L’erreur tactique qui a coûté le maillot rose à la Suisse
Mardi, lors de la quatrième étape du Tour d'Italie, entre Catanzaro et Cosenza, un peloton d'une quarantaine de coureurs s'est disputé la victoire. En l'absence des hommes rapides, lâchés dans le Cozzo Tunno, en milieu de course, c'est Jhonatan Narváez qui a réglé le groupe. Giulio Ciccone en a profité pour ravir le maillot rose à Guillermo Thomas Silva, avec quatre secondes d’avance sur Jan Christen.
L’Italien et le Suisse ont toujours terminé dans le même temps depuis le Grand Départ du Giro en Bulgarie. Cet écart au classement général s’explique uniquement par le jeu des bonifications. Ciccone a engrangé un bonus de dix secondes, contre six pour Christen.
Pas de maillot rose donc pour l’Argovien. Mais il aurait pu en être autrement. Mardi, Jan Christen a attaqué dans le final, à 1,7 kilomètre de l’arrivée. Une offensive fulgurante pour aller chercher la victoire d’étape et la tunique de leader.
Sur le papier, l’idée semblait bonne. Il est toujours plus aisé de distancer un groupe d’une quarantaine de coureurs, potentiellement mal organisé, qu’un peloton lancé à toute allure en vue d’un sprint massif. En outre, le profil escarpé dans les rues de Cosenza correspondait aux qualités du puncheur de la formation UAE Team Emirates.
Mais même dans cette situation, le coup du kilomètre reste une entreprise osée, qui a peu de chances d’aboutir. Ici, le futur deuxième de l’étape, Orluis Aular, et Giulio Ciccone, désireux de décrocher le maillot rose, avaient encore des équipiers pour rouler après lui. Les équipes Lidl–Trek et Movistar Team ont donc mis en route et ont repris le Suisse à 300 mètres de l’arrivée. Il s’est finalement classé 24e de l’étape.
Le panache de l’Argovien est évidemment à saluer. Chapeau pour ce numéro. Cependant, Christen aurait peut-être pu porter le maillot rose ce mercredi, entre Praia a Mare et Potenza, s’il avait agi différemment, c’est-à-dire en disputant le sprint et en chipant la troisième place de l’étape (et les quatre secondes de bonification associées) à Giulio Ciccone.
Jan Christen n’est pas un sprinteur. L’Argovien possède toutefois une jolie pointe de vitesse inhérente à ses qualités de puncheur, surtout lorsqu’il est en forme, comme c’est le cas actuellement. Il l’a prouvé en remportant, plus tôt dans la quatrième étape, le «Red Bull Kilometre». C’est là qu’il a acquis ses six secondes de bonification. Giulio Ciccone, lui, n’était que troisième.
Il est vrai que tout le monde ne se livre pas à fond lors d’un sprint intermédiaire, qui plus est à moins de 30 kilomètres de l’arrivée. Ciccone a cependant semblé se battre jusqu’au bout afin d’aller gratter deux secondes de bonification, dans la perpective du maillot rose.
Il y avait eu auparavant un autre duel au sprint entre les deux hommes, lors de la deuxième étape bouclée en petit comité. Cette fois, l’Italien avait pris le dessus sur le Suisse. Il s’était classé troisième sur la ligne à Veliko Tarnovo, tandis que Jan Christen avait terminé septième. Mais cette différence s’expliquait surtout par le placement, plus que par la différence de vitesse.
Le site Cycling Oracle attribue une note de 55/100 à Jan Christen pour ses qualités au sprint, contre 56/100 pour Giulio Ciccone. Autant dire un match nul, surtout à la vue du niveau actuel de l’Argovien, qui a démontré, avec le coup du kilomètre, qu’il avait des jambes de feu.
Jan Christen aurait eu davantage de chances de porter le maillot rose en croyant en lui au sprint. Pas de regrets toutefois à avoir. Son équipier Jhonatan Narváez s’est imposé, profitant de l’attaque du Suisse pour s’accrocher aux roues des adversaires. Christen s’est aussi emparé du maillot blanc de meilleur jeune, qu'il ne portait jusqu'ici que par procuration. Et avec seulement quatre secondes de retard sur Giulio Ciccone, il reste plus que jamais dans la course au rose, jusqu’à la première grande étape de montagne, vendredi, au célèbre Blockhaus. Et s’il n’avait fait que repousser l’échéance?
