Les chants des Américains font hurler le reste du monde
Si vous avez regardé un match des Etats-Unis pendant cette Coupe du monde, ou simplement si vous avez tendance à perdre «juste 5 minutes» sur TikTok, vous avez sans doute entendu des supporters reprendre gentiment en chœur:
@fan.chants24 Part 221 | American chant 🔥 #american #america #footballchant #fyp #foryoupage ♬ original sound - fan chants🔥
Ou encore «It's called soccer!» avec de jolis applaudissements. Sans oublier le célèbre «I believe that we will win!», probablement le chant américain le plus connu de ces quinze dernières années.
@abc7newsbayarea United States soccer fans chanted “I believe that we will win” ahead of the team’s match against Australia on Friday, June 19. Ben Steiner, @BenSteiner00 on X, captured this footage showing the crowd jumping and chanting, along with a parade of fans walking along Spring Street near Seattle Stadium. The US went on to defeat Australia 2-0.
♬ original sound - ABC7 News
Aux Etats-Unis, ces refrains font partie du paysage sportif, mais ailleurs (et même chez une partie des Américains), ils provoquent surtout des fous rires, ou des crises d'eczéma.
Depuis le début du Mondial, les vidéos tournent en boucle sur TikTok, Instagram et X. Dans les commentaires, les supporters anglais, argentins, australiens, allemands ou encore brésiliens ne sont pas particulièrement tendres.
Beaucoup comparent ces chants à ceux d'une équipe de pom-pom girls, d'autres à ce que chanteraient des enfants dans le bus lors d'une sortie scolaire, ou à ce qu'on peut entendre pendant un match de basket universitaire. Les refrains américains paraissent sages, répétitifs et terriblement premier degré.
From Europe with love
Il faut dire que, vu du Royaume-Uni par exemple, le contraste est saisissant. Lors du match de l'Angleterre contre la Croatie, le 17 juin, les supporters anglais ont chanté Hey Jude des Beattles pour saluer le joueur Jude Bellingham, qui semblait au bord des larmes.
@sportbible Some performance 👏 🎥 IG/tryingthingsclub #FIFAWorldCup #sportbible #england #bellingham #thebeatles ♬ original sound - SPORTbible
Des chants qui ne se limitent de loin pas à une démonstration destinée aux équipes étrangères à la Coupe du monde. A Liverpool, bien plus qu'un chant, You'll Never Walk Alone est un véritable rituel, repris par tout un stade depuis plus de soixante ans avant chaque rencontre. Une expérience quasi spirituelle.
@nbcsports "You'll Never Walk Alone" rings out for the first time this season, sung with heavy hearts. #soccer #premierleague #liverpool #diogojota #ynwa ♬ original sound - NBC Sports
Les tribunes sont capables de composer des refrains aussi brillants que parfaitement absurdes, voire franchement grossiers, souvent sur des airs de tubes populaires. Les Ecossais, eux, se sont par exemple réappropriés Freed From Desire, de Gala, pour en faire un chant qui raconte:
@rymcgeary 🏴Tartan Army Braveheart in South Beach? SCOTLANDS ON FIRE! 🏴 #tartanarmy #scotland #miami #fifaworldcup #fyp ♬ original sound - Ryan McGeary
En France, les supporters ont eux aussi leurs classiques. Après le but exceptionnel de Benjamin Pavard contre l'Argentine en 2018, tout le pays s'est mis à chanter: «Benjamin Pavard, je crois pas qu'vous connaissez, il sort de nulle part, une frappe de bâtard, on a Benjamin Pavard».
Sans parler de la célèbre ligne de basse de Seven Nation Army, des White Stripes, et que les supporters chantent dans n'importe quel stade en Europe.
L'air est si iconique qu'il est depuis longtemps repris aussi dans les concerts et sert à «en réclamer encore une» à l'artiste.
Des différences culturelles qui s'expliquent
Selon plusieurs chercheurs spécialisés dans la culture sportive cités par The Independant, un chant de football va au-delà de la simple façon d'encourager son équipe, ou de l'engueuler dans certains stades anglais par exemple. C'est aussi un marqueur d'identité. Les meilleurs refrains racontent une histoire, empruntent à des mélodies connues, naissent spontanément dans les tribunes et deviennent peu à peu le patrimoine d'un club ou d'une sélection.
Les chants américains, eux, viennent d'une autre tradition. De celle des sports universitaires et des grandes ligues nord-américaines, qui privilégient des slogans très simples, faciles à apprendre en quelques secondes, repris par les pom-pom girls, et tout le stade peut participer. Le célèbre «I believe that we will win!» est d'ailleurs né dans une école préparatoire de la marine américaine avant d'être adopté par les supporters de la sélection.
Les chercheurs rappellent d'ailleurs qu'aucune culture de supporters ne naît du jour au lendemain. Les chants qui semblent incontournables ont parfois mis des décennies à s'imposer. Moqués aujourd'hui, ceux des Américains évolueront peut-être eux aussi avec le temps. Ou pas. Pour l'heure, même en chantant «Because we support the US» à pleins poumons, ils restent moins bruyants que David Lemos hurlant GOOAAAL lorsqu'un Suisse marque à la 93e minute.
Quoi qu'il en soit, après les Norvégiens qui font ramer Times Square ou les Ecossais qui transforment chaque rue en concert de cornemuses, les Américains ont trouvé une manière très personnelle de marquer cette Coupe du monde. Que pour l'heure, personne n'a eu envie de copier. Jusqu'à la rencontre entre les Etats-Unis en seizième de finale face à la Bosnie, à 2 heures du matin ce jeudi 2 juillet? Pas sûr.
