Le meilleur joueur de la Nati n’est pas celui auquel on pense
Pas convoqué par Murat Yakin il y a un an et demi, Nico Elvedi a drastiquement changé son mode de vie pour s'affirmer comme l'un des meilleurs joueurs de la Suisse à la Coupe du monde, si ce n'est le meilleur en l'absence de Manzambi. Après avoir éteint les attaquants colombiens, le défenseur fait face au plus grand défi de sa carrière: stopper l'Argentine de Lionel Messi.
Sa non-sélection en mars 2025 pour deux matchs amicaux contre l'Irlande du Nord et le Luxembourg avait sonné comme un véritable «signal d'alarme». Pourtant, le pilier du Borussia Mönchengladbach semblait avoir le champ libre après la retraite internationale de Fabian Schär. Mais un automne 2024 très compliqué, tant en club qu'avec la Suisse, lui avait coûté sa place dans le cadre national.
Souvent blessé, parfois dépassé par la vitesse des attaquants adverses, le Zurichois voyait son avenir s'assombrir. Il a donc pris les choses en main. «J'ai changé plusieurs éléments dans ma vie. J'ai amélioré mon alimentation et engagé un entraîneur personnel pour perfectionner ma condition physique. Tout ça m'a beaucoup aidé», expliquait-il la veille du 8e de finale contre la Colombie à Vancouver.
Une performance remarquée
Les résultats de cette prise de conscience ont éclaté au grand jour face aux Cafeteros. Alors que la Suisse peinait offensivement, Nico Elvedi assurait les arrières, renvoyant quantité de ballons au sol ou dans les airs, anticipant les appels de Diaz et Suarez. Pour une fois, c'était bien lui le pompier chargé d'éteindre tous les incendies, et non pas Manuel Akanji.
A l'issue de cette performance royale et d'une qualification historique pour les quarts de finale du Mondial, Murat Yakin ne pouvait qu'applaudir. «Je suis fasciné par le parcours qu'il a suivi depuis un an. Il était important pour lui de prendre conscience qu'il devait changer quelque chose. On le voit bien: celui qui s'investit est récompensé», disait le sélectionneur à propos de son numéro 4.
Un as du sprint
Un mois plus tôt, au tout début de l'aventure nord-américaine à San Diego, Nico Elvedi avait détaillé les changements entrepris depuis un an. Notamment le travail réalisé avec Rolf Fongué, un ex-sprinteur suisse (trois fois champion de Suisse du 100 m entre 2010 et 2012), reconverti dans le coaching de vitesse pour les footballeurs.
«J'avais vu que Noah (Okafor) travaillait avec Rolf, alors je l'ai contacté sur Instagram. A l'époque, je voulais juste avoir un entraîneur pour l'été, pour me maintenir un peu en forme. Mais il m'a dit qu'il ne travaillait pas comme ça, qu'il fixait des objectifs à atteindre sur un an avec les athlètes», raconte Elvedi.
Le défenseur aux origines grisonnes – sa famille vient du Val Lumnezia – avait surtout une envie: retrouver la pointe vitesse perdue au fil des années. «Je n'arrivais plus à dépasser les 32 km/h, alors je me suis dit qu'il fallait changer quelque chose.»
Face à la Pulga
A 29 ans, Elvedi serait-il sur le point de devenir le joueur le plus rapide de l'équipe de Suisse? «Ce n'est pas mon objectif», répond-il. «Ce qui compte pour moi, c'est surtout de me sentir à l'aise sur le terrain. Et de ce point de vue, je remarque une énorme différence par rapport à l'an dernier.»
Les spectateurs aussi, eux qui pouvaient parfois craindre le pire quand ils voyaient un ailier rapide partir dans son dos. Désormais, l'homme aux 72 sélections (3 buts) fait preuve d'une assurance remarquable lorsqu'il est mis sous pression dans son propre camp.
Il aura une nouvelle occasion de présenter sa métamorphose contre l'Argentine de Leo Messi, samedi à Kansas City (20h00, dimanche 3h00 en Suisse). Mais face au génial numéro 10 de l'Albiceleste, qui peut disparaître 80 minutes avant d'inventer un geste décisif, la vitesse ne suffira pas. Nico Elvedi n'aura pas le droit de cligner des yeux.
(ats/roc)
