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Elections fédérales 2023: Les Verts vont-ils attaquer le PS?

Les élections fédérales 2023 donneront-elles lieu à un duel entre les Verts et les Rouges? Les Verts, eux, sont déterminés à entrer au conseil fédéral.
De gauche à droite: la conseillère nationale Greta Gysin, la cheffe du groupe Aline Trede et le président du parti des Verts Balthasar Glättli.
Analyse

Les Verts vont-ils poignarder le PS pour le siège de Berset?

Les élections fédérales de décembre donneront-elles lieu à un duel entre les Verts et les Rouges? Les Verts, en tout cas, sont déterminés.
26.06.2023, 18:5627.06.2023, 15:11
Othmar von Matt et Benjamin Rosch / ch media
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L'avance que les Verts ont obtenue du PS était minime. Peu avant l'annonce de la date de la conférence de presse extraordinaire du président de la Confédération Alain Berset, la direction du PS a informé le parti qu'Alain Berset comptait se retirer à la fin de la législature.

Mais cette fois-ci, les Verts ne se sont pas laissés surprendre et avaient déjà évoqué le scénario «départ de Berset» depuis longtemps. Le communiqué de presse a été rapidement rédigé et approuvé par les dirigeants du parti et le président Balthasar Glättli.

«Les Verts ont droit à un siège au Conseil fédéral», peut-on y lire.

«Ils prévoient de se présenter aux élections fédérales de décembre 2023»
Les Verts

Le parti examine «tous les scénarios», ce qui signifie que les Verts viseraient sérieusement le siège socialiste d'Alain Berset. A l'heure actuelle, il s'agit, en effet, de la seule place vacante au sein du gouvernement. Et les partis bourgeois se sont toujours opposés à la destitution d'un conseiller fédéral en exercice.

Le communiqué de presse équivaut à un changement de paradigme. Jusqu'à présent, le discours officiel des écologistes était: les Verts et le PS veulent grandir ensemble et visent un troisième siège au Conseil fédéral.

Viser un siège au Conseil fédéral

Aline Trede, la cheffe du groupe parlementaire des Verts, explique ce qui s'est passé dans son cas: «Pendant longtemps, je n'ai pas accordé autant d'importance à un siège au Conseil fédéral, jusqu'à ce que je réalise que la politique climatique n'est pas représentée au gouvernement». L'objectif des Verts est donc d'asseoir l'un des leurs au Conseil fédéral.

«Nous devons maintenant participer aux jeux de pouvoir»
Aline Trede
Nationalraetin Aline Trede, BE, links, und Nationalrat und Parteipraesident Balthasar Glaettli, ZH, von der Bundeshausfraktion der Gruenen Partei Schweiz, aeussern sich an einer Pressekonferenz zur Bu ...
Aline Trede et Balthasar GlättliImage: KEYSTONE

Les Verts se préparent minutieusement à la réélection de l'ensemble du Conseil fédéral. Depuis des mois, une commission de recherche, composée de trois personnes et dont les noms sont tenus secrets, est à l'œuvre. Ce qui est sûr, c'est que 60 personnes ont été interrogées afin de savoir si elles étaient prêtes à se porter candidates pour occuper le siège du PS au Conseil fédéral. Une bonne vingtaine de personnes en sont maintenant à la seconde phase de candidature.

Le conseiller national Bastien Girod (ZH) et le conseiller aux Etats Mathias Zopfi (GL) pourraient en faire partie. Tous deux ont le potentiel de récolter des voix auprès de l'UDC. Girod, parce qu'il a travaillé à plusieurs reprises en étroite collaboration avec le nouveau conseiller fédéral UDC dans le domaine de l'énergie, et Zopfi, car il a lui aussi des expériences similaires avec des représentants de l'UDC. Les chefs de l'UDC, du PLR et du Centre soulignent publiquement et à l'unisson qu'ils soutiennent le second siège socialiste au Conseil fédéral. Les Verts reçoivent cependant des signaux d'encouragement de la part des Verts'libéraux et, en partie, du Centre.

Frictions en début de législature

Les relations au sein du camp de la gauche ont été tendues, surtout durant la première phase de la nouvelle législature. Cette situation était liée à la vague verte lors des élections de 2019. Les Verts sont passés de 7,1 à 13,2% de l'électorat et ont obtenu cinq sièges au Conseil des Etats et 28 au Conseil national. Par conséquent, les Verts n'étaient plus disposés à jouer le rôle de partenaire junior du parti à la rose et ont cherché à s'émanciper.

Ainsi, les membres écologistes du Conseil des Etats ont refusé de s'intégrer au groupe du socialiste du Conseil des Etats par envie de former le leur. Cette stratégie s'est avérée payante. Grâce à des alliances avec les partis bourgeois, ils ont obtenu des compromis sur l'offensive solaire, le décret sur la sécurité de l'approvisionnement en électricité et le droit pénal en matière sexuelle, notamment grâce à Lisa Mazzone (GE), Mathias Zopfi (GL) et Maya Graf (BL). Ils ont réussi un véritable coup en facilitant l'accès des sans-papiers à la formation professionnelle.

Le président Glättli a fait évoluer les couleurs du parti au cours de cette législature. Ils a lissé les angles pour en faire davantage un parti de gouvernement, notamment en vue du renouvellement du Conseil fédéral en 2023. Le camp socialiste, lui, s'est verdi depuis les élections. Parallèlement, sous l'influence des ex-jeunes socialistes à sa tête, il évolue de plus en plus vers un mouvement, comme le sont déjà les Verts.

Les socialsites ont-ils peur?

Visiblement pas, au PS, on se montre très serein face aux ambitions des Verts pour le Conseil fédéral. La collaboration s'est très bien passée ces derniers mois, explique la coprésidente Mattea Meyer, «et actuellement, nous poursuivons un grand projet commun avec l'initiative du fonds climatique». Au sein du groupe socialiste, on comprend que les Verts aient annoncé leur intention de briguer un siège au Conseil fédéral. Cela fait partie de la campagne électorale et leur crédibilité est en jeu.

Le fait est que pour le parti présenté comme le vainqueur des élections de 2019, il serait difficile d'argumenter si, après les retraits d'Ueli Maurer (UDC) et de Simonetta Sommaruga (PS), il ne disait rien sur une candidature potentielle. D'autant plus que l'élection tombera lors d'une nouvelle législature. «Mais au final, je suis sûre que le PS et les Verts veulent être plus forts ensemble pour s'engager en faveur d'une Suisse sociale», déclare Meyer.

«C'est pourquoi je ne peux pas non plus m'imaginer que les Verts s'attaquent à un siège du PS, car cela ne profiterait qu'à la droite»
Mattea Meyer

Pour elle, la déclaration écologiste se traduit également par le fait que les deux partis ont conclu un accord écrit pour des apparentements de listes sur l'ensemble du territoire. Cet accord doit, dans la mesure du possible, s'appliquer même lors de la campagne pour le Conseil des Etats, où les deux partis se font parfois directement concurrence.

Il semble également clair qu'une candidature au Conseil fédéral devrait aider les deux partis en cette année électorale. Chez les Verts, considérés pendant des mois comme les perdants presque certains des élections, un renouveau est perceptible depuis le «oui» à la loi sur la protection du climat et le départ de Berset.

Le PS pourrait lui aussi transformer la situation en une forte mobilisation. Malgré la tranquillité d'esprit affichée, les camarades suivent, en effet, de près la manière dont les Verts gèrent leur communication ces jours-ci. Si l'attaque contre un siège du PS devait être clairement articulée à un moment ou à un autre, la concertation rouge-verte prendrait immédiatement fin.

La démonstration de force des Verts

Le conflit autour de la présidence de la commission d'enquête parlementaire (CEP) a montré à quel point les choses peuvent aller vite. Le président des Verts, Glättli, s'est d'abord proposé comme président de la CEP par le biais de la Wochenzeitung. Quatre semaines plus tard, le chef du groupe parlementaire socialiste Roger Nordmann a fait de même lors d'une conférence de presse.

Ni les Verts ni le PS n'ont obtenu la présidence. Mais ce sont les Verts qui se sont emparés de la vice-présidence, avec Franziska Ryser (SG), lors d'un coup de force.

Ils sont parvenus à un accord avec le PLR et surtout avec le Centre, qui obtient ainsi la présidence avec Isabelle Chassot (FR). Les Verts, la vice-présidence avec la conseillère nationale Franziska Ryser (SG) et le PS, quant à lui, repart bredouille.

Traduit de l'allemand par Nicolas Varin

En 10 ans au Conseil fédéral, Berset n'a pas changé de coupe
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En 10 ans au Conseil fédéral, Berset n'a pas changé de coupe
En 2011, en mode partyboy: élu conseiller fédéral, Alain Berset fête l'événement au restaurant XIII Cantons dans sa commune de Belfaux, dans le canton de Fribourg.
source: keystone / jean-christophe bott
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