On a suivi l'équipe la plus populaire du Tour de Romandie
A Orbe (VD), ville départ-arrivée de la troisième étape du Tour de Romandie, le car de l’équipe Tudor est stationné à côté de celui de la formation UAE Team Emirates.
Alors, forcément, le public délaisse le collectif suisse pour s’agglutiner devant le paddock de l’écurie émiratie, dans l’espoir d’apercevoir l'ogre Tadej Pogacar, porteur du maillot jaune et déjà double vainqueur d’étapes sur cette édition 2026.
Néanmoins, Tudor reste la formation au plus grand capital sympathie sur ce Tour de Romandie. Nous l'avons constaté en sillonnant vendredi les routes vaudoises à bord d’un véhicule de l’équipe. Enfants émerveillés, grands passionnés de cyclisme, simples badauds, signaleurs: à notre passage, en amont ou en aval du peloton, en direction des différents points de ravitaillement, beaucoup réclament un bidon ou une musette à l’effigie de la formation helvétique.
Il y a aussi ces amateurs venus à vélo, et qui arborent fièrement la tunique noire et rouge. «On ne voit nulle part ailleurs autant de Tudor sur les routes», glisse Laura, notre pilote du jour.
Cette popularité, Tudor l’a construite en jouant la carte de la «Swissitude», tout le contraire des autres formations helvétiques membres des deux premières divisions, Q36.5 et NSN Cycling, qui ne doivent leur lien avec la Suisse qu’à leurs investisseurs et à la simple domiciliation qu'elles ont faite auprès de l’Union cycliste internationale (UCI).
Bien qu'internationalisée, l’équipe Tudor, elle, est directement liée à l’un des plus grands coureurs suisses de l’histoire (Fabian Cancellara), s’appuie sur des sponsors locaux (Tudor, BMC, Andermatt, DT Swiss), construit un centre de performance à Sursee (LU) ou compte encore dans ses rangs neuf cyclistes au drapeau à croix blanche, contre un seul pour Q36.5 et NSN Cycling réunies. En outre, elle ne mésestime pas les deux épreuves World Tour organisées en Suisse, à savoir le Tour de Romandie et le Tour de Suisse.
«On se l’est dit dès notre première saison: le Tour de Romandie et le Tour de Suisse sont des objectifs. On y vient pour se montrer, pour performer, et avec des coureurs suisses», souligne le polyglotte Raphaël Meyer, CEO de l’équipe. Il poursuit:
Mais malgré ces contraintes logistiques, l’équipe Tudor est bien présente sur ce Tour de Romandie 2026. Au contraire de Q36.5 dont le manager, Douglas Ryder, a confié au directeur du Tour de Romandie, Richard Chassot, qu’il ne pouvait aligner d'équipe cette année, faute de coureurs et en raison de l’imminence du Giro. Un coup dur pour des organisateurs déjà en proie à des difficultés (aucun sponsor maillot jaune, maigre peloton d'une centaine de coureurs).
Heureusement, Tudor joue le jeu et anime plus que jamais cette boucle romande, une façon aussi de se relancer après un début de saison marqué par la malchance et les déceptions. Le Lucernois Roland Thalmann a ainsi enchaîné deux journées à l’avant – pour le plus grand bonheur de son staff et du public – et a réessayé ce vendredi en tout début d’étape, comme son équipier Marco Brenner, avant de subir le contrecoup de ses efforts, d’être lâché par le peloton et de devoir batailler dès les premiers kilomètres pour ne pas décrocher définitivement. Il arborait le maillot de meilleur grimpeur, qu’il défendra encore ce samedi.
Côté romands, Yannis Voisard pointe à la 16e place du classement général et peut briguer un Top 10 à la faveur d’un bon week-end en montagne. Il ne cesse de porter le dossard de meilleur suisse. C’est un peu plus difficile pour Robin Donzé, déçu à l'arrivée devant ses proches, vendredi, d’avoir cédé dans le col du Mollendruz et de ne pas être rentré à Orbe avec le premier groupe. Mais cela ne l’empêche pas d’inspirer les jeunes coureurs de la région. Il renforce le capital sympathie de l’équipe Tudor.
Tudor sera évidemment au départ de la boucle nationale en juin prochain, comme pour soutenir un autre organisateur faisant face à des difficultés, le Tour de Suisse, contraint de réduire le nombre de ses étapes. L’équipe devrait se déplacer avec la star bernoise Marc Hirschi, qui avait fait du Tour d’Italie son objectif, avant qu’une clavicule cassée ne l’oblige à revoir ses plans. «L’idée est de le faire reprendre au Tour de Suisse et de viser ensuite le Tour de France», souffle Raphaël Meyer, au sujet de la programmation de son poulain.
Quid enfin de Stefan Küng et de sa fracture bien plus contraignante du fémur? Il faudra patienter davantage. La formation Tudor nous informe qu’il vient de remonter sur la selle et qu’elle comptera sur lui en fin de saison. Son premier exercice dans sa nouvelle équipe n’est donc pas totalement compromis.
