La Nati doit gérer des attentes inhabituelles au Mondial
Après les médailles d’argent remportées aux Mondiaux 2024 et 2025, toute la Suisse du hockey attend l’or lors du Championnat du monde à domicile. Des attentes élevées qui pourraient rapidement rattraper le sélectionneur Jan Cadieux et son équipe.
Patrick Fischer n’est plus là, mais son héritage demeure: la Suisse rêve d’or. En 2024 et 2025, la Nati a décroché l’argent et effleuré le titre mondial en finale. Lorsque «Fischi» a repris la sélection en 2015, il avait très vite déclaré:
Des ambitions grâce à Fischer
Une phrase qui avait surpris. Parce qu’à cette époque, la Suisse n’était pas prête pour des ambitions aussi élevées. Ni l’équipe, ni les supporters, ni l’opinion publique. La médaille d’argent de 2013? Beaucoup la considéraient davantage comme un coup de chance que comme la conséquence logique d’une progression dans la durée.
Aujourd’hui, treize ans après la première finale mondiale helvétique, tout a changé. C’est le plus grand accomplissement de Patrick Fischer au cours de sa décennie à la tête de l’équipe: il a conduit la Suisse aux portes du triomphe suprême. A tel point que la réalisation du rêve paraît désormais logique. Voire inévitable.
Le regard porté sur le passé récent confirme cette perception. La Finlande a été sacrée championne du monde à domicile en 2022. La Tchéquie également en 2024. A chaque fois, elles ont été portées par un immense enthousiasme populaire. Pourquoi la Suisse ne réussirait-elle pas la même chose?
Un contexte favorable
D’autant que la situation semble favorable. Après l'interruption de la NHL pour les Jeux olympiques, permettant la présence de toutes les stars en février, nombre d'entre elles n’ont plus vraiment envie de participer à un Mondial à la fin d’une longue saison. Sauf en Suisse.
Personne ne veut en effet manquer le premier Championnat du monde à domicile depuis 2009. Roman Josi, Nico Hischier, Nino Niederreiter, Timo Meier, Janis Moser, Pius Suter seront tous présents. Seuls les blessés Kevin Fiala et Jonas Siegenthaler ainsi que Philipp Kurashev (malade) et, dans une moindre mesure, Akira Schmid (encore engagé en play-offs) manqueront à l’appel.
Ces attentes immenses comportent toutefois des dangers. Ceux qui pensent que le Mondial est un simple tournoi de quartier se trompent lourdement. Le Canada, la Suède, la Finlande, la Tchéquie et les Etats-Unis disposent, même sans leurs plus grandes stars, d’équipes capables sur le papier de rivaliser sans problème avec la Suisse. Au minimum.
Cadieux saura-t-il gérer la pression?
La pression qui pèse sur cette équipe de Suisse est énorme. Et elle ne fera qu’augmenter autour du quart de finale, de la demi-finale et d’une éventuelle finale. Reste à savoir si les Suisses sauront la gérer.
D’autant plus qu’avec le départ de Patrick Fischer disparaît celui qui avait appris, au fil des années, à guider le navire avec finesse au cœur des tempêtes les plus violentes. Son licenciement à la suite de son faux certificat Covid a déjà provoqué une profonde déchirure dans le hockey suisse avant même le début du tournoi.
Que la fédération, le nouvel entraîneur Jan Cadieux et les joueurs affirment désormais que l’affaire a été discutée et surmontée est logique. Mais est-ce vraiment le cas? Il est tout à fait possible que l'ombre de l’affaire Fischer plane encore sur ce Mondial. De nombreux regards seront tournés vers le nouveau sélectionneur. Il a décidé à sa première opportunité de ne pas s’émanciper de son prédécesseur en refusant de réintégrer le défenseur de Dallas Lian Bichsel, suspendu en interne.
Genoni ou Berra, l'éternelle question
Les grands entraîneurs se distinguent par leur capacité à prendre les bonnes décisions sous la pression. La plus importante sera probablement la suivante: à quel gardien fera-t-il confiance à partir des quarts de finale? L'inamovible Leonardo Genoni ou le héros du titre de Fribourg-Gottéron, Reto Berra?
Un bon début de tournoi sera plus important que jamais pour la Suisse. Une victoire d’entrée dans la revanche de la finale contre les Etats-Unis puis samedi face à la Lettonie pourrait créer l’euphorie nécessaire. Et faire taire, au moins temporairement, les doutes liés à l’affaire Fischer.
Dans le cas contraire, cette attente selon laquelle «seul l’or suffit» deviendra un fardeau encore plus lourd, avec le risque de raviver les souvenirs du dernier Mondial à domicile en 2009, lorsque la Suisse avait manqué les quarts de finale et que Ralph Krueger avait inventé la célèbre expression de «désavantage à domicile».
(Traduction et adaptation en français: Bastien Trottet)
