L’équipe suisse Tudor est en pleine métamorphose
De prime abord, Tudor est une équipe résolument tournée vers les classiques. Ses têtes d’affiche – Julian Alaphilippe, Marc Hirschi, Stefan Küng et Matteo Trentin – ont toutes déjà brillé sur ces courses d’un jour: les Ardennaises pour les deux premiers, les Flandriennes pour les deux autres.
Mais cette année, en dehors de la 9e place de Trentin sur Milan-Sanremo et de son Top 6 sur Gand-Wevelgem, une semaine plus tard, les résultats de ce quatuor de choc n’ont pas été à la hauteur des espérances. Et ce, parce que la malchance a frappé l’équipe.
Des blessures en cascade
Stefan Küng s’est fracturé le fémur lors de la première classique belge de la saison, tandis que Matteo Trentin a subi une fracture de la clavicule au Tour des Flandres.
La scoumoune s’est encore accentuée sur la Flèche wallonne: Marc Hirschi, déjà tombé à l’Amstel Gold Race, s’est lui aussi fracturé la clavicule; Julian Alaphilippe, en méforme, a été lâché dès la première ascension du Mur de Huy et a interrompu son cycle; les Romands Robin Donzé et Yannis Voisard ont été victimes d’une crevaison et d’une chute. Quand ça ne veut pas, ça ne veut pas.
Cette série noire a affecté le moral de l’équipe. Nous avons pu le constater en suivant Tudor la semaine dernière sur le Tour de Romandie. «C’est très dur pour nous cette année. On joue de malchance. Mais c’est le vélo. On sait que cela peut arriver et que cela peut aussi très vite changer», nous confiait un mécanicien de la formation de Fabian Cancellara.
Une nouvelle dynamique et des ambitions au général
A propos de changement: le Tour de Romandie, qui fait traditionnellement le lien entre les classiques et les courses à étapes, semblait déjà laisser place à une nouvelle dynamique, avec les bonnes performances au général de Yannis Voisard (13e) et le maillot de meilleur grimpeur de Roland Thalmann. Pas de quoi déboucher le champagne le soir à l’hôtel à Corseaux (VD), où l’équipe était basée, mais suffisant pour maintenir la bonne humeur.
Quelques jours auparavant, Tudor avait déjà repris des couleurs sur une autre course à étapes: le Tour des Alpes, épreuve préparatoire au Giro. Lennart Jasch y a remporté une étape, seulement la deuxième de l’équipe cette saison, après celle de Yannis Voisard sur l’AlUla Tour, une course que le Suisse avait ensuite terminée à la 6e place au général, quatre rang de mieux qu’au Tour de l’Algarve.
Michael Storer et Mathys Rondel ont également terminé respectivement 4e et 5e de ce Tour des Alpes. Ils avaient avant cela achevé le Tour des Emirats arabes unis aux 12e et 13e places, avant que Rondel ne signe un Top 10 sur Paris-Nice et que Storer échoue de peu à l’imiter sur Tirreno.
Storer, Rondel, Voisard: des noms moins clinquants que les stars de la formation, adeptes des courses d’un jour, mais sur lesquels Tudor semble pouvoir véritablement compter sur les courses à étapes, au point de devenir une équipe de général, comme nous pourrons encore le constater dans quelques jours sur le Giro.
Une doublette Storer-Rondel au Giro
Michael Storer sera le leader de la formation helvétique en Italie et nourrira de grandes ambitions, tout juste un an après sa 10e place, soit le premier Top 10 de Tudor sur une course de trois semaines. Il cherchera à améliorer son résultat cette année, alors que la course passera par Naples, sur les terres historiques de l'un des nouveaux sponsors majeurs de l’équipe: MSC Croisières.
L’an passé, Storer était arrivé au Tour d’Italie en grand outsider, après avoir écrasé de tout son talent le Tour des Alpes. Etait-il prêt trop tôt? C’est ce que semble penser Raphaël Meyer, CEO de la formation Tudor, qui assure que la préparation de l’Australien a été revue pour mieux coller aux dates du Giro.
Une chose est sûre: Michael Storer pourra compter cette année sur un équipier de taille en la personne du jeune Français Mathys Rondel. S’il n’a que 22 ans et vient sur son premier Grand Tour pour apprendre, le Manceau, 4e du Giro Next Gen il y a deux ans, dans le même temps que le troisième, a déjà fait ses preuves en montagne et sur les courses d’une semaine. Il appartient à la nouvelle génération de coureurs français prometteurs et ne s’interdit rien. Il pourrait ne pas se limiter à son rôle de soutien auprès de Storer, sur une étape ou même au général.
Comme l’an passé, Michael Storer poursuivra ensuite avec le Tour de France. Sa capacité à enchaîner les deux Grands Tours les plus exigeants du calendrier impressionne au plus haut point son encadrement. «C’est une force de la nature», a-t-on entendu dans la voiture de l'équipe. Mais sur le Tour, Storer ne pourra pas se permettre de viser une nouvelle fois le classement général. Il se concentrera sur les étapes.
Ce qui nous amène à la question suivante: et si Tudor alignait en 2026 Yannis Voisard sur la Grande Boucle, avec des ambitions au général, pour un Top 15, voire mieux? Le Jurassien, sixième et huitième des deux grandes étapes de montagne du Tour de Romandie, a visiblement passé un cap cette année et peut endosser ce rôle de leader.
