Prendre sa retraite sportive après avoir été si longtemps sous les projecteurs n'est pas facile. Comment avez-vous vécu ce passage?
Ma vie a basculé à 180 degrés. Aussi loin que je me souvienne, j'étais Sonja Nef, la skieuse. Le ski était le centre de ma vie, ma passion et mon grand amour. Je n'ai jamais voulu faire autre chose que du ski. Et soudain, cette identité a disparu. J'étais tout à coup une autre Sonja Nef. Il m'a fallu des années pour m'y faire.
Devenir maman, ça vous a aidé?
Beaucoup. Quelqu'un avait à nouveau besoin de moi. Aussi parce que mon mari (réd: Hans Flatscher), qui est entraîneur de descente, était très souvent en voyage.
Pourquoi n'avez-vous pas cherché une activité en rapport avec votre passion, le ski, par exemple experte TV?
Je ne le voulais pas, parce que j'aurais à nouveau été tout le temps en déplacement. Hans et moi partageons l'idée qu'avoir des enfants est un choix de vie. Je ne voulais pas que nos enfants soient confiés à des tiers.
Tout tournait autour de moi. Hans aussi devait s'adapter à moi. C'est pourquoi, après ma retraite, j'ai considéré qu'il était de mon devoir d'être là pour ma famille.
Vos deux filles font du ski à haut niveau. Elles en sont où?
Anna a 16 ans et commence maintenant à faire des courses FIS. Sophia a 18 ans. Pour elle, c'est donc prochainement que son avenir sportif se décidera.
En tant que parents, comment faites-vous pour ne pas mettre la pression sur vos enfants?
En enlevant toute importance au sport. Le sport est un jeu. C'est ce que nous essayons de leur faire comprendre. Mais nous leur disons aussi: «Si vous voulez suivre cette voie, faites-le avec une conviction et une passion totales, par respect aussi pour les entraîneurs qui vous préparent les pistes par tous les temps».
En voyant votre fille aînée, vous pensez souvent à comment vous étiez à son âge?
Oui, et j'étais presque tout le temps à l'hôpital. Beaucoup pensent que j'ai eu plusieurs blessures au genou. Mais en fait, ce n'était qu'une seule et même blessure que j'ai subie à 17 ans. Et elle était vraiment grave. J'ai eu une déchirure du ligament croisé, mais mon problème principal était la rupture du cartilage. Je ne sais plus combien d'opérations ont été nécessaires.
Six? Sept?
Même davantage, je pense. Désormais, j'ai une prothèse du genou. La lésion du cartilage m'a accompagné tout au long de ma carrière.
C'est vrai que vous avez voyagé en bateau pour votre première course de Coupe du monde, en Suède?
Oui. Ceux qui faisaient partie des cadres de Swiss-Ski ont pris l'avion. Moi, j'ai voyagé deux jours en bateau.
Vous avez eu le sentiment d'être traitée injustement
Non. Il y a 30 ans, notre société était différente. Avant de pouvoir participer aux discussions sur des choses comme l'organisation de l'entraînement, je devais d'abord faire des résultats.
Mais le sport de haut niveau est toujours aussi dur et exige un dévouement total. On ne m'a pas fait de cadeau. C'est peut-être ce qui a fait de moi une gagnante de courses.
Vos filles ressentent-elles moins d'autorité des supérieurs que vous à votre époque?
Je ne sais pas. Mais ce que je sais, c'est que les jeunes athlètes bénéficient aujourd'hui de plus de chances pour réussir. Ce qui est juste. De mon temps, il suffisait d'une seule mauvaise course pour être écartée. C'était une erreur et elle s'est retournée contre la fédération: parfois, à mon apogée, j'étais la seule Suissesse dans le top 30.
Vers la fin de votre carrière, vos résultats n'étaient plus au top. Comment avez-vous été traitée à ce moment?
Très respectueusement. Après tout, j'avais réalisé de belles choses auparavant. Mais ce que j'ai vécu à 17 ou 18 ans dans le cadre C, je ne pourrais plus le vivre aujourd'hui.
C'est-à-dire?
Si nous avions mal, nous étions grondées et renvoyées à la maison en train.
La jeune génération d'aujourd'hui arrêterait de skier dans de telles conditions.
Vous avez pu en parler à quelqu'un?
Avec les coéquipières et la famille. Mais c'est toujours resté dans ces petits cercles, nous n'avions pas le courage de dénoncer les choses.
Le changement va donc dans le bons sens.
Tout à fait. En tant qu'entraîneur, on n'a pas le droit de maltraiter quelqu'un uniquement pour ses résultats.
En parlant de résultats: chez les Suissesses, Camille Rast fait particulièrement plaisir ces jours.
C'est merveilleux de la regarder! C'est aussi là qu'on voit tout ce qu'on peut faire quand on est dans le flow. J'ai aussi vécu cela quand j'ai gagné six slaloms géants d'affilée.
Il y a un risque de perdre pied quand on enchaîne les victoires?
Avant d'en arriver là, on a déjà traversé tellement d'épreuves. C'est pourquoi, même dans les moments les plus glorieux, on se souvient des privations et des temps difficiles. En plus, les athlètes qui atteignent un tel niveau sont extrêmement ambitieuses. Elles en veulent toujours plus. On devient insatiable.
On le voit aussi chez les hommes, avec Marco Odermatt.
Oui. Ce que j'admire aussi chez lui, c'est le travail de relations publiques qu'il effectue en parallèle.
Un travail médiatique beaucoup plus pesant qu'à votre époque?
Le ski féminin et le ski masculin sont deux paires de chaussures différentes. Les hommes sont tout simplement encore plus sous les projecteurs. Et Odermatt encore davantage. Il est si accessible et si terre à terre, c'est un véritable cadeau! Si j'avais été aussi sollicitée que lui hors des pistes, je n'aurais jamais connu les mêmes succès. Mais il aime faire ça. Il aime aussi s'entraîner. Pour moi, en revanche, l'entraînement était aussi parfois une obligation.
Lindsey Vonn, elle, prévoit de faire son come-back ces prochains jours à St-Moritz, à 40 ans. Une bonne idée, selon vous?
Elle est assez grande pour savoir ce qu'elle fait.
Marcel Hirscher a lui aussi tenté sa chance.
Oui, et dans les deux cas, je me demande: «Pourquoi?» Bien sûr, il faut du temps pour s'adapter à sa nouvelle vie après la fin de carrière. Mais qu'à 40 ans comme Vonn ou à 35 ans comme Hirscher, on trouve si peu d'épanouissement dans la vie normale, cela me paraît étrange.
L'argent est peut-être une motivation pour eux?
Non. Les deux en ont tellement gagné et en gagnent encore beaucoup.
Comme vous, Lindsey Vonn a une prothèse du genou.
Du coup, je me demande encore plus pourquoi elle veut revenir. Et je ne trouve pas de réponse.
Maria Riesch (réd: ex-skieuse allemande) a dit qu'elle trouvait les come-backs un peu ridicules. Je suis du même avis.
Traduction et adaptation en français: Yoann Graber