Voici pourquoi les stars du vélo ont été contrôlées en pleine nuit
Le peloton dévale à vive allure et traverse un rond-point. Soudain, c’est le choc: Jonas Vingegaard perd le contrôle de sa roue avant, percute l’asphalte et se fracture la clavicule dans sa chute. Le Tour de France est terminé pour le double vainqueur de l’épreuve, jusque-là deuxième du classement général. Le Danois de 29 ans doit subir une opération.
Comme on l’apprendra plus tard, cet accident avait été précédé d’une nuit presque blanche. Jonas Vingegaard aurait été réveillé par des contrôleurs antidopage à deux heures, dans la nuit de samedi à dimanche, et n’aurait dormi que quatre heures au total. Les contrôleurs se sont également présentés chez le leader Tadej Pogacar, mais seulement à cinq heures.
Lors du Tour de France, les coureurs parcourent plus de 3000 kilomètres et près de 55 000 mètres de dénivelé en trois semaines. A cela s’ajoutent la chaleur et des trajets parfois longs entre l’arrivée d’une étape et le départ de la suivante. Les coureurs sont régulièrement contrôlés, presque tous les jours. La mauvaise qualité de certains hébergements peut également nuire à leur sommeil.
Il est impossible d’établir si le manque de sommeil a affecté la concentration de Jonas Vingegaard et contribué à sa chute. Le coureur de 29 ans a déclaré à la télévision danoise:
Jonas Vingegaard s’est en revanche montré plus critique sur l’horaire du contrôle.
D’autres se sont exprimés de manière encore plus virulente. Le vainqueur de l’étape, Remco Evenepoel, a jugé la procédure «plutôt irrespectueuse».
«Nous investissons énormément dans la récupération et, ensuite, on vous réveille à deux heures du matin. Cela me met en colère», a déclaré le Belge Florian Vermeersch, équipier de Tadej Pogacar au sein de la formation UAE.
Richard Plugge, le patron de l’équipe Visma de Jonas Vingegaard, s’est en revanche montré beaucoup plus compréhensif. «Nous savons que des contrôles peuvent avoir lieu. Ils sont possibles 24 heures sur 24, depuis peu avant le départ jusqu’à l’arrivée à Paris, a-t-il déclaré. Et il est bon que des tests soient effectués, car nous voulons un cyclisme équitable et propre.» Il a même exprimé de la compassion pour les contrôleurs:
Les règles de l’Agence mondiale antidopage (AMA) prévoient que les contrôles doivent être effectués entre 5 et 23 heures. En dehors de cette plage horaire, un test ne peut avoir lieu qu’en présence d’un soupçon grave et concret de dopage. Même dans ce cas, des conditions strictes doivent être respectées et une autorisation exceptionnelle est nécessaire, indique l'Agence de contrôle internationale (ACI) en réponse à une demande de «Schweiz heute». Les contrôles ont été réalisés conformément aux prescriptions de l’AMA, au règlement de l’Union cycliste internationale (UCI) et au droit français.
Selon un expert du dopage connaissant bien le cyclisme, le soupçon porte concrètement sur l’utilisation d’hormones de croissance. En cas de microdosage, celles-ci ne peuvent être détectées que pendant quelques heures. Pour mettre au jour un tel abus, les contrôles doivent donc être effectués durant la nuit. Au matin, la substance pourrait déjà ne plus être détectable dans le sang.
Une procédure inédite
Les hormones de croissance sont censées accélérer la récupération, favoriser le métabolisme des graisses et renforcer les tendons et les ligaments. Contrairement à l’EPO, elles n’améliorent toutefois pas la consommation maximale d’oxygène, ou VO2 max. Leur efficacité dans les sports d’endurance est extrêmement controversée sur le plan scientifique.
La colère des coureurs porte sur le dérangement nocturne et le manque de sommeil. Le fait que les chasseurs de dopage aient jugé nécessaire de procéder à des contrôles nocturnes est cependant au moins aussi remarquable. Une telle procédure n’avait encore jamais visé Jonas Vingegaard et Tadej Pogacar pendant une course par étapes. Cela donne également matière à réflexion.
(adapt. dal)
