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Freebirthing: des Suissesses accouchent sans sage-femme

Josy a partagé son accouchement sans personnel médical sur les réseaux sociaux.
Sur les réseaux sociaux, Josy a partagé son accouchement sans personnel médical dans l'eau, au Nicaragua.Image: instagram @raggapunzel

Elles accouchent sans sage-femme: «c'est vraiment risqué»

Sur les réseaux sociaux, des femmes racontent leurs accouchements sans l'aide d'un professionnel de la santé. Ce mouvement s'appelle Freebirthing. Barbara Stocker, sage-femme, l'explique.
05.10.2024, 15:59
Annika Bangerter / ch media
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Une femme est à genoux dans l'eau, elle respire fort. Elle est en train d'accoucher. Bientôt, elle tiendra son enfant dans les bras. Elle le met au monde sur une plage du Nicaragua sans accompagnement médical et se filme. La vidéo sera ensuite regardée et partagée des milliers de fois. Mais cette naissance en solitaire n'est pas un cas isolé.

Sous le hashtag Freebirthing, des femmes racontent sur les réseaux sociaux leurs accouchements sans la présence d'un médecin ou d'une sage-femme. La série de podcasts de la SRF Das Birthkeeper-System (Le système des gardiennes de la naissance) a récemment mis en lumière ce mouvement, qui présente parfois des traits radicaux et compte également des adeptes en Suisse. Mais combien sont-elles? Y a-t-il derrière ce phénomène plus qu'un phénomène marginal que certaines personnes propagent très bruyamment?

Une «exception en Suisse»

Barbara Stocker, présidente de la Fédération suisse des sages-femmes, déclare ne pas être au courant de ce mouvement.

«Lorsque l'on m'a parlé pour la première fois de ce sujet, ma réaction a été de dire que ce type d'accouchement est une exception absolue en Suisse»
Barbara Stocker, présidente de la Fédération suisse des sages-femmes.

Un exemple de vidéo:

L'accouchement de Josy sans personnel médical, dans l'eau, au Nicaragua.Vidéo: instagram

Entre-temps, elle a parlé à de nombreuses personnes qui lui ont fait voir la situation sous un autre angle. «Il se peut que le phénomène soit plus ou moins répandu selon les régions», considère-t-elle. Une collègue lui a par exemple rapporté que dans son entourage, trois femmes avaient récemment accouché seules. Mais cela pourrait aussi être une coïncidence.

Il y a presque deux ans, une doula – une accompagnante à la naissance non médicale – aurait envoyé des flyers aux sages-femmes en annonçant qu'elle proposait des accouchements en solo. La Fédération suisse des sages-femmes a réagi, explique Barbara Stocker, «parce que nous trouvions cela très dangereux».

Barbara Stocker, présidente de la Fédération suisse des sages-femmes.
Barbara Stocker, présidente de la Fédération suisse des sages-femmes.Image: zvg

Un accouchement traumatisant

Barbara Stocker affirme que les femmes qui accouchent seules se répartissent en trois groupes différents. Il y a les femmes qui ont vécu un premier accouchement absolument traumatisant et qui ne veulent plus jamais revivre cela. Elles ne peuvent toutefois pas se rabattre sur un accouchement à domicile avec une sage-femme, car elles ne remplissent pas les critères nécessaires. En effet, pour un accouchement à domicile, les femmes doivent être en bonne santé, l'enfant ne peut pas être un jumeau et doit se trouver en position céphalique. Il ne doit y avoir aucun risque ni pour la femme ni pour l'enfant.

Si une sage-femme passe outre ces régulations, elle risque de perdre le droit d'exercer sa profession ou, en cas de complications, d'être poursuivie en justice. Certaines de ces femmes accouchent alors seules.

«C'est vraiment risqué. Surtout si une complication est survenue lors de leur premier accouchement, comme par exemple une perte de sang importante»
Barbara Stocker, présidente de la Fédération suisse des sages-femmes.

C'est pourquoi les femmes qui accouchent seules sont celles qui l'inquiètent le plus.

La «force féminine primaire»

Le deuxième groupe qu'elle cite est le mouvement qui, sur les réseaux sociaux, met l'accent sur la force féminine primaire lors de l'accouchement. «Ses membres défendent l'idée que chaque femme peut accoucher si elle se trouve dans un environnement naturel sans être dérangée et si elle peut donner à son corps le temps et l'espace nécessaires à l'accouchement», explique-t-elle.

Le troisième groupe est composé d'opposantes radicales au système.

«Depuis la pandémie de Covid-19, elles se soustraient à toutes les procédures médicales classiques, ne vaccinent pas leurs enfants et les instruisent souvent à la maison.»
Barbara Stocker, présidente de la Fédération suisse des sages-femmes.

Cependant, ajoute Barbara Stocker, c'est le groupe qu'elle trouve le plus difficile à évaluer. Dans quelle mesure ces femmes font appel à des sages-femmes avant et après l'accouchement? L'experte parle d'une collègue sage-femme qui a été confrontée à un tel cas. La sage-femme n'était pas au courant du projet d'accouchement seul et voulait rendre visite à la future mère pour un contrôle de grossesse. Celle-ci avait cependant accouché seule trois jours auparavant.

Complètement abasourdie, la sage-femme aurait dit qu'elle n'avait pas tout ce qu'il fallait pour examiner l'enfant. «Les parents lui ont dit que ce n'était pas un problème. Ils n'autoriseraient de toute façon pas le test néonatal qui permet de dépister les maladies rares, car la lancette de prélèvement sanguin contient une puce électronique selon eux», explique Barbara Stocker.

Quel impact sur les bébés?

Contrairement à l'Australie, où une journaliste a révélé divers cas de décès dus à des naissances en solo, Barbara Stocker n'a jamais entendu parler de tels cas en Suisse. Et de préciser:

«Si le mouvement prend de l'ampleur, ce n'est probablement qu'une question de temps»

Si l'on clique sur les posts des femmes qui accouchent seules, on ne trouve presque que des témoignages positifs. Les naissances sont décrites comme des expériences puissantes, parfois même curatives. Barbara Stocker explique en revanche qu'en tant que sage-femme, certaines photos de bébés et de mères postées la bouleversent.

«Parfois, j'ai presque le souffle coupé. Je me souviens d'une image d'un enfant aux yeux écarquillés et paniqués, bleu et mou dans les bras de sa mère. Ou d'une naissance de jumeaux avec 39 heures d'écart entre les deux naissances.»

«Je me demande à quel point le départ dans la vie a été bon pour ces enfants et comment ils vont se développer»

Elle trouve problématique que certaines birthkeepers ayant de nombreux followers postent des articles pseudo-scientifiques sur des sujets médicaux. Elle critique en outre le fait qu'il existe des «formations de birthkeeper». Leur coût s'élève généralement à plusieurs milliers d'euros. Et de déclarer:

«Ce sont avant tout d'excellents modèles commerciaux. Les femmes déboursent vraiment beaucoup d'argent pour cela»

Traduit et adapté de l'allemand par Léa Krejci

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