Des stades bondés, des performances de haut niveau et une délégation helvétique intraitable: les Jeux paralympiques de Paris 2024 ont été une franche réussite à bien des égards. Nos paracyclistes font partie de ceux qui ont goûté à ce succès, puisqu'ils ont remporté pas moins de cinq médailles, par l'intermédiaire de Céline Van Till, Flurina Rigling et Franziska Matile-Dörig.
Ils seront à nouveau mis à l'honneur à partir du week-end prochain, car Zurich accueille du 21 au 29 septembre les Mondiaux de cyclisme et paracyclisme sur route. Il s'agit des premiers Championnats du monde inclusifs, ce qui signifie que les valides et les athlètes porteurs de handicap seront réunis pour la toute première fois au même endroit, au même moment.
Un message fort. Une étape importante pour le cyclisme, d'autant que les épreuves de paracyclisme seront retransmises. Elles pourront être suivies partout à travers le monde, en streaming commenté. Il n'y aura qu'à se rendre sur la plateforme Sport Digital de l'Union européenne de radio-télévision (UER) pour profiter gratuitement de ce spectacle.
La production des images a été confiée à l'entreprise soleuroise Livemotion, société spécialisée dans le livestreaming. Vingt personnes travailleront sur place, équipées de trois motos, de deux drones, de deux caméras dans l'aire de départ, de deux caméras fixes sur le parcours et de trois autres à l'arrivée. Les commentaires seront assurés par l'Union cycliste internationale (UCI) et l'Union européenne de radio-télévision (UER).
Le projet se veut extrêmement complexe. «C'est un défi. Nous devons nous organiser de manière à éviter le chaos général et à honorer les performances des athlètes», explique Raffael Huber-Svensson, directeur de l'entreprise Livemotion. Si au total, 53 cérémonies protocolaires sont attendues, il n'y aura en réalité que 42 courses, car certaines catégories sont regroupées entre elles. Plusieurs épreuves en une – cela rend les directs encore plus compliqués à gérer.
Un problème auquel la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR) n'aura pas à faire face, puisqu'elle a décidé de ne pas produire et diffuser les compétitions handisport. Elle n'en retransmettra qu'une, alors que de nombreux Suisses et Suissesses comptent parmi les meilleurs paracyclistes de la planète.
Ces prochains jours, la RTS diffusera donc en direct – à la télévision ou sur son site internet – l'ensemble des épreuves concernant les athlètes valides. Cela inclut les courses juniors et celles de la catégorie des moins de 23 ans. Elle se contentera en revanche de reportages lorsqu'il s'agira de s'intéresser aux compétitions handisport. Ils contiendront des réactions et les principaux temps forts des Mondiaux de paracyclisme. Au final, seul le relais mixte de handbike – la course de paracyclisme la moins importante sur le plan sportif – aura droit à une diffusion en direct.
La SSR n'a pas véritablement répondu lorsque nous lui avons demandé si elle comptait acquérir les droits des épreuves handisport, via une sous-licence. Cela signifie de manière plus concrète qu'elle n'est pas prête à investir davantage sur ces Mondiaux. Roland Mägerle, directeur de la Sport Business Unit, a néanmoins tenu à réfuter auprès de CH Media, le groupe auquel watson appartient, les nombreuses allégations selon lesquelles la SSR produisait la course mixte handisport dans l'unique but de tester ses caméras, effectuer les derniers réglages et appréhender les procédures, avant les premières épreuves des concurrents valides le lendemain.
Andreas Herren, responsable communication des Championnats du monde de Zurich, ne peut et ne veut pas nous transmettre de chiffres concrets. Or selon nos informations, les coûts de production liés aux épreuves handisport impliquent un montant à six chiffres. Il s'agit d'une «somme considérable», détaille Herren qui, malgré des discussions intensives avec la télévision suisse, n'est pas parvenu à obtenir la diffusion des épreuves de paracyclisme sur les chaînes de la SSR. Roland Mägerle, lui, tient à s'expliquer sur cet accord qui n'a pas pu être trouvé:
La RTS vient de couvrir les Jeux paralympiques de Paris 2024. Elle a consacré à cet événement – à la télévision et sur son site internet – des directs ainsi que des émissions, à l'instar du magazine Rendez-vous Paralympiques, présenté chaque soir par Odessa Blanc. C'est un dispositif sans précédent.
Près d'une trentaine de collaborateurs de la RTS, de la RSI et de la SRF se trouvaient sur place, à Paris. Ils ont accompagné les compétitions, mené des interviews avec nos athlètes et produit des articles de fond. Il y avait parmi toutes ces personnes une dizaine de techniciens et des membres de la direction. Interrogée, la SSR n'a pas communiqué sur les coûts d'un tel dispositif. Les retransmissions ont néanmoins atteint des audiences intéressantes et les réactions du grand public ont été positives, explique Roland Mägerle.
Il y a eu un véritable engouement, un avis partagé par Swiss Paralympic qui, malgré cette excellente dynamique, reconnaît la complexité de la production des épreuves handisport. «Nous souhaiterions évidemment que davantage de paracyclisme soit diffusé à la télévision. Mais les Championnats du monde de paracyclisme comportent de très nombreuses catégories. Il faudrait, dans l'idéal, évaluer correctement ce que nous pouvons diffuser et ce à quoi nous pouvons renoncer si les ressources sont limitées», détaille Sarah Ennemoser, responsable médias et communication chez Swiss Paralympic.
Il n'y aura donc qu'une seule course handisport diffusée sur la RTS durant les Mondiaux de Zurich, pour des raisons financières, et surtout humaines. Le fait qu'il y ait eu le Championnat d'Europe des nations, les Jeux olympiques de Paris 2024 et les Jeux paralympiques cet été n'a vraisemblablement pas aidé les premiers Mondiaux inclusifs de l'histoire du cyclisme.