«Le sexe, la mode et le disco»: cette décennie obsède
Ils n’étaient pas nés ou à peine, mais ils ne jurent que par elles, les années 80. L'engouement de la génération Y (1981-2012), en partie aussi de la génération Z (1997-2012), pour cette décennie que ni l'une ni l'autre n’ont connue à l’âge qui compte, celui de l’adolescence et de la vingtaine, semble inépuisable et interroge.
Le mot «queer» est encore marginal, mais pas la chose
Sorti le mois dernier au cinéma, actuellement à l’affiche en Suisse romande, «Juste une illusion», du duo Nakache et Toledano, est une ode aux années 80, avec une bande-son au diapason de la nostalgie, à commencer par la chanson qui donne son titre au film, Just an illusion, du groupe Imagination. L’époque est alors prise d'assaut par la new wave et les synthés. Le mot «queer» est encore marginal, «pédé» est une insulte solidement installée, mais la chose explose dans les clips qui font alors leur apparition à la télé. La sortie concomitante, ces jours-ci, du biopic Michael, consacré au roi de la pop Michael Jackson, ajoute à la 80s mania.
Just an illusion du groupe Imagination
Tout n'était pas rose
A bien y regarder, pourtant, les années 80 n’étaient pas la panacée. Chez nos voisins français, c’était pareil au Royaume-Uni, la Suisse, excepté l'accès au travail, n’était pas épargnée, on entrait dans l’ère du chômage de masse et du Sida, le racisme faisait des morts bien plus qu’aujourd’hui et les «mecs» étaient dans l’ensemble assez sexistes même si, bien sûr, protecteurs de leurs «copines».
Alors pourquoi cette déclaration d’amour aux années 80? Peut-être parce qu’elles incarnent un temps où tout était encore possible. Un temps où les rapports humains n’avaient pas été bouffés par les téléphones portables, les réseaux et les applis. Un temps où tout était supposément plus vivant.
«Le sexe, la mode et le disco»
La radio France Inter a consacré la journée du 7 mai au boum des années 80. Ce micro-trottoir diffusé dans le journal de 8 heures renseigne sur la vision qu’ont les jeunes d’aujourd’hui de cette période, celle de leurs parents. Florian, 23 ans, coupe mulet et grosses lunettes noires, est un fan. Des années 80, il a importé «le sexe, la mode et le disco», un triptyque qui lui paît. «En tout cas, c’est l’image que ça me renvoie», ajoute-t-il, enchaînant:
«Mon père allait directement voir ses amis chez eux»
Dans le même reportage, Lilia et Aimée, des lycéennes, retiennent et valident de cette époque «les couleurs flashy, la funk, Michael Jackson», et l’absence de téléphones portables. Aimée, veste Adidas noire vintage sur les épaules:
Lila, à propos des écrans et des relations amoureuses:
Les deux lycéennes tempèrent: «Il y avait plus d’homophobie dans les années 80» et la place de la femme aussi était différente, «l’un des thèmes abordés dans le film Juste une illusion», ajoute la journaliste.
Almodovar et la Movida
Les 80s renvoient à quelque chose de féérique, à un univers rempli pour ne pas dire saturé de couleurs. Comme si cette palette multicolore tranchait avec le gris et le sombre d’un «no future» d’aujourd’hui, pourtant le slogan punk de cette époque rêvée. Mais, justement, rêvons! Les films d’Almodovar des années 80, colorés comme un assortiment de crèmes glacées, sont ceux de la Movida, ce mouvement de libération au sortir de la dictature franquiste.
Des reconstitutions IA qui cartonnent
Agé d’une cinquantaine d’années, Jérémy Gerolami fait revivre de manière plus classique mais avec ferveur ces années-là dans des petits films réalisés grâce à l’intelligence artificielle. Il «cartonne», relatait le 6 avril le site France 3 Grand Est – le «jeune homme» habite dans le département des Ardennes. Tout y est, telle une recomposition: la Renault 5, le walkman, les tablées de lycéens filles et garçons buvant leurs demis de bières au bar-tabac, l’œuf dur à «1 franc» sur le comptoir en zinc, le paquet de Gauloises à «10 francs», «seulement 10 francs». «C’était une autre époque, le temps passe trop vite», dit une (fausse) jeune fille habillée en punkette.
Vidéo IA à la gloire des années 80
Les vidéos IA de Jérémy Gerolami font l’inventaire de la cave au grenier de ce qui, avant, était mieux, en tout cas sympa. «Le concept de ces vidéos, c'est d’imaginer que je repars dans le passé sous la forme d'un petit garçon», confie le réalisateur de ces pastilles nostalgiques à France 3 Grand Est.
Rapportée à la France, ce passé un brin fantasmé, comme le film «Juste une illusion» dans un genre plus réaliste, expriment surtout un regret: celui d’une France qui, certes, ne se portait pas au mieux, mais où aucun des problèmes qu'elle rencontrait alors, le vivre-ensemble au premier chef, n’apparaissait comme insoluble, sans parler de problèmes qui n’étaient alors pas d’actualité, comme le réchauffement climatique.
Autocritique?
Dans ces années 80 très peu puritaines, on fumait, on faisait l’amour, on buvait des bières. Comment ne pas voir dans cette période aujourd’hui vue comme un âge d’or de la liberté, une critique, voire une autocritique des restrictions que la jeune génération s’est imposées à elle-même? L’idéal serait de pouvoir concilier l’insouciance d’alors – le mot revient souvent – et les égards censés prévaloir davantage à présent dans les relations humaines.
