Les arbitres de foot ont une nouvelle obligation délicate
Les polémiques liées à l'arbitrage sont monnaie courante dans le football. Surtout en Espagne, où on a vu plusieurs fois ces dernières années le Real Madrid, par exemple, s'en prendre avec virulence après et même avant les matchs aux arbitres, via sa chaîne TV.
Alors, pour augmenter la transparence des décisions arbitrales et valoriser le métier, la ligue (La Liga) tente dès ce dimanche une innovation, en collaboration avec la fédération espagnole de football et le syndicat des arbitres: les directeurs de jeu viendront expliquer leurs décisions à la TV juste après le coup de sifflet final, en interview, lors de certains matchs.
Ça commencera dès la rencontre Athletic Bilbao - Real Sociedad ce dimanche (21h). Le dispositif ne concernera, dans un premier temps, pas tous les matchs: chacun des deux diffuseurs de la Liga – DAZN et Movistar+ – aura droit à une interview par journée. «L’initiative sera ensuite mise en œuvre progressivement afin d'évaluer son fonctionnement et d’envisager une possible extension», précise RMC Sport. Ces interviews systématiques sont une nouveauté en football: avant leur introduction en Espagne, seules quelques interventions ponctuelles ont eu lieu en Europe, y compris en Suisse.
Cette nouvelle tâche dans le cahier des charges des arbitres de Liga leur permettra d'empocher 7 000 euros supplémentaires par an (pour arriver à un salaire moyen annuel de 300 000 euros), calcule AS, célèbre média sportif espagnol. Ils se partageront une enveloppe de 500 000 euros.
Le gain financier n'est pas le seul avantage de cette démarche pour les directeurs de jeu. Venir expliquer leurs décisions aux téléspectateurs, «c'est le meilleur moyen de les humaniser. Ainsi, le public s'identifie beaucoup plus à eux», se réjouit un haut responsable du football espagnol dans AS.
Dans un article publié en mars 2023, suite à plusieurs polémiques en Super League, on avait demandé au chef de la commission des arbitres de l'Association suisse (ASF) à ce moment, Christophe Girard, et à l'ancien sifflet Stéphan Studer les bienfaits qu'une telle initiative apporterait. Ils en voient, eux aussi, plusieurs. A commencer par la transparence, comme l'analyse Studer:
De quoi faire également prendre conscience des difficultés rencontrées par les directeurs de jeu, et ainsi être plus cléments envers eux. Le Genevois souligne aussi la fonction pédagogique:
Christophe Girard se montre lui aussi favorable à l'instauration de ces interviews d'après-match. «Quand les arbitres s'expriment, ça comble un vide. Tant qu'ils ne parlent pas, ce vide est rempli par les spéculations et les jugements du public sans connaissance de cause», observe-t-il.
Des précautions à prendre
Mais les deux Suisses mettent aussi en garde par rapport aux dispositions à prendre. Parler devant une caméra peut être intimidant quand on n'en a pas l'habitude, alors pour être capables d'expliquer clairement leurs décisions et être à l'aise dans la communication, les arbitres doivent pouvoir s'entraîner.
D'autant plus qu'ils s'exposent beaucoup dans un tel exercice. «On a déjà dû placer certains arbitres sous protection policière, alors je peux comprendre qu'ils ne souhaitent prendre aucun risque», confiait Christophe Girard.
Et puis, il y a le risque que cette interview se transforme en une forme d'inquisition. «C'est une démarche explicative, qui ne doit pas placer l'arbitre dans le rôle d'un accusé face à un tribunal», tranche Christophe Girard. Stéphan Studer a une solution:
L'ex-sifflet de Super League met aussi en avant l'importance du timing de l'interview:
Reste à savoir si toutes ces précautions seront mises en place en Liga. Elles pourraient contrevenir à un autre objectif avoué de ces interviews d'arbitres, qui est d'«améliorer la qualité audiovisuelle du football espagnol».
On peut comprendre par là une immersion des téléspectateurs dans les coulisses, au cœur du spectacle, à la sauce Netflix. Or, généralement, ce genre de format cherche à susciter – ou, au moins, retransmettre – des émotions.
