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Mauvaise foi

Le Mondial 2026 a réveillé un traumatisme que je croyais oublié

Cette Coupe du monde a réveillé un traumatisme que je croyais oublié: le vuvuzela
Je pensais qu’on avait tourné la page de 2010. Puis, à 2h17 du matin, au lendemain du lancement de la Coupe du monde,  ...
NON (au vuvuzela; mon montage, lui, est magnifique).Image: watson
Mauvaise foi

Le Mondial 2026 a réveillé un trauma que je croyais oublié

Je pensais qu’on avait tourné la page de 2010. Puis, à 2h17 du matin, au lendemain du lancement de la Coupe du monde, un bruit venu de la rue m'a brutalement rappelé qu'il existe des traumatismes dont on ne guérit jamais vraiment.
12.06.2026, 12:0912.06.2026, 12:12

Jeudi soir, je suis allée faire un petit tour en ville pour prendre la température de ce Mondial fraîchement lancé. Et soyons honnêtes, à Lausanne, l'ambiance était… fraîche, justement. Pas exactement à l'émeute footballistique.

Il faut dire qu'une affiche Mexique-Afrique du Sud n'a peut-être pas tout à fait le même pouvoir d'attraction qu'un huitième de finale Suisse-Portugal. Dans les bars, quelques paires d'yeux sont bien tournés vers les écrans, mais on est encore loin des foules en délire et des inconnus qui s'embrassent parce qu'un type avec une chaussure bizarre a tapé très fort dans un ballon.

Bref, cérémonie d'ouverture, et là, je crois qu'on assiste au pire. Sur la pelouse, il y a… des Labubu. DES LABUBU. Ces espèces de petits personnages à la fois moches et terrifiants qu'on avait laissés en 2025, au même titre que les tendances TikTok stupides et le matcha. Contentez-vous de nous héliporter Shakira à chaque Mondial, le reste on s'en fout, merci.

Mais en même temps, me dis-je, si le plus dérangeant de cette soirée d'ouverture consiste à voir débarquer des Labubu, nous devrions pouvoir nous en remettre.

Quelle naïveté.

Un son qui déchire le silence

Le match n'a pas été franchement mémorable. Je suis rentrée, me suis couchée, persuadée que cette entrée en matière plutôt tranquille ne laisserait aucune trace particulière dans ma mémoire.

Puis, à 2h17 précisément, je me réveille en sursaut.


Un bruit. Un son venu de l'extérieur, qui traverse la fenêtre entrouverte pour venir se loger directement dans une partie très précise de mon cerveau. Celle qui conserve les traumatismes footballistiques. Façon corne de brume déchirante, qui résonne à travers les Enfers.

Un vuvuzela.

Je crois, je n'en suis pas sûre à 100%. Cette simple hypothèse me terrifie. Non. Pas possible. On avait dit non. Pitié. On avait dit que le vuvuzela, c'était terminé. FI-NI. Qu'il appartenait à l'histoire. Celle avec un petit h. Qu'on pouvait éventuellement le ressortir dans un docu sur 2010, mais certainement pas dans les rues de Lausanne au beau milieu de la nuit.

Alors, évidemment, il est possible qu'à 2h17 du matin, tirée violemment du sommeil et pas franchement au sommet de mes capacités cognitives, je n'aie pas eu les idées très claires. C'était peut-être juste le klaxon fatigué d'une vieille Honda Civic perdue au centre-ville.

Faites que c'était une Honda Civic.

Parce que l'alternative est beaucoup plus inquiétante. Car ce bruit m'a instantanément balancée 16 ans en arrière.

Shakira et l'équilibre cosmique

Pour ceux qui auraient réussi à l'oublier (bravo à vous, faites tourner les astuces), le vuvuzela, c'est cette espèce de trompette en plastique, rendue populaire lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Sur le papier, ça se voulait festif. Mais dans la vraie vie, ça ressemblait à une ruche branchée sur un ampli installé à côté de chaque télé pendant un mois.

Le moindre match était accompagné de cet affreux bourdonnement, continu, incessant. Les journalistes semblaient commenter les rencontres depuis l'intérieur d'un tunnel envahi de milliers d'essaims d'abeilles. Même les ralentis de buts donnaient l'impression d'être attaqués par un moustique pété au Redbull.

Pourtant, cette Coupe du monde 2010, c'était aussi celle de Waka Waka. D'un côté, Shakira nous offrait l'un des plus grands hymnes de l'histoire du football. De l'autre, quelqu'un distribuait des vuvuzelas.

Comme si l'univers avait décidé que l'humanité n'était pas capable d'encaisser autant de bonheur d'un seul coup et avait donc pondu ces trompettes démoniaques. L'équilibre cosmique, sans doute.

Traumas à plus-value

Impossible de me rendormir après ça. Je suis restée éveillée, à fixer le plafond, à cogiter sur les vuvuzelas, ce qui est probablement une phrase que je n'imaginais pas écrire un jour dans un article. A propos d'article, en briefing, mes collègues des sports m'ont dit ce matin attendre de moi «un sujet à plus-value» pour midi, en marge du foot à proprement parler.

Je ne sais pas si quelqu'un ayant dormi quatre heures à cause d'un vuvuzela, ou du klaxon d'une Honda Civic, je tiens à rester prudente, est réellement en mesure de réinventer le journalisme sportif. Mais je fais ce que je peux.

En tout cas, si cette nuit m'a appris une chose, c'est que certains traumatismes ne guérissent jamais complètement. Et que certaines choses doivent rester dans le passé.

Les lampes à lave. Le tatouage tribal. Les statuts Facebook. Facebook. Et le vuvuzela.

Même si, au fond, j'espère m'être trompée. Parce qu'entre une trompette satanique revenue hanter les nuits romandes et une vieille Honda Civic un peu essoufflée, je choisis très volontiers la Honda Civic.

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source: keystone
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