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Valentin Darbellay se voyait plus champion de ski que de vélo

Valentin Darbellay, le visage marqué après la course des Strade Bianche.
Valentin Darbellay a pu participer aux Strade Bianche, une course qui le fait rêver.Image: Instagram

Ce Romand se rêvait plus en Didier Cuche qu'en champion de vélo

Le Valaisan Valentin Darbellay se destinait au géant d'Adelboden, mais il a pris un tout autre virage: il sera au départ de son premier Tour de Romandie mardi. Portrait.
21.04.2024, 18:5322.04.2024, 08:13
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Le rendez-vous est pris, mardi matin à Martigny, alors que le vent (une fois n'est pas coutume) balaie la ville valaisanne. Un froid glaçant qui n'effraie pas Valentin Darbellay, habillé aux couleurs de son équipe Corratec-Vini Fantini pour avaler les kilomètres sur sa bicyclette.

Mais avant de monter sur la selle et préparer son premier Tour de Romandie, le natif de Liddes (VS), âgé de 26 ans, est descendu de sa machine pour nous raconter son parcours atypique. Ce skieur qui écumait le circuit FIS a rangé ses skis dans un coin de la cave pour grimper les cols valaisans sur son vélo. «J’étais skieur jusqu’à mes 21 ans et j'ai ensuite entraîné des jeunes âgés de 14 à 16 ans sur les pistes, tout en pratiquant le vélo en parallèle, pour le plaisir», nous confie le Valaisan, qui est également étudiant à l'Université de Lausanne en sport.

Son changement de carrière n'était pas prémédité. «Après mon arrêt dans le ski, j'ai participé à beaucoup de cyclosportives, comme le Tour des Stations et le Grand Raid.»

«Le vélo, c'est une histoire de cœur»
Valentin Darbellay

Ses parents roulaient beaucoup et l'un de ses tontons écrasait volontiers les pédales sur le bitume valaisan. «J'ai beaucoup utilisé mon VTT et mon vélo de route depuis l'âge de 10 ans. Et avec le ski, j'ai pu faire pas mal de vélo.»

A force d'accrocher des dossards dans les courses populaires, le Valaisan a voulu se tester avec les élites: «C'était différent. Les cyclosportives sont très linéaires; ce sont des épreuves qu'on peut qualifier de grand contre la montre. Les courses en catégorie élite, c'est du pur cyclisme, avec des tactiques et un peloton qui frotte.»

Motivé à l'idée de pédaler dans le cyclisme élite par curiosité, Valentin Darbellay intègre les rangs de l'équipe Elite Fondations en mai 2022, structure dirigée par l'ancien cycliste Laurent Dufaux: «C'est cette formation qui m'a fait grandir pour devenir le professionnel que je suis aujourd'hui. J'ai passé une année et demie à faire mes gammes. Il m'a fallu apprendre à rouler en peloton et accumuler des points en élite pour franchir un palier.»

A force de besogne, le néo-retraité des pistes de slalom croche et sent qu'il est possible de gravir les échelons. Il pointe un moment charnière dans sa carrière de cycliste: l'hiver 2022/2023. «J'ai pris conscience que je pouvais jouer la gagne au niveau élite national et la saison 2023, c'était totalement différent, car j'ai pu aller chercher des victoires en France et Belgique. Et là-bas, le niveau est plus dense comparé à la Suisse.»

«La Belgique, c'était parfait pour moi: des bosses et des sprints en petit comité. J'ai conservé cette explosivité acquise au ski. C'est une force pour moi dans les sprints.»
Valentin Darbellay

Le difficile passage du ski au vélo

Pour l'ancien skieur qu'il est, c'était aussi une autre manière de s'entraîner. «Lors des cyclosportives, je n'avais même pas de capteur de puissance». Mais Darbellay n'est pas du genre à avoir le nez sur son capteur, préférant «courir aux sensations»; une manière de rouler qui l'aide pour sa carrière, selon lui.

Petit à petit, le vélo a pris plus de place et l'entraînement s'est intensifié. «J'ai engagé un ami comme coach (réd: fin 2021), au début, et gentiment tout s'est mis en place». Il lui a fallu sacrifier les à-côtés pour favoriser la récupération, alors que le vélo prenait une ampleur grandissante dans sa vie.

Valentin Darbellay dans ses oeuvres.
Valentin Darbellay sur les routes des Strade Bianche.Image: Instagram

Jusqu'au jour où courir au plus haut niveau est devenu un objectif. «L'idée de passer pro est venue en plusieurs phases: l'année passée, lors du stage de préparation en février 2023, et quand j'ai réussi un super mois de mai 2023 avec ma victoire en Belgique (réd: Triptyque Ardennais)», analyse le cycliste de Liddes.

Et à force de performer lors de la saison 2023, Valentin Darbellay a vu son rêve devenir réalité. «Des personnes du milieu me disaient de constituer un dossier, de l'envoyer à des équipes après mes bons résultats en Belgique. J'ai ensuite été approché par des structures belges.»

Mais par la suite, il y a une baisse et quelques remous.

«Tout le monde s'est enflammé et cette euphorie n'a rien donné. Pire, les équipes n'ont pas mordu à l'hameçon»
Valentin Darbellay

Mais surfant sur sa forme et sa confiance emmagasinée, le natif de Liddes a continué à compiler les résultats solides. «A ce moment, il y a eu des contacts avec des équipes», complète Darbellay.

Il s'est tourné vers le projet Corratec, en passant stagiaire dans l'équipe italienne de deuxième division en octobre 2023. Son engagement lui a permis de participer à deux classiques italiennes (Copa Bernocchi et Tre Valli Varesine) et au Tour de Turquie. Une expérience qui lui permettra de signer un contrat d'une année dans la structure italienne.

Il a toujours voulu être sportif pro

Tout tenter, c'est un peu le crédo de Valentin Darbellay. «Je voulais savoir ce que signifiait devenir pro, savoir si j'avais le niveau. Ce sont des questions qui m'ont manqué avec le ski. J'ai toujours désiré être un skieur professionnel. En cyclisme, c'est pareil: je veux me donner les moyens et essayer jusqu'au bout, sans avoir le moindre regret.»

Le Valaisan, qui se rêvait «en Didier Cuche plutôt qu'en Wout van Aert», a dû faire le deuil de sa carrière de skieur, d'un rêve qu'il a toujours caressé. Son échec sur les lattes a décuplé sa motivation pour atteindre le top niveau en cyclisme.

«Chez moi, il y a une culture de la performance»
Valentin Darbellay

Valentin Darbellay aime souffrir sur son vélo et confie «négocier avec son cerveau» pour repousser les limites de la douleur. Grâce à cet état d'esprit, le Valaisan réussit à battre ses adversaires à l'usure, en poussant son corps au maximum.

S'il est un stakhanoviste de l'entraînement, sans pour autant être obsédé par les heures sur le vélo, Darbellay confie qu'il peut compter sur «un coach (réd: Virgile Lecoultre) qui m'oblige à mettre le pied sur la pédale de frein et me raisonner dans ces moments-là.»

L'apprentissage du skieur devenu cycliste

Son grand saut du ski au cyclisme lui demande encore quelques ajustements physiques. «En ski, j'étais souvent considéré comme maigre et on me disait de prendre de la masse», résume le cycliste qui habite à présent à Vollèges (VS). Désormais, c'est un tout autre sport, car le vélo est une chasse constante aux kilos superflus. «En arrêtant le ski, j'ai pesé jusqu'à 85 kilos. Aujourd'hui, la balance affiche 74 kilos, mon poids de forme. Mais je ne me prends pas la tête avec ça.»

«J'ai des cuisses de skieur, de loin les plus imposantes par rapport à mes coéquipiers»
Valentin Darbellay

Une puissance qui lui permet de bien passer les bosses, faisant de lui un puncheur, mais aussi un cycliste passe-partout: «On me qualifie souvent de polyvalent, car je suis assez lourd, je peux balancer les watts au plat et je grimpe plutôt bien». Un profil de «classicman» plutôt que de coureur par étape? «J'aime beaucoup les Strade Bianche, c'est une course mythique, qui me rappelle les exploits de Cancellara. De participer et finir cette course, c'était un sentiment incroyable.»

«Une course comme le Tour des Flandres me plait bien, tout comme le Tour de Romandie»
Valentin Darbellay

Le Valaisan n'a qu'une année de contrat pour faire ses preuves avec la formation Corratec-Vini Fantini. «Je ne mets pas trop de pression en ayant seulement une année de contrat. Ça me laisse des libertés pour m'engager dans une autre équipe», estime-t-il, gonflé à bloc par ses bonnes prestations de début de saison. Et les opportunités sont là, sachant que des formations helvétiques sont présentes dans le peloton professionnel. «Mon agent y travaille», rapporte le Valaisan.

«Parfois j'ai peur»

S'il est heureux d'appartenir au milieu cycliste, le membre de la formation Corratec-Vini Fantini est aussi sensible aux différentes chutes qui émaillent le peloton mondial. Néophyte dans ce sport de dur à cuire, il a parfois eu peur sur le vélo: «Il y a beaucoup de nervosité qui se mesure par l'attente toujours plus forte des équipes. De ce fait, tout le monde va repousser ses limites».

«Après avoir vu la chute au Tour du Pays basque, je me suis posé la question si je voulais prendre autant de risques sur le vélo»
Valentin Darbellay

A force de frotter dans le peloton professionnel, se remémorant la mort de Gino Mäder, le Valaisan concède «avoir pris conscience que le vélo était dangereux».

«Ces descentes à bloc en peloton, c'est ce qui me fait le plus peur. Ça frotte pour être devant à l'approche d'une bosse et il y a une série de gars qui se prennent pour Valentino Rossi.»

Et le Valaisan est catégorique: «Si tu veux être fort, tu dois être bon en descente». Comme on dit dans le milieu, il est en train de «faire le métier» dans «un sport d'adulte», et il adore ça.

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