Après le décès, ce mardi 20 août, de l'Espagnole María Branyas à l'âge respectable de 117 ans, Tomiko Itooka est devenue, à 116 printemps, la doyenne de l’humanité. La petite Japonaise incarne à elle seule parfaitement la vitalité du pays du Soleil Levant, où l’espérance de vie dépasse très largement celle de la plupart des autres nations.
116-year-old Tomiko Itooka (b. 23 May 1908) from Japan now holds the record for oldest living woman and oldest living person. Bananas are her favourite food! 🍌https://t.co/i8EPQwgvo5
— Guinness World Records (@GWR) August 21, 2024
Qui se cache derrière cette longévité «pas si folle pour le Japon»? On vous raconte quelques anecdotes sur la vie de cette petite femme, qui a notamment une passion pour la marche, et sans chaussures de randonnée, s'il vous plaît.
Née le 23 mai 1908 dans la préfecture d'Osaka, Tomiko Itooka grandit dans un Japon en pleine transformation, entre traditions et modernité. Une jeune fille ordinaire, qui fait du volleyball dans son lycée, et qui obtient son diplôme.
Agée de 20 ans, elle se marie à un industriel spécialisé dans le textile, et met au monde le premier de ses quatre enfants l'année suivante. Nous sommes à la fin des années 1920.
Durant la Seconde Guerre mondiale, Tomiko est contrainte de prendre les rênes de l'entreprise familiale, tout en élevant ses deux fils et ses deux filles. Son mari décède en 1979. C'est plus ou moins à cette période que la septuagénaire, amoureuse de la nature et tout particulièrement de la montagne, se lance dans plusieurs défis alpins.
Elle gravit plusieurs sommets emblématiques du Japon, comme le mont Nijo et le mont Ontake. Son âge, un frein? Que nenni. D'ailleurs, ni le nombre des années, ni même le matériel «pas conseillé par les vendeurs chez Decathlon», dirons-nous, ne l'empêchent de crapahuter dans les montagnes. Ses chaussures en disent long sur son caractère: elle aurait gravi ces montagnes en simples baskets, faisant hausser un sourcil aux guides qui l’accompagnent.
Un esprit aventurier qui ne la quitte jamais, même lorsque le compteur affiche plus de 80 printemps: elle effectue par deux fois le pèlerinage des 33 temples Kannon d’Osaka, une épreuve certes spirituelle, mais aussi très physique.
Vous pensiez que souffler sa centième bougie allait lui donner envie de... souffler tout court? C'est mal connaître Tomiko. A 100 ans, elle grimpe encore les marches du sanctuaire d’Ashiya, sans canne, une jolie prouesse qui illustre sa ténacité. Tout de même 392 marches. Pour situer, dans un immeuble standard, on compte à peu près 18 marches pour un étage.
Au-delà de ses exploits en montagne, la Japonaise mène une vie marquée par la simplicité, mais aussi et surtout la discipline. Végétarienne depuis toujours, elle attribue sa longévité à une alimentation simple et à une routine quotidienne structurée. Chaque matin, elle commence sa journée avec un verre de Calpis, une boisson lactée dont elle raffole. Le secret pour passer le cap du centenaire réside, selon Tomiko, dans un subtil équilibre entre une vie modeste, une activité physique régulière et une connexion forte avec la nature.
Elle peut aussi compter sur des liens familiaux forts. Ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants, sont un réel soutien pour la doyenne de l'humanité, qui la décrivent comme une femme «humble et pleine d’humour». Une solidarité entre les générations bien ancrée dans la culture japonaise lui permet de rester active et impliquée dans la vie de ses proches.
Tomiko détenait déjà plusieurs records de longévité, d'abord dans sa région du Japon, puis aussi en Asie. La supercentenaire ne recherche toutefois absolument pas l’attention ou les honneurs liés à son statut de doyenne de l’humanité.
Désormais sourde, Tomiko Itooka vit aujourd'hui dans une maison de retraite à Ashiya, dans la préfecture de Hyogo, au Japon.
La Japonaise fait figure de petite jeune, comparée à la doyenne de l'humanité qui a vécu le plus longtemps. La Française Jeanne Calment, née le 21 février 1875 et décédée le 4 août 1997, aura ainsi vécu jusqu'à 122 ans et 164 jours. Une doyenne qui aura porté cette couronne pendant 3 490 jours.
Mais le Japon peut au moins se targuer d'avoir un paquet de supercentenaires à son actif. Le pays asiatique compte la personne la plus âgée du monde pour la 12ᵉ fois de son histoire depuis le début des relevés en 1955. Le Pays du Soleil Levant occupe ainsi la deuxième place du classement derrière les Etats-Unis, avec 27 individus.
Les places suivantes sont occupées par le Royaume-Uni, avec 10 supercentenaires détenteurs du record, et la France, qui en compte 6.
Le Japon, pays des centenaires, compte une concentration impressionnante de personnes âgées au-delà de 100 ans. En 2023, le pays en recensait plus de 90 000. La société tout entière y valorise le bien-être des personnes âgées, un facteur évidemment clé de la longévité.