Sport
Tennis

Wimbledon: Pour rester dans le coup, Nadal a corrigé son défaut

Il est passé d'une balle neutre, voire inoffensive, à un boulet de canon
Il est passé d'une balle neutre, voire inoffensive, à un boulet de canon.

Pour rester dans le coup, Rafael Nadal a corrigé son pire défaut

Si l'Espagnol est en mesure de gagner Wimbledon, surtout à son âge, il le doit à ses progrès inouïs au service. Il est passé d'une balle neutre, voire inoffensive, à un boulet de canon. Décryptage.
04.07.2022, 06:4604.07.2022, 08:03

A 22 ans déjà, il savait qu'en devenant vieux, il ne pourrait plus guerroyer des heures sur le court et y rudoyer sa pauvre carcasse. Alors il a changé les mécanismes même de son jeu, autant pour gagner en efficacité que pour soulager certaines pièces usées, voire endommagées, de son anatomie (pied gauche, genou gauche, dos, ceinture abdominale). Surtout: il a transformé son service.

«Peu de joueurs ont réalisé des progrès aussi spectaculaires dans ce domaine», relève le coach italien Luca Appino, conseiller de Nadal à ses débuts. John McEnroe approuve sur Eurosport: «Rafa prend beaucoup de temps pour servir. Mais il en gagne énormément avec ce coup. Une telle évolution semblait impensable il y a quinze ans, quand sa première balle était quelconque. Si on compare, on hallucine».

Avant: une balle à blanc

Le tennis espagnol a toujours considéré le service comme un préliminaire, une petite tape pour lancer les ébats. Celui de Nadal, à l'origine, n'avait aucune volonté de nuire. Il n'était qu'une simple mise en jeu. Il péclotait aux environs de 150 km/h. Il aspirait à prendre l'ascendant dans l'échange sans aucune ambition de l'écourter. Presque aucun ace, très peu de services gagnants. Le néant. Mais Nadal compensait par des efforts surhumains. Là où ses rivaux n'avaient besoin que d'une seule balle, il courait dans tous les coins, il criait vamos et chassait les points avec la fougue d'un Apache. C'était épique. Mais c'était épuisant.

Le service a toujours été son pire défaut: il n'y a vu que son plus grand potentiel. Dès le départ, ce n'était pas un geste naturel pour lui. D'autant moins naturel qu'il est droitier dans de nombreux aspects de la vie et «qu'il peut avoir des difficultés à jouer aux fléchettes de la main gauche», selon Luca Appino, qui le considère pourtant comme «un pur gaucher... légèrement contrarié».

Pour compenser, Nadal utilisait beaucoup le service slicé, avec un mouvement préparatoire très bref, voire sommaire, dans le but de trouver le revers adverse. Il était incapable de la moindre accélération avec sa tête de raquette et son transfert de poids vers l'avant ajoutait à la mollesse ambiante. Avec une balle aussi inoffensive, Nadal ne pouvait pas faire de vieux os dans ce monde.

Après: le goût de la vitesse

Il a gagné Roland-Garros dès sa première participation et, immédiatement, il s'est mis en tête de réaliser son rêve, le plus grand et le plus beau de ses rêves: remporter Wimbledon. Or Nadal savait que même si le All England Club n'était plus un bastion du service-volée, il exigeait qu'on y serve bien, idéalement vite et bien.

Nadal a cherché davantage d'angles, de vitesses et d'effets. Pour modifier le mécanisme du mouvement, il a corrigé un à un de très nombreux détails: le lancer, la prise de raquette (qui, elle, n'est pas un détail), l'armé, la flexion des jambes, le transfert de poids.

Pour avoir une chance de frapper des aces, il devait d'abord générer une plus grande vitesse de bras. «C'est ainsi qu'il a cherché à "faire tomber" la raquette de plus haut pour trouver de l’élan», expliquait Patrick Mouratoglou dans L'Equipe. «Techniquement, ce geste est contestable. Il manque de justesse. Il a malgré tout permis davantage d’accélérations.»

En 2008, quand Nadal remporte Wimbledon, la technique n'est pas au point. La première balle ronronne à une moyenne de 184 km/h. Mais c'est déjà 26 km/h de plus qu'à ses débuts en 2003.

Toute la mutation en vidéo

Nadal persévère. Ses gestes sont toujours plus économes (coude moins haut, flexion nettement moins marquée, préparation hyper courte) mais le mouvement ne cesse de gagner en vivacité et en fluidité. Avec la souplesse extravagante de son poignet, Nadal explore des angles inédits. Avec la puissance de son corps et une bascule à peu près coordonnée, il gagne encore quelques km/h pour atteindre une moyenne de 190. Son quota d'aces annuel passe de 219 en 2005 à 310 en 2010, l'année de tous les possibles, l'an de grâce où il remporte l'US Open sans concéder une seule fois son service avant la finale!

Des gestes barrières

Dans ce processus, Nadal cherche autant à protéger son corps des usures inavouables qu'à obtenir des points «gratuits». S'il plie nettement moins ses genoux au service, c'est aussi parce qu'il souffre d'une maladie incurable au pied gauche, et que la douleur se propage dans les articulations.

La rotation du tronc qui, comme au lancer du poids, impulse la vitesse, a également faibli avec le temps, pour devenir relativement rigide et succincte. Beaucoup soupçonnent des douleurs dorsales, voire des micro-déchirures abdominales fréquentes. Même le lancer ne démarre plus qu'à hauteur de hanche, sans réel mouvement de balancier, avec une préparation raccourcie qui peut paraître précipitée.

Peut-il gagner cette année?

Il n'empêche que Nadal avance et met des dérouillées à tous ceux qui, comme Lorenzo Sonego samedi, le croient vulnérable, un rien inhibé, peu à son aise sur le gazon de Wimbledon. Son service n'est pas devenu le meilleur du monde mais il en vaut désormais beaucoup d'autres, peut-être même celui de Novak Djokovic. Mieux: il devient une formidable rampe de lancement vers le filet, où Nadal possède actuellement la plus belle patte du circuit.

A partir de là, le monde du tennis se divise en deux catégories: ceux qui ont appris à craindre ses balles; et ceux qui creusent leur tombe.

Plus d'articles sur le sport
Federer réalise un exploit à l'Open d'Australie
Federer réalise un exploit à l'Open d'Australie
de Yoann Graber
Les descendeurs suisses ont un gros problème avant les JO
Les descendeurs suisses ont un gros problème avant les JO
de Sebastian Wendel
Ces rares Suisses qui ont disputé les JO d'hiver et d'été
Ces rares Suisses qui ont disputé les JO d'hiver et d'été
de Julien Caloz
Le coiffeur d'Odermatt vise un exploit au Lauberhorn
Le coiffeur d'Odermatt vise un exploit au Lauberhorn
de Martin Probst
Servette-Lausanne a fait l'objet d'une expérimentation croustillante
Servette-Lausanne a fait l'objet d'une expérimentation croustillante
de Jakob Weber
Un grand événement ski débarque dans le Jura
Un grand événement ski débarque dans le Jura
de Romuald Cachod
Ces femmes bannies ont un plan pour participer aux JO d'hiver
Ces femmes bannies ont un plan pour participer aux JO d'hiver
de Romuald Cachod
Sinner battu par un amateur à l'Open d'Australie
Sinner battu par un amateur à l'Open d'Australie
de Yoann Graber
Après son trash-talking, Simeone n'aurait pas dû s'excuser envers Vinicius
Après son trash-talking, Simeone n'aurait pas dû s'excuser envers Vinicius
de Yoann Graber
Voici comment les JO 2038 peuvent encore échapper à la Suisse
2
Voici comment les JO 2038 peuvent encore échapper à la Suisse
de Rainer Sommerhalder
Voici les 10 personnes les plus puissantes du sport suisse
Voici les 10 personnes les plus puissantes du sport suisse
de Klaus Zaugg
Ce skieur japonais a volé la vedette aux Suisses
Ce skieur japonais a volé la vedette aux Suisses
de Romuald Cachod
Servette et le LS ont pris une décision historique
Servette et le LS ont pris une décision historique
Il est champion suisse et raconte sa vie de galérien du ski
Il est champion suisse et raconte sa vie de galérien du ski
de Claudio Zanini
Une infime erreur de pilotage a bousillé la santé de ce Suisse
Une infime erreur de pilotage a bousillé la santé de ce Suisse
de Jasmin Steiger
Le coach de Marco Odermatt révèle le secret de son poulain
Le coach de Marco Odermatt révèle le secret de son poulain
de Martin Probst
«Un geste laid»: Mbappé crée la polémique
«Un geste laid»: Mbappé crée la polémique
de Yoann Graber
Cette astuce pourrait éviter de graves blessures en ski
Cette astuce pourrait éviter de graves blessures en ski
de Julien Caloz
La Nati n’a quasi aucune chance de médaille aux JO
La Nati n’a quasi aucune chance de médaille aux JO
de Adrian Bürgler
Les Swiss Sports Awards sont désormais un casse-tête à organiser
Les Swiss Sports Awards sont désormais un casse-tête à organiser
de Simon Häring
Echange au LHC: des fans inconditionnels réagissent
Echange au LHC: des fans inconditionnels réagissent
de Julien Caloz
Cette équipe suisse de vélo fait un pari audacieux
Cette équipe suisse de vélo fait un pari audacieux
de Julien Caloz
Ce tournoi atypique peut offrir aux Suisses un sacre et beaucoup d'argent
Ce tournoi atypique peut offrir aux Suisses un sacre et beaucoup d'argent
de Yoann Graber
Lausanne et Berne négocient un échange spectaculaire
Lausanne et Berne négocient un échange spectaculaire
de Klaus Zaugg
Le hockey va basculer dans une autre dimension
Le hockey va basculer dans une autre dimension
de Julien Caloz
Cette Suissesse peut marquer l'histoire aux JO
Cette Suissesse peut marquer l'histoire aux JO
de daniel good
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
0 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
La «brute» du HC Davos est méconnaissable
Très contesté à son arrivée en décembre 2024 et longtemps prisonnier de sa réputation, Brendan Lemieux est devenu indispensable au club grison.
Depuis l’introduction des play-off en 1986, jamais une telle métamorphose n’avait été observée: celle d’un supposé fauteur de troubles devenu un véritable chef de meute. Rarement un nouveau joueur — et plus encore un étranger — aura débarqué avec une réputation aussi sulfureuse que Brendan Lemieux en décembre 2024. Le club le plus titré de Suisse avait essuyé une vague d’indignation après l’avoir engagé jusqu’en 2027. Même le Tages-Anzeiger, pourtant peu enclin à la polémique, avait frappé fort avec ce titre: «Il avait mordu la main de son adversaire jusqu’au sang – et voilà que la brute de NHL joue désormais à Davos.»
L’article