Ces produits dangereux piègent les jeunes sportifs suisses
Quand Adrien se réveille, il est en sueur. Son cœur bat vite, martèle sa poitrine de façon irrégulière, comme s’il voulait en jaillir. La pression remonte jusqu’à sa gorge et ses tempes. Sa respiration est courte, superficielle. Ses mains tremblent, ses doigts picotent. Sa peau, pourtant froide, est brûlante. Son corps vibre.
Peu après, Adrian se retrouve aux urgences. Son pouls atteint désormais 220 battements par minute alors qu’il ne bouge pas. On lui administre en intraveineuse un médicament qui le fait redescendre. «Le médecin m’a dit que sans ça, je serais mort.»
Adrien (prénom d’emprunt) illustre bien ce qui peut arriver lorsque l’on succombe aux tentations qui pullulent sur Internet. Elles se trouvent à portée de clic, ne coûtent presque rien et promettent des résultats rapides. Elles s’appellent Andarine, Ligandrol, Ostarine, RAD-140 ou RAD-150 et font partie de la famille des SARMs. Ces substances, relativement semblables aux stéroïdes anabolisants, promettent aux jeunes hommes davantage de muscles, plus d'énergie ainsi que de meilleures performances.
De la publicité sur TikTok, Instagram et YouTube
La consommation de ces produits a connu une hausse alarmante en Suisse, comme l’indique Swiss Sport Integrity. Alors que les saisies de DHEA, une hormone stéroïde, ont diminué, les substances SARMs ainsi que le MK-677, ou Ibutamoren, ont entraîné une hausse du nombre total de produits saisis (1282 en 2025, contre 1106 l’année précédente).
Pour trois raisons: premièrement, parce que ces produits sont efficaces; deuxièmement, en raison de l'omniprésence du culte du muscle dans la société; et troisièmement, parce que beaucoup de gens se soucient de leur apparence et prennent des mesures pour améliorer leur physique.
Ces «remèdes miracles» sont vantés par des influenceurs sur TikTok, Instagram ou YouTube. Ce sont principalement de jeunes hommes aux corps prétendument parfaits qui inondent Internet de leurs vidéos. Ils présentent des ingrédients à la mode, mais interdits et dangereux, et qui n’ont pas fait l’objet d’évaluations pour un usage humain.
Ce que les influenceurs et les fabricants taisent: ces produits comportent parfois des risques considérables, tels que des tremblements, des sueurs nocturnes, des nausées, des convulsions, des quintes de toux incontrôlées, une perte de libido, des troubles sexuels, voire des accidents vasculaires cérébraux et des crises cardiaques pouvant entraîner la mort.
Des comprimés pour surmonter les réticences
Ils pourraient également entraîner une dépendance, comme avec les stéroïdes. Environ 30% des consommateurs de stéroïdes en développent une, un taux supérieur à celui observé pour l’héroïne, la cocaïne ou l’alcool. Des études montrent aussi que les consommateurs de stéroïdes sont nettement plus condamnés pour des crimes violents, qu’ils suivent deux fois plus fréquemment un traitement aux antidépresseurs, et qu’ils présentent un risque de décès trois fois plus élevé.
Traditionnellement, les produits dopants sont administrés par injection, mais ce n'est pas le cas des SARMs (modulateurs sélectifs des récepteurs aux androgènes). Ceux-ci peuvent être pris sous forme de comprimés ou de solution liquide. «Cela réduit les réticences», explique Adrien.
Les SARMs inondent le marché depuis peu. Ils augmentent et sculptent la masse musculaire tout en réduisant la graisse. Ils activent les récepteurs aux androgènes dans les muscles et agissent ensuite comme la testostérone. Toutefois, ils perturbent l’équilibre hormonal et peuvent entraîner des effets secondaires tels que des lésions hépatiques ou des troubles hormonaux. Leurs effets à long terme ne sont pas encore clairement établis.
Vague de suspensions pour dopage
Comme Adrien, de nombreux jeunes tombent dans ce piège, avec d’autres répercussions. Ces substances figurent sur la liste des produits interdits de l’Agence mondiale antidopage (AMA). Actuellement, en Suisse, une suspension sur trois pour dopage concerne des personnes ayant commandé ce type de produits sur Internet. Leurs colis ont été interceptés à la douane.
Les cas se ressemblent: il s'agit le plus souvent de jeunes hommes d'une vingtaine d'années. On peut citer un joueur de cycle-ball, deux kickboxeurs, un handballeur, un joueur de badminton, ainsi que de nombreux footballeurs évoluant dans les divisions inférieures. Leur point commun: aucun d’entre eux n’est sportif professionnel ni ne compte le devenir.
Chaque semaine, le même scénario se répète à la douane: un colis contenant une substance interdite est intercepté puis transmis à Swiss Sport Integrity. L’organisation nationale antidopage vérifie si le destinataire est licencié auprès d’un club. Le jeune sportif est alors informé d’une éventuelle violation des règles antidopage et s’expose à des sanctions pouvant aller jusqu’à quatre ans de suspension.
Swiss Sport Integrity tire la sonnette d'alarme
Tout comme Adrien, les jeunes pris par la patrouille n’ont pas commandé ces substances pour obtenir un avantage sportif ou tromper autrui, mais pour se muscler plus facilement, avoir plus d’énergie, plaire aux femmes, gagner en confiance, améliorer leurs performances au quotidien ou lutter contre des troubles de l’érection.
Entre 2024 et 2025, le nombre de saisies liées à des commandes de «remèdes miracles» a augmenté de 6%. En 2025, les deux tiers des sanctions pour dopage faisaient suite à des colis interceptés et non à des contrôles positifs, comme l’indique Swiss Sport Integrity. Le premier trimestre 2026 affiche également une hausse des saisies.
L'organisation s'inquiète tout particulièrement du nombre de mineurs concernés. Ils deviendraient des «cobayes humains».
Malgré son expérience dramatique, Adrien ne compte pas pour autant renoncer complètement aux produits trouvés sur Internet. Même un passage aux urgences et la peur de mourir n'ont pas dissuadé le jeune homme. Les promesses d'un corps parfait sont tout simplement trop alléchantes.
