International
Union Européenne

Le président polonais choque en torpillant un projet européen

Le président nationaliste polonais Karol Nawrocki a stoppé net un important projet de financement européen.
Le président nationaliste polonais Karol Nawrocki a stoppé net un important projet de financement européen.Image: Imago

«Un acte de trahison nationale» secoue la Pologne

Le président polonais Karol Nawrocki oppose son veto à la participation de Varsovie au programme européen Safe de 150 milliards d’euros, déclenchant la colère du gouvernement de Donald Tusk.
13.03.2026, 18:5813.03.2026, 18:58
Bernard OSSER, Varsovie, Pologne / AFP

Le gouvernement pro-européen de la Pologne a dénoncé jeudi «un acte de trahison» après le veto du président nationaliste à la participation de Varsovie au programme Safe de l'Union européenne, censé lui apporter des dizaines de milliards d'euros sous forme de prêts afin de renforcer sa défense.

Voisine de la Russie, de la Biélorussie et de l'Ukraine, la Pologne a massivement investi ces dernières années dans la modernisation de ses forces armées et de son industrie de défense, mobilisant des milliards de zlotys pour contrer une éventuelle menace russe.

Un coup de théâtre politique

En 2026, ses dépenses militaires doivent dépasser 4,8% du PIB, faisant de son budget l'un des plus élevés de l'Otan.

Pour accélérer encore la modernisation, le gouvernement de Donald Tusk mise sur le vaste programme européen Safe, doté de 150 milliards d'euros, dont environ 44 milliards d'euros pour la seule Pologne.

Safe a déjà été approuvé par le Parlement, mais le président Karol Nawrocki, un historien de formation élu en juin 2025 avec l'appui du parti ultraconservateur Droit et Justice (PiS, opposition), a annoncé jeudi soir, lors d'une allocution télévisée, qu'il y opposait son veto:

«J'ai pris la décision de ne pas signer la loi qui permettrait à la Pologne de contracter l'emprunt dit "Safe". Je ne signerai en effet jamais une loi qui porte atteinte à notre souveraineté, à notre indépendance, ainsi qu'à notre sécurité économique et militaire.»

Nawrocki et le PiS voient dans le programme Safe un cheval de Troie permettant à Bruxelles et à Berlin, toujours perçu comme le voisin dominateur par une partie de la droite, d'exercer une pression sur Varsovie, notamment par un mécanisme de contrôle de l'allocation des fonds.

Selon lui, Safe risque aussi d'endetter les Polonais «pour des générations».

Une avalanche de réactions indignées

Après des semaines de polémique, le gouvernement a violemment réagi jeudi soir à l'annonce du veto présidentiel, en particulier Donald Tusk, qui a écrit sur X:

«Le président a perdu l'occasion de se comporter en patriote. Une honte!»
Le Premier ministre Donald Tusk n'a pas mâché ses mots à propos du président polonais.
Le Premier ministre Donald Tusk n'a pas mâché ses mots à propos du président polonais.Image: Imago

Son porte-parole avait auparavant dénoncé «un acte de trahison nationale». Pour le ministre de la Défense, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz, le veto de Karol Nawrocki «n'est pas dirigé contre le gouvernement, mais contre la sécurité de la Pologne».

En réaction à l'annonce du président, Tusk a convoqué un conseil des ministres extraordinaire vendredi à 09h.

Selon le politologue Jaroslaw Kuisz, rédacteur en chef de l'hebdomadaire en ligne Kultura Liberalna, les deux camps sont au diapason sur la nécessité d'augmenter les dépenses militaires pour contrer la menace de la Russie dont la Pologne est frontalière.

12 000 entreprises impactées

Mais à un peu plus d'un an des législatives, le président ne peut laisser le gouvernement empocher les dividendes de cet investissement faramineux qui représente une manne pour un certain nombre de collectivités locales. Kuisz explique:

«Le président veut (...) nuire autant que possible au Premier ministre»

Selon le gouvernement, Safe profiterait à quelque 12 000 entreprises polonaises à travers le pays, situées principalement en province, fief électoral habituel du PiS.

Une fois le programme lancé, «des entreprises, notamment du secteur de l'armement (…), des milliers de personnes disposeront d'ici un an d'énormes sommes d'argent qui seront redistribuées. C'est un autre facteur de croissance économique», note Kuisz.

Un contre-projet qui peine à convaincre

Le président et l'opposition nationalistes, proches de Washington, estiment que Safe exclurait les entreprises d'armement américaines des futurs contrats et placerait la Pologne «sous la botte allemande». Pour Jaroslaw Kaczynski, le président du PiS:

«Cet accord vise en plus à nous enchaîner par diverses dépendances et à faciliter ce processus de marche vers une Europe entièrement dominée par l'Allemagne.»

Le programme européen est cependant soutenu par plus de 50% des Polonais, alors qu'un quart à un tiers d'entre eux seulement y est opposé, selon de récents sondages.

Jaroslaw Kaczynski.
Jaroslaw Kaczynski, président du PiS.Image: Imago

L'opposition nationaliste propose un projet concurrent, présenté comme «national et souverainiste». Baptisé Safe 0%, il a été ficelé avec le président de la Banque centrale (NBP) Adam Glapinski, lui-même proche du PiS.

Le programme est censé s'appuyer sur les bénéfices potentiels de la NBP générés par des opérations sur d'importantes réserves en devises et en or. Cependant, ses modalités restent floues.

Le gouvernement le juge irréaliste, rappelant que la Banque centrale enregistre des pertes depuis plusieurs années. Un programme «zéro zloty», a raillé Donald Tusk.

Des vaches shampouinées, peignées et brushinguées
1 / 18
Des vaches shampouinées, peignées et brushinguées
source: sad and useless
partager sur Facebookpartager sur X
Cette statue célèbre la bromance entre Trump et Epstein
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Votre commentaire
YouTube Link
0 / 600
Six morts dans le crash d'un avion américain ++ Explosion à Dubaï
Suivez en direct les dernières infos sur le conflit entre Israël et l'Iran, avec l'implication des Etats-Unis, qui embrase le Moyen-Orient.
L’article