Ce dérapage nocturne rattrape Breel Embolo
Breel Embolo est désormais fixé sur son sort. Le tribunal d’appel de Bâle l’a condamné pour menaces répétées, et le jugement est entré en force. Le footballeur de 29 ans a renoncé à porter l’affaire devant le Tribunal fédéral. Il écope d’une peine pécuniaire avec sursis de 45 jours-amende à 3000 francs chacun. Le délai d’épreuve est de deux ans. Le montant du jour-amende dépend des revenus. Sur la base d’anciennes données, la justice estime son revenu annuel à au moins 1,8 million de francs.
Huit ans après les faits, l’affaire est close. Jusqu’ici, les versions s’opposaient. Le jugement écrit de deuxième instance, récemment publié, permet désormais de retracer précisément le déroulé de la nuit de mai 2018. Embolo avait alors 21 ans.
Le joueur se sent blessé dans son orgueil
Avec trois amis, le footballeur circule en SUV noir dans la Steinenvorstadt, à Bâle. Installé à l’arrière, à côté de son meilleur ami, il abaisse la vitre dans ce quartier animé. Une femme qu’il connaît de vue s’approche et lui demande une photo. Il accepte, puis propose à une autre femme d’en faire une avec lui. Elle lui répond, sèchement:
Un homme, en arrière-plan, éclate de rire. Embolo s’emporte, sort du véhicule, suivi de ses amis. Il lance à la ronde:
La phrase n’est pas punissable en tant que telle, relève le tribunal, mais elle traduit la tension de la scène. Les juges écrivent: «Embolo s’est senti provoqué par le fait que toutes les femmes du groupe ne manifestaient pas d’intérêt pour lui.» Il est compréhensible qu’il se soit senti vexé et atteint dans son orgueil. Mais la suite de son comportement est jugée «totalement inappropriée».
Embolo déclare à son opposant: «Je trouverai des gens pour s’occuper de toi.» Puis à un autre homme: «Toi aussi, je vais te faire tabasser, fils de pute.» Une autre menace est retenue:
Ses proches tentent de le retenir. Soudain, le meilleur ami d'Embolo s’avance et casse le nez de l’homme qui avait ri. Le proche du footballeur a été condamné pour lésions corporelles.
Pour qu’une menace soit punissable, la barre est élevée: la victime doit avoir été réellement effrayée. Selon le tribunal, Embolo a tiré parti de sa notoriété pour intimider:
Les médias n’ont fait que leur travail
Dans cette affaire, le joueur s’estime victime des médias. Il reproche à la couverture nationale d’avoir «massivement violé» la présomption d’innocence. Selon lui, ces articles ont pu nuire à sa réputation et «éventuellement même à de futurs transferts». Peu avant l’audience en deuxième instance, il a quitté AS Monaco pour Stade Rennais FC contre treize millions d’euros. Sa valeur marchande est aujourd’hui estimée à douze millions d’euros.
Mais le tribunal relativise: «Qu’un footballeur de premier plan fasse l’objet d’une attention accrue de la presse, y compris en dehors du terrain, relève de la nature même des choses.» Les articles critiqués n’ont pas davantage entamé sa réputation que la condamnation elle-même. Il a d’ailleurs lui-même contribué à médiatiser l’affaire en accordant une interview.
Embolo critique aussi la durée de la procédure. Il n’a été informé qu’après trois ans et interrogé pour la première fois après sept ans. Un délai qui lui a toutefois profité: l’infraction d’injure est prescrite et il a bénéficié d’une réduction de peine de 40%, jugée «plutôt généreuse» par la deuxième instance. Le tribunal estime néanmoins que la procédure a été équitable.
Au fil de la procédure, son attitude a évolué. Lors de la première audience, il s’était montré arrogant; devant la deuxième instance, il s’est défendu plus calmement. Aujourd’hui, il ne répond plus aux sollicitations. (trad. jah)
