Pourquoi les boomers ont moins de risques d'avoir la grippe aviaire
Certains anticorps de la grippe saisonnière s'attaquent aussi au virus de la grippe aviaire. Cette découverte, publiée dans la revue spécialisée Nature Communications, a été faite par une équipe de l'Université de Genève (Unige).
Le virus de la grippe aviaire Influenza A H5N1 est en circulation dans de nombreuses régions du monde, y compris en Suisse. En principe, il se propage parmi les oiseaux. Mais il peut aussi se transmettre à des bovins, puis, de là, infecter l'être humain, avec les risques de déclenchement d'une nouvelle pandémie que cela implique.
Plusieurs études ont montré qu'une immunité préexistante contre les virus grippaux saisonniers humains pourrait moduler la sévérité d'une infection par le H5N1, écrit l'Unige, jeudi, dans un communiqué.
Certains anticorps produits à la suite d'une exposition au virus de la grippe saisonnière «sont capables de reconnaître H5N1 et, dans une certaine mesure, de le combattre», explique, dans le communiqué, Benjamin Meyer, qui travaille au Centre de vaccinologie du département de pathologie et d'immunologie de l'Unige.
Les travaux menés à Genève montrent que ces anticorps à réaction croisée «s'attaquent principalement à la tige du virus, qu'il a en commun avec la grippe saisonnière, et non à sa tête, qui change fréquemment».
Freiner la diffusion
Les scientifiques ont aussi mis en avant que ces anticorps de la grippe saisonnière n'empêchent pas l'entrée du virus H5N1 dans les cellules. Ils bloquent cependant la capacité du virus à se diffuser d'une cellule à l'autre. Une fois répliqué dans une cellule, le virus s'en extrait, mais reste accroché à la membrane de son hôte.
Les anticorps croisés inhibent en effet la protéine qu'utilise le virus H5N1 pour se détacher de la membrane de la cellule et aller infecter d'autres cellules. Ce processus de neutralisation n'est cependant pas toujours efficace. Il varie en fonction des personnes, souligne l'UNIGE.
Les recherches menées par l'équipe de Benjamin Meyer ont également montré que les personnes qui ont été vaccinées, en 2009, lors de la pandémie de grippe H1N1, avec un vaccin contenant un adjuvant destiné à amplifier la réponse immunitaire, «présentent aujourd'hui des concentrations plus élevées d'anticorps à réaction croisée».
Plus âgés mieux lotis
L'exposition précoce au cours de la vie joue aussi un rôle important. Les personnes nées avant 1965 (la génération dite des boomers), qui ont été exposées durant l'enfance à des virus de la grippe saisonnière des sous-types H1 et H2, présentent naturellement des niveaux plus élevés d'anticorps contre le H5N1.
Les personnes nées après 1965, en revanche, ont été exposées à d'autres sous-types de grippe saisonnière. Elles disposent d'un niveau de protection de base plus faible, indique la première autrice de l'étude Mariana Alcocer Bonifaz, chercheuse à l'Unige.
Pour les scientifiques, ces travaux et leurs résultats «mettent en lumière l'importance de la vaccination avec adjuvant contre la grippe saisonnière pour élargir la réponse immunitaire face au risque de pandémie de grippe aviaire». (jah/ats)
