, probablement celle d’un drone. Les pompes et la boutique de la station ont en revanche été épargnées, comme par miracle.
C’est sans aucun doute l’hiver le plus rude depuis le début de la guerre. Mais il existe aussi des lueurs d’espoir. Dans le quartier de Saltivka à Kharkiv, fortement endommagé surtout au début de l’invasion, les signes de reconstruction sont impossibles à ignorer. Devant de vieux immeubles préfabriqués de l’époque soviétique, frappés par des missiles, se dressent des grues de chantier. Une partie des façades a déjà été recouverte d’une nouvelle isolation. Le quartier se situe à moins de 30 kilomètres de la frontière russe.
Vers midi, le thermomètre affiche «seulement» moins sept degrés. Pourtant, lorsque l’on reste longtemps dehors, on commence à grelotter. Je cherche donc un centre commercial en centre-ville pour me réchauffer. A l’entrée du bâtiment, je croise une jeune femme dont les paupières sont couvertes de fins pansements. Elle a manifestement subi une opération récente. Même en pleine guerre et lors d’une vague de froid, la beauté ne doit pas souffrir.
Une couverture médiatique déformante
A l’intérieur, une bouffée de chaleur me frappe. Devant une petite scène, une foule vêtue de lourds manteaux d’hiver s’est rassemblée, parmi laquelle se trouvent aussi deux soldats. Sur scène chante la musicienne pop américano-ukrainienne Valeriya Simulik, originaire de Kharkiv. Elle compte plus de 650 000 abonnés sur Instagram. De jeunes fans l’acclament, tandis que des dizaines de téléphones portables filment la scène. La foule ne se réjouit pas seulement du concert gratuit, mais aussi du hall agréablement chauffé.
Il s’agit là d’un aspect qui disparaît totalement de la couverture médiatique des attaques russes contre les infrastructures énergétiques: à Kharkiv, Kiev et dans les autres grandes villes, il existe des centaines de supermarchés, de centres commerciaux, de cafés et d’autres établissements disposant de leur propre alimentation électrique et de chauffage. Ceux qui parviennent à quitter leur appartement glacé peuvent donc se reposer dans de nombreux lieux accessibles au public, y compris en dehors des tentes chauffées mises à disposition par les autorités, les «points d’invincibilité».
Dans la plupart des reportages, ces possibilités de se réchauffer n’apparaissent pas, car elles relativiseraient l’atmosphère de catastrophe véhiculée. Un exemple est une photo qu’une correspondante américaine a diffusée d’elle-même. On y voit la femme, bonnet, gants et lampe frontale sur la tête, assise sur la banquette arrière d’une voiture, en train d’écrire un article au crayon. Elle explique qu’elle doit se réchauffer dans la voiture pour travailler. Elle utilise un crayon parce que l’encre de son stylo-bille aurait gelé. C’est bien sûr absurde dans la mesure où elle pourrait travailler pratiquement partout à Kiev, y compris dans un café chauffé.
Il s’agit de ce type de «reportages» qui ne sont pas entièrement inventés, mais qui omettent des détails essentiels et contribuent ainsi, en Occident, à une image déformée de la situation en Ukraine. Le fait demeure toutefois le suivant: les attaques russes touchent en premier lieu les personnes âgées, les malades et les personnes isolées, qui ne peuvent ou ne veulent pas quitter leur logement gelé. Ce sont elles les principales victimes de la guerre du froid menée par la Russie. (trad. hun)
