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Son mari la quitte pour une plus jeune et elle s'en réjouit

Die Pensionierte Regina Ammann aus Bern erzählt, wie es ihr ergangen ist, als ihr Mann sich nach 40 Jahren Ehe im Pensionsalter von ihr scheiden liess und wie sie sich ein neues Leben aufgebaut hat.
Regina avait 70 ans lorsqu'elle a divorcé.Image: watson/ aylin erol

Son mari la quitte pour une plus jeune et elle s'en réjouit

Après quarante ans de mariage et deux enfants, le mari de Regina l’a quittée pour une femme plus jeune. Du jour au lendemain, elle a dû faire face non seulement à des questions financières, mais également reconstruire sa vie.
12.07.2026, 18:5412.07.2026, 18:54
Aylin Erol
Aylin Erol

Devant la maison de Regina, dans un quartier paisible de Berne, une seule chaise pliante est installée autour de la table du jardin. La seconde est restée repliée contre le mur. Une image qui résume à elle seule le parcours de cette femme, dont l’existence a pris une tout autre direction que celle qu’elle avait imaginée.

Die Pensionierte Regina Ammann aus Bern erzählt, wie es ihr ergangen ist, als ihr Mann sich nach 40 Jahren Ehe im Pensionsalter von ihr scheiden liess und wie sie sich ein neues Leben aufgebaut hat.
Dans le jardin de Regina, une seule chaise est désormais utilisée.Image: watson/ aylin erol

A 75 ans, Regina pensait vivre cette dernière étape de vie aux côtés de son mari. Il en a été autrement. Après quarante ans de mariage, celui-ci a demandé le divorce pour épouser une femme beaucoup plus jeune.

Pourtant, on ne perçoit chez Regina aucune amertume. Lorsqu’elle affirme avec un sourire: «J’ai eu une vie très riche», on la croit volontiers. Elle raconte à watson comment elle a réussi à se reconstruire après cette épreuve.

«D'égal à égal»

Lorsque Regina ouvre la porte, notre regard est immédiatement attiré par une table à l’entrée. On pourrait presque la prendre pour un autel dédié au féminisme. Brochures, cartes postales et prospectus de mouvements et d’organisations engagés pour les droits des femmes y sont soigneusement disposés.

La cause féministe a toujours compté pour Regina. Mais depuis son divorce, elle a pris une place encore plus importante dans sa vie. En se dirigeant vers la cuisine, elle explique:

«Rolf et moi avons eu un mariage heureux. Une relation d’égal à égal»
Die Pensionierte Regina Ammann aus Bern erzählt, wie es ihr ergangen ist, als ihr Mann sich nach 40 Jahren Ehe im Pensionsalter von ihr scheiden liess und wie sie sich ein neues Leben aufgebaut hat.
Un comptoir entièrement consacré à la cause féministe.Image: watson/ aylin erol

Selon elle, ils parlaient de tout. Quand des difficultés surgissaient, ils consultaient une thérapeute de couple et affrontaient les conflits ensemble. Rolf* (prénom d'emprunt) respectait ses désirs, ses rêves, et l’aidait à les réaliser. Il l’a également soutenue durant ses périodes de dépression.

Mais une fois assise à la table de la cuisine, une tasse de thé à la main, Regina entre davantage dans les détails. Et peu à peu, cette relation prétendument égalitaire apparaît sous un jour bien différent.

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Regina participe depuis plusieurs années à la Grève féministe du 14 juin.Image: watson/ aylin erol

Une vie faite d'aventures...

Regina a 20 ans lorsqu'elle rencontre Rolf. Elle vit seule dans son propre appartement et travaille en tant qu'enseignante. Leur histoire est celle d’un jeune couple des années 1970, intense, libre et aventureuse. Ensemble, ils aménagent un bus et traversent l’Afrique de l’Est. Ils rêvent d’une existence différente de celle menée par les parents bourgeois de Rolf.

A 30 ans, Regina tombe enceinte. C’est alors que Rolf lui lance un ultimatum:

«Je t’épouse, mais seulement si on fait un mariage ouvert»

Regina accepte à contrecœur. Elle peine à imaginer comment une telle relation pourrait fonctionner et espère qu’une fois qu'ils seront mariés, tout cela restera théorique. Sans le savoir, elle vient d’accepter un déséquilibre qui marquera durablement leur vie de couple.

Et très vite, Regina se retrouve dans le rôle de la mère au foyer traditionnelle.

... qui devient traditionnelle

Rolf travaille, Regina reste à la maison. L’essentiel des tâches ménagères et de l’éducation des enfants repose sur elle. Elle raconte avec le recul:

«J’aurais aimé travailler à temps partiel et que Rolf s’occupe des enfants un jour par semaine»

Mais, selon lui, cela n’était pas envisageable. A la tête de l’entreprise reprise de son père, il se disait trop occupé.

Pour éviter de dépendre entièrement de son mari, Regina travaille comme logopédiste à 30%. Elle organise la garde des enfants avec l’aide d’amis, de voisines et de sa famille. Mais lorsque leur deuxième fille naît, trois ans plus tard, cet équilibre devient impossible à maintenir. Regina renonce alors à son activité professionnelle.

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Regina a accroché des dessins de ses petits-enfants sur le mur. Image: watson/ aylin erol

Les crèches existent pourtant déjà à l’époque. Mais Regina n’envisage même pas cette solution car dans son entourage, aucune femme n’y envoie ses enfants, à l’exception des épouses d’ouvriers. Elle lance:

«Et moi, je voulais être mère»

Pour autant, elle aspire aussi à autre chose qu’au rôle de femme au foyer. La reconnaissance de son travail lui manque. Comme les échanges avec d’autres adultes.

A 40 ans, Regina achève une formation en pédagogie de la danse et commence à donner des cours deux fois par semaine. Un rêve qu’elle nourrissait depuis longtemps. Pendant qu’elle enseigne, Rolf s’occupe de leurs deux filles. Dans leur entourage, ce simple dépannage lui vaut de nombreux éloges.

Die Pensionierte Regina Ammann aus Bern erzählt, wie es ihr ergangen ist, als ihr Mann sich nach 40 Jahren Ehe im Pensionsalter von ihr scheiden liess und wie sie sich ein neues Leben aufgebaut hat.
Regina dans son jardin. La danse a toujours été sa passion.Image: watson/ aylin erol

Regina elle-même se considère comme privilégiée. Au point de ne pas voir que Rolf ne cotise jamais pour elle, que ce soit à une caisse de pension ou à un troisième pilier. Et jamais elle ne remet en question le déséquilibre financier dans lequel elle se trouve.

D’une part, parce qu’elle estime devoir prouver son indépendance en ne réclamant aucune compensation pour les années consacrées au travail domestique et à l’éducation des enfants. D'autre part, parce qu’elle finit par croire son mari lorsqu’il lui répète qu’elle devrait cesser de se plaindre de son manque de reconnaissance.

«Il me donnait toujours l’impression que j’étais une femme difficile, trop exigeante», raconte Regina. Aujourd’hui, elle porte un regard plus lucide sur cette période de sa vie:

«Il a organisé sa vie comme cela lui convenait, tandis que moi, je me suis adaptée»

A plusieurs reprises, Regina songe à quitter son mari. Mais au fil des années, le couple trouve son équilibre. Les enfants grandissent, puis quittent le foyer. Regina augmente son activité de professeure de danse et, après vingt ans de mariage, obtient finalement que leur relation devienne monogame.

Elle continue d’assumer l’essentiel des tâches ménagères. Elle ne se constitue un troisième pilier qu’assez tard et cotise peu à l’AVS. En tant qu’indépendante, elle ne verse rien dans une caisse de pension. Contrairement à Rolf, qui, durant toutes ces années, a cotisé pleinement.

«Je suis tombé amoureux»

Rolf prépare son départ à la retraite. Regina s’en réjouit. Elle imagine davantage de temps à deux, un nouveau quotidien partagé, des voyages. Mais les choses ne se passent pas comme elle l’avait espéré. A peine retraité, Rolf crée une nouvelle entreprise et se consacre à sa passion pour le cyclisme. En 2020, il entreprend une traversée de l’Afrique à vélo. A son retour, il fait une confidence à Regina:

«Je suis tombé amoureux»

Celle qui a conquis son coeur est une femme âgée de 20 ans de moins et originaire d'Afrique de l'Ouest.

Pour Regina, le monde s'écroule. Elle confie:

«Le plus difficile, c’est que j’ai continué d'espérer que cet amour finisse par passer»

C’est aussi pour cette raison qu’elle ne l’empêche pas de repartir en Afrique dans le but de clarifier ses sentiments. A son retour, Rolf lui propose une solution: partager sa vie entre les deux femmes. Regina en Suisse, et sa nouvelle compagne en Afrique. Sa femme lui lance alors:

«Tu t'en vas!»

Rolf s'exécute. Après une année difficile, les deux époux, d’un commun accord, renoncent à divorcer. Ils s’estiment trop âgés pour affronter la charge émotionnelle d’une procédure, et signent à la place une convention de séparation.

Son mari s’installe en Afrique, tandis que Regina reste dans la maison familiale. Deux ans plus tard, Rolf engage finalement une procédure de divorce, afin d’épouser sa nouvelle compagne et lui permettre de voyager plus facilement en Suisse. Pour Regina, la séparation a aussi eu des conséquences financières.

La retraite fragilise les femmes

Selon Peter Burri, de Pro Senectute, les revenus AVS réalisés durant le mariage sont répartis à parts égales entre les deux conjoints lors d’un divorce. La rente est ensuite recalculée pour chacun sur cette base. Il explique:

«L’AVS ne fonctionne donc pas avec un capital partagé comme la caisse de pension, mais avec un nouveau calcul fondé sur le partage des revenus.»

Dans la pratique, cela entraîne souvent une adaptation des rentes des deux ex-conjoints, même lorsqu’ils perçoivent déjà des prestations.

Grâce au partage des revenus AVS, Regina touche aujourd’hui la rente maximale de 2520 francs, ainsi que 2500 francs provenant de la caisse de pension de son ex-mari. Le fait d’avoir divorcé après l’âge de la retraite lui a été favorable.

Le droit à la moitié du deuxième pilier de l’ex-conjoint ne porte que sur les années de mariage. Lorsque l'on divorce à 50 ans, cela peut entraîner des pertes bien plus importantes à la retraite.

Regina avait déjà perçu le versement de sa caisse de pension alors qu’elle était encore mariée. La somme était extrêmement modeste, dit-elle, car elle avait très peu cotisé en tant qu’indépendante à temps partiel. Peter Burri souligne:

«Malgré le partage des revenus AVS, un divorce a souvent des conséquences financières défavorables pour les femmes qui ont vécu selon un modèle familial traditionnel.»

Selon lui, cela s’explique notamment par le fait que de nombreux couples divorcent entre 50 et 65 ans. Précisément à un âge où beaucoup héritent d’un bien immobilier ou d’un patrimoine. Or, l’ex-conjoint n’a alors plus aucun droit sur ces héritages. Pourtant, nombre de femmes avaient intégré ces futurs héritages dans leur planification financière.

Réduire son train de vie

C’est exactement ce qui s’est produit pour Regina. Son ex-mari a hérité de biens immobiliers et a également constitué une épargne au fil des ans. Sa situation financière est aujourd’hui nettement meilleure que la sienne. Regina a dû renoncer à «un certain luxe», selon ses propres termes. Par exemple, à de longues vacances dans de beaux hôtels.

Malgré tout, elle ne veut surtout pas se plaindre. «Ma retraite me permet de vivre correctement», lance-t-elle. Il lui arrive néanmoins d’éprouver une certaine colère. Contre elle-même, mais aussi contre la société:

«Ce qui me met en colère, c’est d’avoir attendu d'être vieille pour comprendre la valeur réelle de tout ce travail non rémunéré»

Pendant des années, explique-t-elle, elle a accepté d'être financièrement dépendante de Rolf. Elle estimait devoir être reconnaissante qu'il lui permette d'élever ses deux filles dans une belle maison.

Die Pensionierte Regina Ammann aus Bern erzählt, wie es ihr ergangen ist, als ihr Mann sich nach 40 Jahren Ehe im Pensionsalter von ihr scheiden liess und wie sie sich ein neues Leben aufgebaut hat.
Regina a élevé deux filles dans sa maison.Image: watson/ aylin erol

Le travail non rémunéré de Regina a lui aussi contribué au niveau de vie de la famille. La loi en tient compte. Après la séparation, elle s’est vu attribuer la moitié de la maison. Elle continue néanmoins de verser un loyer complet sur un compte commun, utilisé par les deux ex-conjoints pour financer les réparations du logement. «Mais je ne dois pas payer un loyer au prix du marché», précise Regina.

S'en sortir grâce aux amis

Après la séparation, en 2021, Regina traverse une période difficile, marquée par la colère et le chagrin. Elle parvient à surmonter cette épreuve grâce à une psychothérapie. Un autre élément l’aide à retrouver son équilibre. Plutôt que de vivre seule dans une grande maison vide, elle partage depuis le départ de Rolf son logement avec trois étudiants. «Être entourée de jeunes me fait du bien», confie-t-elle.

Ses amies ont également été essentielles pour l'aider à regagner sa joie de vivre, en la soutenant dans les moments les plus difficiles. Le jour où son divorce a été officiel, elles lui ont même organisé une fête dans un bar bernois. «C’était magnifique», raconte Regina.

Selon elle, la séparation lui a ouvert de nouvelles perspectives, alors même qu’elle a déjà atteint l’âge de la retraite. Aujourd’hui, Regina joue régulièrement à la pétanque en ville, s’engage dans le mouvement féministe Grossmutterrevolution (la révolution des grands-mères) et donne bénévolement des cours de danse à des personnes atteintes de démence. Elle consacre également davantage d’énergie à elle-même.

Elle a également redécouvert sa sexualité. Elle est sortie avec des hommes plus jeunes et est tombée amoureuse à plusieurs reprises. Depuis un an, elle entretient une relation stable avec un partenaire vivant à l’étranger. Les yeux brillants, Regina confie:

«Je profite à nouveau pleinement de ma vie»

Elle ne ressent plus de colère à l’égard de son ex-mari. Mais plus d’amour non plus. Tout juste de l'indifférence. Et même si son existence a pris une tournure très différente de celle qu’elle avait imaginée, elle peut aujourd’hui affirmer:

«Le divorce est l’une des meilleures choses qui me soient arrivées»

Selon elle, cette dernière étape de sa vie est plus riche et plus stimulante que tout ce qu’elle aurait pu connaître aux côtés de Rolf.

Traduit de l'allemand par Joel Espi

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