Ces déserteurs veulent «remettre de l'ordre» au Venezuela
Depuis leur exil en Colombie, des déserteurs des forces de l'ordre du Venezuela ont suivi, stupéfaits et à distance, la chute de Nicolas Maduro.
Certains d'entre eux envisagent désormais de retourner dans leur pays avec l'intention d'installer un «nouveau commandement».
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Une opportunité longuement attendue
Considérés comme des traîtres après avoir abandonné l'uniforme il y a environ sept ans, d'anciens soldats et policiers se sont réfugiés en Colombie, mais l'arrestation de Maduro par les Etats-Unis rebat les cartes, selon eux.
Un commandant qui s'est exprimé sous couvert d'anonymat assure que, lorsqu'il était sur le point d'être nommé général de l'armée, il a demandé sa démission pour des raisons éthiques, en désaccord avec ses supérieurs.
Sans Nicolas Maduro, le haut commandement militaire, composé de certains de ses anciens camarades, «devrait s’écarter», explique-t-il. Mais pour l'heure, déplore Willias Cancino, ex-agent du commandement des opérations spéciales de la police, ces haut-gradés «restent totalement loyaux au régime».
En contact permanent avec leurs anciens compagnons et parties prenantes de cette fuite massive, ils assurent préparer leur retour afin de remplacer la haute hiérarchie militaire actuelle, accusée par des ONG de violations des droits humains et d'autres crimes. Williams Cancino affirme vouloir «remettre de l'ordre» et poursuit:
Le pouvoir de Maduro n'a pas totalement disparu
Williams Cancino est arrivé en 2019 avec un groupe d’hommes en uniforme jusqu'à la frontière, a gagné le sol colombien à pied et a remis son arme aux autorités.
Il affirme que son plan, à l'époque, était de consolider un commandement capable de renverser Nicolas Maduro après que l'opposant Juan Guaido s'est proclamé président par intérim, sur fond de pressions des Etats-Unis contre le pouvoir en place. Cette fois, l'espoir est «total», soutient-il avant de déclarer:
Donald Trump a affirmé que les Etats-Unis étaient «aux commandes» du Venezuela, mais n'ont annoncé ni déploiement de troupes ni soutien à des commandos extérieurs aux forces armées vénézuéliennes.
Après l'arrestation de Maduro, qui a plaidé non coupable lundi devant un tribunal à New York, l'armée vénézuélienne a apporté son soutien à la vice-présidente Delcy Rodriguez, investie lundi comme présidente par intérim. Trump avait alors averti:
Les déserteurs qui se sont entretenus avec nous assurent que les instances militaire et policière demeurent fidèles à Nicolas Maduro, malgré le coup porté samedi par l'opération militaire américaine.
Ces instances restent sous les ordres des ministres de l'Intérieur, Diosdado Cabello, et de la Défense, Vladimir Padrino, tous deux recherchés par la justice américaine.
La crainte d'une guerre fratricide
Cleberth Delgado, un ex-détective, se montre sceptique quant à une possible transition au Venezuela tant que resteront en poste les hauts-gradés loyaux à Delcy Rodriguez.
Des estimations indépendantes affirment que le pays compte quelque 2000 généraux. Il affirme avoir été collaborateur d'Oscar Pérez, un policier devenu célèbre en 2017 après s'être soulevé contre Nicolas Maduro, mais assassiné en 2018.
Avec le président vénézuélien déchu désormais détenu aux Etats-Unis et un pouvoir qui peut se fissurer, Delgado affirme que les déserteurs veulent «proposer au gouvernement (de Rodriguez) une nouvelle institution» de la force publique.
S'ils obtiennent une fin de non-recevoir, «les armes ont toujours été une option», avertit Delgado depuis l'une des maisons clandestines où il se cache, dans un quartier populaire à quelques minutes de la frontière. Mais Williams Cancino nuance:
Juan Guaido, qui vit aux Etats-Unis, écarté, voit une issue aux côtés la cheffe de l'opposition et Nobel de la paix, Maria Corina Machado.
