«Du chantage»: Orban prive l'Ukraine de 90 milliards
Ils auraient voulu venir avec un cadeau. Mais au lieu de débloquer un crédit de 90 milliards d'euros et d'adopter le 20e paquet de sanctions contre la Russie à temps pour le jour commémoratif de l'attaque du Kremlin contre l'Ukraine, les Européens se sont retrouvés mardi à Kiev les mains vides.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s'en est excusée auprès du président ukrainien Volodymyr Zelensky:
Avant d'ajouter:
Un problème de pétrole russe
Mais que s'est-il passé? Au cours du week-end, Viktor Orban, le chef du gouvernement hongrois, a bloqué les deux mesures pour ainsi dire à la dernière minute. Il a été secondé par son homologue slovaque Robert Fico. La raison: un âpre conflit autour de l'oléoduc Droujba, qui approvisionne les deux pays en pétrole russe via l'Ukraine.
Il faut savoir que, quatre ans après le début de la guerre, la Hongrie et la Slovaquie s'approvisionnent encore presque exclusivement en pétrole russe. Elles bénéficient d'une dérogation à l'embargo européen, justifiée par la situation géographique des deux pays.
Selon les déclarations ukrainiennes, l'oléoduc aurait été délibérément endommagé lors d'une attaque de drone russe fin janvier. La Hongrie et la Slovaquie reprochent aux Ukrainiens de retarder les réparations et de retenir les livraisons de pétrole pour des raisons politiques. Il est difficile pour l'instant de déterminer ce qui est vrai.
De sévères menaces pour l'Ukraine
Un fait est en revanche établi: le 27 janvier, une attaque russe a bien eu lieu dans l'ouest du pays, près de la ville de Brody. Une partie de l'oléoduc a été endommagée, ce qui a entraîné l'interruption des livraisons de pétrole.
La semaine dernière, la situation s'est brusquement envenimée, les deux pays d'Europe centrale affirmant être menacés d'une pénurie d'or noir. Orban a alors non seulement annoncé son veto, mais a également suspendu la livraison de diesel à l'Ukraine, dont le pays dépend particulièrement en raison des attaques continues de la Russie contre ses infrastructures énergétiques.
Le premier ministre slovaque Fico a simultanément menacé de couper les lignes d'alimentation de secours en électricité avec l'Ukraine. Il est à noter qu'une interruption physique du flux électrique mettrait en péril la stabilité du réseau slovaque, selon des experts.
La tension monte avec la Hongrie
Kiev parle désormais de «chantage» et a durci le ton envers la Hongrie et la Slovaquie. Zelensky a même mis Orban sur le même plan que ceux qui participent activement à la guerre contre son pays, en déclarant lors d'un entretien:
L'Ukraine dépend du crédit de plusieurs milliards de l'Union européenne. Dès le mois d'avril, Kiev risque de manquer d'argent. En décembre, les chefs d'Etat et de gouvernement européens étaient parvenus, après de longues négociations, à un compromis.
Le fait qu'Orban, qui a obtenu une dérogation et n'est pas tenu de contribuer financièrement, bloque désormais ce crédit, constitue une nouvelle étape dans ses transgressions. Le président du Conseil de l'UE, Antonio Costa, l'a accusé mardi à Kiev de ne plus respecter le principe de «coopération loyale» inscrit dans les traités européens, et a annoncé des conséquences.
Des élections tendues en vue pour la Hongrie
On ignore quelle part de calcul politique se cache derrière le veto d'Orban. En Hongrie, les élections auront lieu le 12 avril et son parti Fidesz accuse un net retard dans les sondages face à l'opposition. La campagne électorale bat son plein et polarise fortement le pays.
Le gouvernement hongrois a choisi l'hostilité envers l'Ukraine comme thème de campagne. Orban a récemment qualifié officiellement l'Ukraine d'«ennemie de la Hongrie». Il accuse l'UE de s'ingérer dans les affaires intérieures hongroises, et mène une campagne d'affichage agressive contre Ursula von der Leyen.
Dans le même temps, il fait venir le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio pour un meeting de campagne et s'est assuré du soutien du président américain Donald Trump.
Mais il n'est pas certain que le premier ministre, au pouvoir depuis 16 ans, puisse encore renverser la vapeur. Selon un sondage, 23% des Hongrois croient à la propagande d'Orban selon laquelle une victoire de l'opposition plongerait le pays dans la guerre. Ce même sondage lui attribue toutefois un retard de 16 points sur le challenger Peter Magyar et son nouveau parti Tisza.
