Pourquoi cette tendance va obséder tout le monde cet automne
Pas de doute, cet automne, l'ambiance sera aux enchanteresses et à la magie. Noire. Même si les premiers frissons de la saison froide et les feuilles orangées se font encore attendre, les mordus d'ésotérisme sont déjà en train de peaufiner leur dressing. Sur les réseaux sociaux, ils ont trouvé leur credo:
La phrase, devenue virale, s'est accompagnée de vidéos de longues chevelures noires, de maquillage charbonneux, de manteaux kilométriques et d'épaisses capes à plumes dont Maléfique de la Belle aux Bois Dormant pourrait bien s'inspirer.
@thepouf Take a seat, sun chasers
♬ The Phantom of the Opera - Andrew Lloyd Webber & Emmy Rossum & Gerard Butler
Il faut dire que ces dernières semaines ont été rythmées par les productions fantastiques: du deuxième volet du film culte de 1998 Les Ensorceleuses, qui cartonne au box-office, à la saison 13 d'American Horror Story, qui fait la part belle aux sorcières et enchanteresses diaboliques, en passant par la série Coven Academy, dont la diffusion est prévue le 2 octobre sur Disney+.
Le witchcore
De fait, les collections d'automne-hiver 2026 semblent presque toutes imprégnées de cette ambiance mystérieuse et envoûtante, aussi romantique que légèrement inquiétante. Une ode au surnaturel qui s'est retrouvée dans des marques aussi diverses et variées que Comme des Garçons, Lanvin ou encore Rick Owens - lequel a poussé très loin le curseur de la terreur, en affublant ses mannequins de lentilles transparentes.
Noir à outrance, silhouettes dramatiques, volumes inquiétants et romantisme gothique, dentelle et corsets à la sauce Hauts de Hurlevent - avec une bonne touche de références à la sorcellerie: il faut croire que les directeurs artistiques s'étaient donné le mot pour cette saison.
Même cas de figure niveau beauté: Pinterest a fait du style «Vamp Romantic» l’une de ses tendances beauté phares de 2026, en mettant à l’honneur des ongles, un maquillage et une chevelure très sombres.
Et si vous n'avez pas les cheveux noir corbeau, pas de panique: vous pouvez vous engouffrer dans la tendance en imitant des blondes iconiques comme Nicole Kidman ou Margot Robbie, qui ont cédé à la tendance en adoptant une coupe longue, ondulée voire légèrement ébouriffée, à l'image des soeurs Owens dans Les Ensorceleuses.
Bref, l'engouement pour les sorcières et la magie n'a jamais été aussi fort, chez les marques et les créateurs comme chez les consommateurs. Et cela s'explique.
«On en a besoin», affirme Kristen Bateman, journaliste de mode et collaboratrice de Vogue, interrogée par le magazine. «Outre le film Les Ensorceleuses 2 et autres productions culturelles à l’ambiance mystérieuse, j’ai l’impression que les gens explorent plus que jamais leur côté sombre et étrange.»
et collaboratrice de Vogue
Dans un contexte général anxiogène, entre hausse du coût de la vie, instabilité géopolitique et accélération fulgurante de l’IA, «le look de sorcière procure un réconfort étrange, tout en étant inhabituel et satisfaisant pour celles qui veulent s'habiller pour elles-mêmes», précise la journaliste.
«Les gens ont soif de clarté», expliquait déjà l'an dernier la voyante et coach spirituelle Zeta Webber, qui collabore régulièrement avec des marques pendant la Fashion Week de Paris, à Vogue Business au sujet de l'attrait pour la sorcellerie, dans une société où l'anxiété est monnaie courante.
De repoussoir à objet marketing
Dans une étude de l'université de Bath publiée ce printemps, deux chercheuses se penchent également sur la question. Lorna Stevens et Pauline Maclaran montrent comment la sorcière, une figure repoussoir longtemps considérée comme une créature dangereuse menaçant l’ordre établi, a progressivement été réappropriée par les mouvements féministes.
Puis c'est la culture pop, au travers de films comme Les Ensorceleuses, Harry Potter ou la série Charmed, qui a achevé d'enfoncer le clou du phénomène: la sorcière est devenue plus jeune, voire sexy et - surtout - puissante.
Mais les chercheuses soulignent aussi un paradoxe: le marché et les réseaux sociaux se sont emparés de cette figure de résistance pour en faire un atout marketing et un objet de consommation comme un autre. L’économie de la spiritualité n’est plus une petite activité artisanale. Elle s’est transformée en un écosystème mondial et monétisé.
Pendant que le hashtag #WitchTok sur TikTok cumule des dizaines de milliards de vues, sur la plateforme Etsy, des milliers d’utilisateurs se pressent pour engager une «sorcière Etsy». Moyennant environ 6 francs suisses, il est possible de commander aussi bien un sortilège amoureux qu’une «levée de malédiction», ou même du beau temps pour le jour de son mariage.
@lespetitschaudrons 🍯Une sorcière n'est jamais sans défenses ! #witchesoftiktok #secrets #moneyspell #witchhouse #witchcraft #magic #protection #spelling #witchtok ♬ Doll house, Halloween, gothic horror style(1416079) - mARUTA mANABU
Tarot, cristaux, cosmétiques, vêtements, bijoux ou encore plantes font partie des biens de consommation en vogue qui permettent aux aspirantes sorcières de se fabriquer sur mesure leur propre identité.
Ironie de l'histoire, une figure historiquement associée à la marginalité, à l'anticonformisme et à la contestation est devenue suffisamment désirable pour être vendue. Et ça, les créateurs l'ont bien compris.
