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Pourquoi Sommaruga démissionne avant la fin de son mandat?

Simonetta Sommaruga démissionne
Cette année, l'élection complémentaire du Conseil fédéral verra le remplacement de deux de ses membres sur le départ: l'UDC Ueli Maurer et la socialiste Simonetta Sommaruga.Image: sda
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Pourquoi les conseillers fédéraux démissionnent-ils tous en cours de mandat?

Simonetta Sommaruga a annoncé sa démission du Conseil fédéral mercredi après-midi. Elle emboîte ainsi le pas à Ueli Maurer, un an avant les élections fédérales de 2023. Pourquoi les conseillers fédéraux démissionnent-ils si souvent en cours de mandat? Elements de réponse avec Nenad Stojanović, politologue à l'Université de Genève.
02.11.2022, 20:3403.11.2022, 11:20

Cette année, l'élection complémentaire du Conseil fédéral de décembre sera double. Elle verra le remplacement de deux de ses membres sur le départ: l'UDC Ueli Maurer et la socialiste Simonetta Sommaruga.

Ces décisions vont dans l'ordre des choses, les deux politiciens étant les «aînés» du Conseil fédéral: Ueli Maurer y siège depuis 14 ans, Simonetta Sommaruga depuis 12 ans. Mais pour cette dernière, les problèmes de santé de son mari ont précipité son départ.

Elections régulière et complémentaire

Les conseillers fédéraux sont élus dans le sillage de l'élection du Parlement. La prochaine se tiendra l'année prochaine. En effet, c'est celui-ci qui élit les Sept sages et la règle (bien qu'implicite) en vigueur veut que si l'équilibre au sein de ses rangs est modifié, la représentation des partis au gouvernement l'est aussi.

En théorie, donc, le Conseil fédéral pourrait changer radicalement d'orientation politique tous les quatre ans. En pratique, c'est une certaine stabilité qui prévaut.

Démissions en cours de mandat depuis 2015

Les cinq derniers conseillers fédéraux sur le départ ont tous démissionné en cours de mandat. Avant Ueli Maurer et Simonetta Sommargua, Johann Schneider-Ammann, Doris Leuthard et Didier Burkhalter ont également quitté leur poste en cours de route.

Les décisions personnelles priment

Mais pourquoi nos 7 Sages ne vont-ils donc pas au bout de leur mission? Nenad Stojanović, politologue et professeur à l'Université de Genève, nous éclaire sur ce phénomène. Il tient tout d'abord à préciser:

«Une démission du Conseil fédéral en cours de mandat est plutôt la norme et une sortie après les élections fédérales, l'exception»
Nenad Stojanović, politologue, Unige

Selon l'expert, les décisions personnelles sont souvent celles qui poussent les conseillers ou conseillères fédérales vers la sortie.

Les présidents de parti n'ont pas toujours le contrôle. «Cela dépend du lien qu'a le conseiller fédéral avec son parti», explique Nenad Stojanović. Si le timing lié à un départ peut être d'importance pour l'élection qui suit, il estime que:

«Il ne faut pas surestimer le poids des dirigeants de partis lors des démissions des conseillers fédéraux»
Nenad Stojanović, politologue, Unige

Toutefois, «ils ont beaucoup d’influence pour structurer l’élection du nouveau membre du gouvernement. Par exemple, les dirigeants du PS ont tout de suite indiqué que pour la succession de Simonetta Sommaruga, le parti proposera un ticket avec deux femmes de n’importe quelle région linguistique».

La santé, facteur-clé

Les circonstances personnelles dictent donc bien souvent les départ. La santé y est un facteur important. «Simonetta Sommaruga quitte son poste à cause de l'état de santé de son mari, mais c'est souvent celui du politicien en question qui en cause.» Et de citer les cas de Johann Schneider-Ammann, Hans-Rudolf Merz ou de Samuel Schmid.

Mais démissionner un peu moins d'une année avant les élections fédérales est-elle la bonne stratégie? Selon Nenad Stojanović, ce n'est pas le cas:

«La stratégie idéale, du point du vue du parti concerné, c'est de voir l’un de ses représentants au Conseil fédéral démissionner en début d'été de l’année électorale, avant les élections fédérales d’octobre.

A la rentrée, tout l'appareil médiatique et les débats tourneront autour des candidats, ce qui fournit une visibilité très importante.

Le nouveau membre du gouvernement est élu vers le 20 septembre, au même moment où les citoyens commencent à recevoir à domicile les bulletins de vote pour les élections parlementaires. Et 9 citoyens sur 10 votent par courrier.»
Nenad Stojanović, politologue, Unige

Et d'ajouter:

«Dans la foulée, le parti peut espérer faire une percée lors des élections»
Nenad Stojanović, politologue, Unige

Une stratégie de parti payante? C'est possible

Selon Nenad Stojanović, un cas d'école de stratégie politique dictée par le parti existe pourtant: en 1999, le Parti démocrate-chrétien (PDC, devenu Le Centre) craint pour son deuxième siège au Conseil fédéral, dans le viseur de l'UDC qui progresse rapidement.

Fin décembre 1998, ses deux conseillers fédéraux en poste, Flavio Cotti et Arnold Keller, démissionnent en même temps, ce qui surprend toute la classe politique.

Le 11 mars 1999, Joseph Deiss et Ruth Metzler-Arnold sont élus à leur place, ce qui permet de sauver les deux sièges PDC quelques mois avant les élections fédérales. L'UDC emportera finalement le deuxième siège centriste en 2003 avec Christoph Blocher.

«Suite à cet épisode, mais aussi à celui du socialiste Otto Stich, qui a démissionné quelques mois avant les élections de 1995, une commission du Conseil des Etats a même essayé, en 2002, de proposer un changement de loi. Il visait à empêcher les "démissions tactiques", notamment en interdisant au Parlement d'organiser une élection au gouvernement durant l'année qui précède les élections fédérales.»
Nenad Stojanović, politologue, Unige

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