Le grand buteur de l'Espagne est l'anti-Mbappé
Mikel Oyarzabal n'a sans doute pas livré son meilleur match mardi face à la France. Il s'était montré bien plus à son aise plus tôt dans la compétition.
Mais la presse espagnole est restée lucide: malgré sa prestation plus discrète, elle lui a attribué certaines des meilleures notes de la demi-finale, à juste titre.
Oyarzabal a rarement fait le mauvais choix balle au pied. Il s'est montré précieux dans le jeu de combinaisons et intelligent dans ses décrochages, face à des défenseurs centraux français solides physiquement mais constamment dépassés.
Surtout, le Basque a transformé le penalty qui a permis à l'Espagne d'ouvrir le score, devenant avec 30 réalisations en à peine 60 sélections le sixième meilleur buteur de l'histoire de la Roja. C'est déjà sa cinquième réalisation dans ce Mondial, la 14e sous le maillot de l'équipe nationale en moins d'un an.
Puis, sur le deuxième but, son rôle de l'ombre a une fois de plus été déterminant: en laissant filer le ballon sur le une-deux Porro-Olmo, tout en attirant Maxence Lacroix vers lui, il a permis à Pedro Porro de se présenter seul face à Maignan.
Avec ses buts et son importance dans le jeu à la pointe de l'attaque espagnole, Mikel Oyarzabal est donc l'un des grands artisans de l'excellent parcours de l'Espagne dans ce Mondial. Paradoxalement, il est aussi un joueur relativement méconnu du grand public, du moins en dehors de ses frontières. Sa notoriété à l'international est encore loin d'égaler celle de ses illustres prédécesseurs: les David Villa, Raúl, Fernando Torres, David Silva ou encore Fernando Morientes.
La raison est évidente: le numéro 21 de la Roja se tient à distance du star-system, tout l'inverse du buteur qu'il affrontait mardi en demi-finale du Mondial, Kylian Mbappé, incarnation du football-business et de l'hypermédiatisation.
Alors que le Français n'avait qu'une obsession en tête à Paris, rejoindre le Real Madrid, Oyarzabal, lui, évolue toujours à la Real Sociedad, dont il porte les couleurs depuis plus de dix ans. A l'exception d'un court prêt à Eibar, son club formateur, en début de carrière, il n'a connu que la Real chez les professionnels.
Ce n'est pourtant pas faute d'avoir attisé la convoitise des grands d'Europe, comme City ou le Bayern. Mais le joueur, fidèle à ses racines basques, a toujours privilégié son club de cœur. «Je l’ai répété maintes fois: la Real Sociedad et Saint-Sébastien, c’est mon chez-moi. C’est mon havre de paix, le lieu où j’ai grandi, et le club qui m’a offert l’opportunité d’être là où je suis aujourd’hui», martelait-il encore récemment auprès de Mundo Deportivo, à la suite de rumeurs l'envoyant au Barça. C'est aussi là qu'il a suivi ses études, jusqu'à obtenir un diplôme en administration d'entreprise.
Cette manière de privilégier son environnement personnel à l'argent correspond tout à fait à la simplicité du garçon. Une simplicité qui se retrouve jusque sur le terrain. Oyarzabal arbore une coiffure des plus classiques, sans gel, sans teinte ni coupe extravagante. Aucun tatouage visible non plus.
Même sa façon de tirer les penaltys respire la sobriété. Sa course d'élan est académique. Pas d'arrêt. Pas de fioritures. Pas non plus de geste signature. Oyarzabal applique les fondamentaux avec le plus grand sang-froid et une efficacité chirurgicale. Mike Maignan a beau avoir plongé du bon côté, il était à des années-lumière de pouvoir s'interposer.
28 - Mikel Oyarzabal has scored 28 of the 31 penalties he has taken in @LaLigaEN in his career; since the 2018/19 season, only Iago Aspas has scored as many goals from the penalty spot as the Real Sociedad captain (both 28).
— OptaJose (@OptaJose) November 7, 2025
Reliable. pic.twitter.com/NCm9a54fvn
La discrétion de Mikel Oyarzabal s'étend également à sa vie privée. Il ne fait pas étalage de sa réussite et préserve son quotidien. Ce n'est qu'après avoir remporté l'Euro qu'il est apparu publiquement aux côtés de sa femme, avec qui il partage sa vie depuis plus de dix ans, et de leur fils. Là encore, cela tranche avec le couple Mbappé-Expósito, qui affole la presse ibérique depuis quelques semaines.
Malgré son souhait de rester loin des projecteurs, c'est bien lui que le monde devrait voir dimanche en finale du Mondial. Après tout, Oyarzabal s'est forgé la réputation d'être l'homme des grands rendez-vous. Que ce soit en Coupe du Roi, en Ligue des nations ou à l'Euro, il trouve toujours le chemin des filets en finale. Les Anglais le savent mieux que quiconque: sorti du banc, il avait inscrit le but du sacre européen à Berlin il y a deux ans.
