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Je ne suis pas prête pour ce premier Roland-Garros sans Rafa

L'Espagnol Rafael Nadal embrasse le trophée après avoir battu l'Argentin Mariano Puerta lors de la finale de Roland-Garros, le dimanche 5 juin 2005 à Paris.
Rafael Nadal, 19 ans, embrasse la Coupe des Mousquetaires dès sa première participation en 2005. Il ne le sait pas encore, mais il l'embrassera encore treize fois. Image: AP
Humeur

Je ne suis pas prête pour ce premier Roland-Garros sans Rafa

A mi-chemin entre la lettre de fan et le journal intime, je vous raconte, au travers de mes souvenirs d'ado, pourquoi ce Roland-Garros aura une saveur si différente sans le maître des lieux, Rafael Nadal. L'Espagnol est blessé. Et moi aussi.
28.05.2023, 08:3028.05.2023, 10:59
Margaux Habert
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Voilà une dizaine de jours que Rafa a annoncé son forfait de Roland-Garros et je ne m'en remets pas. Aussi prévisible soit-elle, la décision de l'Espagnol, blessé, m'a brisé le cœur. Une petite partie de moi voulait tout de même y croire, comme on croit qu'on arrivera à être à l'heure au briefing de 9h15 en se réveillant à 8h48. On se pointe comme une fleur en faisant mine d'être là depuis une demi-heure. Et ça passe. Là, pour l'Espagnol qui jouait la montre contre la guérison, ça n'est pas passé. Cette année, Rafa ne sera pas à Paris.

Après le déni, la colère, le marchandage, j'en suis à la quatrième étape du deuil: la dépression. Non, je n'exagère pas. Je suis perdue. Aussi loin que remontent mes souvenirs tennistiques, la Porte d'Auteuil a toujours vibré sous la puissance bestiale des frappes de gaucher du Majorquin. Je n'ai rien connu d'autre.

D'hideux pantacourts que je regrette aujourd'hui

Ado, j'ai attrapé le virus grâce à ma meilleure amie, espoir suisse du tennis. Elle m'emmenait «gratter la petite jaune» sur le mur du tennis club d'Yverdon (VD). Mais c'est avec l'arrivée fracassante de Rafa à Paris que l'engouement est devenu passion, irrémédiablement, à réclamer à ma mère un abonnement à Tennis magazine, à vouloir être journaliste sportive, à rêver de bosser plus tard pour L'Equipe.

Une passion dévorante que je dois encore aujourd'hui à cet Espagnol qui fêtait ses 19 ans le jour de sa demi-finale en 2005, pour sa première participation aux internationaux de France, contre un certain... Roger Federer. Le début d'une rivalité historique, légendaire, dont l'épilogue s'est tenu en septembre dernier, à Londres, lorsque le Maître a rangé ses raquettes après un dernier match en double avec son adversaire et ami.

epa10202789 Team Europe player Roger Federer (L) of Switzerland sitting next to doubles partner Rafael Nadal of Spain after losing their match against Team World double Jack Sock of the US and Frances ...
Ai-je pleuré comme une madeleine devant ces images? Oui. Ai-je les yeux humides, là, rien que d'y penser? Oui aussi.Image: EPA

Retournons en 2005, lorsque débarque cette jeune brute chevelue ultrasensible, avec un biceps gauche si ridiculement costaud qu'il est obligé de porter un horrible marcel vert pour ne pas faire craquer le tissu de ses manches. N'y allant pas avec le dos de la cuillère lorsqu'il s'agit de faire saigner des yeux ses adversaires et les spectateurs, le jeune Rafa complète son look d'un pantacourt blanc, et ocre de terre battue au bout de cinq minutes.

Spain's Rafael Nadal celebrates after breaking the serve of his opponent Swiss Roger Federer during their semi final match at the French Open in Roland Garros, Paris, Friday 03 June 2005. 
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Je ne me serais pas aventurée à proposer un feuille-caillou-ciseaux à ce bras qui ressemble à une cuisse.Image: EPA

Aujourd'hui, alors que débute ce premier Roland sans Rafa en 18 ans, même ce style discutable me manque.

Le temps passe. Roger a fait son dernier tour de piste, Rafa va finir par lui emboîter le pas. La saison prochaine sera, selon ses mots, sans doute sa dernière. Mais je ne suis pas prête, je suis biaisée. Le tennis a toujours été, dans ma vision de la chose, associé à ces deux grands champions, aux duels qui touchaient au divin entre ces deux légendes. Avec une préférence pour l'Espagnol, et il faudra que je me fasse une raison. Rafa ne jouera pas à Paris cette année, et un jour, il n'y jouera plus du tout.

Une télé qui pèse aussi lourd que son biceps

Aujourd'hui, alors que les vestiaires parisiens se remplissent de joueurs prêts à soulever le trophée, je suis un peu... vide. N'ayons pas peur des mots, merde, je suis triste. Comme chaque année, à l'approche de mon tournoi préféré, je me réjouis de hurler devant ma télé. Mais cette fois, pas avec la même conviction.

Ce dimanche, je repense à cette ado qui rêvait d'aller à Roland-Garros et qui, en attendant de s'époumoner dans ses tribunes vertes un jour, découpait les articles de presse relatant les victoires du Majorquin. Je me rappelle d'un article de feu Le Matin (une relique du passé, encore), qui parlait du «matador» de la terre battue. Le «tueur» de l'ocre. Un article qui doit toujours traîner dans un carton, quelque part à la cave chez ma mère, avec des bulletins scolaires jaunis et des vieux exemplaires de Tennis mag'. Un carton que je n'ose pas ouvrir, de peur de provoquer une inondation de larmes dans son immeuble.

Spain's Rafael Nadal holds the trophy after defeating Argentina's Mariano Puerta in their final of the French Open tennis tournament, at the Roland Garros stadium, Sunday, June 5, 2005 in Pa ...
Un matador aux traits juvéniles. Le début d'une légende.Image: AP

Cet après-midi, alors que le tirage au sort promet «malgré tout» de belles rencontres parisiennes, je repense à ces matchs d’anthologie, lorsque je séchais l'école pour crier sur des télés qui étaient encore carrées (et sur lesquelles on pouvait, de rage, lancer une balle de tennis sans conséquences). Une époque déjà lointaine, où on devait faire confiance aux juges de ligne et à l'arbitre tant la qualité de l'image, crépiteuse, laissait à désirer comparé à nos actuelles télés en 4K. Devant mon écran plat plus fragile que la hanche de Rafa, j'ai un pincement au cœur.

Une image granuleuse, un match mythique 👇🏽🎾

Rendez-moi ma télé cathodique qui pèse un âne mort. Rendez-moi les affreux marcels verts de Rafa. Rendez-moi mon classeur d'articles de presse qui sentent comme chez un vieux bouquiniste. Rendez-moi Nelson Monfort et ses interviews en franco-hispanico-anglais dans les tribunes avec Toni Nadal, l'oncle et entraîneur, jadis, de cet Espagnol aux cheveux longs et à la hanche en béton armé qui criait à s'en casser la voix et le cordage à chaque coup droit. Rendez-moi mon Roland-Garros.

C'est le Grand Chelem lui-même qui le dit 👇🏽🎾

Le temps passe, les cheveux tombent, les blessures guérissent moins vite et le poster délavé de Rafa, dans ma chambre d'ado, a été remplacé par un tableau.

Merci pour tout, Rafa

«Malgré tout», je suivrai cette édition 2023 de mon tournoi préféré, mais sans avoir besoin de sécher le boulot ou quoi que ce soit, cette fois. Je regarderai les matchs, mais ça ne sera pas avec les yeux brillants d'une gamine, cette fois. Je retournerai sûrement à Roland-Garros un jour, mais ça ne sera pas mon oncle parisien et ses billets «chopés au bureau» qui m'y emmènera en me tenant par la main, cette fois.

J'espère surtout que Rafa, lui, y retournera l'année prochaine. Pour un dernier tour de piste. Pour dire au revoir. Et pour que nous, on dise merci.

Vamoooooooooooooos!

En attendant, je vais refermer mon laptop. Il est l'heure d'aller hurler sur une télé trop plate et lire L'Equipe sur un smartphone qui finira lui aussi dans un carton, mais qui ne sentira jamais le vieux papier. Ils écriront peut-être bientôt un article qui dira que oui, le matador sera bel et bien sur le court Philippe Chatrier en 2024. Une dernière fois. D'ici là, j'aurai peut-être atteint la cinquième phase du deuil: l'acceptation.

Même Roger le dit 👇🏽🎾

Allez, ça suffit, j'arrête de chialer. Les télés s'aplatissent, les cheveux tombent, c'est la vie. Même sans Rafa, le tennis sera toujours le plus beau sport du monde, Roland-Garros sera toujours le tournoi le plus merveilleux de la terre (battue), et la relève est d'ores et déjà dans les starting-blocks. Dans le vestiaire, à l'instant même, il y a peut-être un futur Nadal, qui adore et déteste cette comparaison à la fois, et qui se prépare à dégommer la petite jaune. Et qui nous fera vibrer aussi.

Bon tournoi à tous!

Souvenirs des premiers Roland-Garros de Nadal:

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Souvenirs des premiers Roland-Garros de Nadal:
L'Espagnol Rafael Nadal est félicité par son adversaire, le Suisse Roger Federer, après la demi-finale du tournoi de Roland Garros, à Paris, vendredi 3 juin 2005. Nadal a gagné 6-3, 4-6, 6-4, 6-3.
source: epa / olivier hoslet
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