Malgré ses multiples défaites, l'UDC a de quoi se réjouir
En janvier, les observateurs de la vie politique étaient unanimes: 2026 devait être l'année de l'UDC. Ils s'attendaient à ce que le parti obtienne de bons résultats avec ses trois initiatives populaires. Or, les résultats des deux premières votations sont restés en deçà des attentes.
Malgré cela, 2026 est jusqu'à présent bel et bien l'année de l'UDC. Le parti ne parvient pas à convaincre lors des campagnes de votation nationales, mais il enchaîne les succès lors des élections cantonales. Comment expliquer ce paradoxe?
En mars, une défaite
Premièrement, il y a eu, en mars, la votation sur la réduction de la redevance de la SSR. L'UDC a mené une campagne sans véritable conviction et a investi moins d'argent que ses adversaires.
Puis des enquêtes ont révélé que le père de l'initiative anti-service public, le conseiller national Thomas Matter, ne croyait déjà plus à son succès à l'automne dernier et souhaitait abandonner le projet. Son collègue de parti et conseiller national Gregor Rutz s'y est opposé, menaçant même de rendre le conflit public.
Résultat: 62% de non. Au lieu d'affaiblir la SSR, l'UDC a contribué à consolider sa position. Le conseiller fédéral UDC Albert Rösti y a lui aussi participé. Son plan d'économies pour le service public audiovisuel a été jugé largement suffisant par une majorité des électeurs.
Changement soudain de ton dans la campagne
Deuxième dossier: l'initiative dite de la «Suisse à 10 millions d'habitants». L'UDC la présente sous le nom d'«initiative pour la durabilité», espérant ainsi séduire également une partie de l'électorat de gauche et des Verts.
La campagne renonce dans un premier temps aux affiches provocatrices. On y voit des immeubles poussant à toute vitesse et défigurant un village. Les attaques contre les étrangers, pourtant habituelles dans les campagnes de l'UDC, sont absentes. Un mois avant la votation, le parti fait toutefois placarder des affiches évoquant des viols commis par des requérants d'asile et récupère chaque fait divers sur les réseaux sociaux. Le ton de la campagne change alors brusquement.
Une nouvelle fois, l'impression se dégage que les positions divergent au sein du parti. Personne ne semble véritablement tenir les rênes. L'UDC envoie des signaux contradictoires.
Le président du groupe parlementaire, Thomas Aeschi, explique que le parti analysera si une campagne relativement peu polarisante était le bon choix pour l'UDC et si un ton plus offensif dès le départ n'aurait pas permis de gagner davantage de voix.
D'autres responsables du parti reconnaissent que l'UDC n'est pas parvenue à faire comprendre que le plafond de 10 millions d'habitants aurait encore pu être relevé après une acceptation de l'initiative. Ce seuil constituait certes un slogan efficace, mais les opposants ont réussi à le présenter comme une limite arbitraire, rigide et inutilement contraignante.
L'UDC a obtenu 45% de oui. Ce n'est pas un mauvais résultat. Mais au début de l'année, plusieurs parlementaires du parti affirmaient en coulisses qu'il allait rééditer le coup de 2014, lorsque le peuple et les cantons avaient accepté une initiative critique envers l'immigration. Le parti en est finalement assez loin. Et une troisième défaite se profile déjà à l'automne. Les sondages concernant l'initiative sur la neutralité de Christoph Blocher sont défavorables à l'UDC. Blocher aurait retiré son texte si le Parlement lui avait fait une concession. Mais celui-ci a refusé.
Une troisième déconvenue se profile
Certains membres de l'UDC abordent la prochaine campagne de votation avec autant d'enthousiasme qu'un rendez-vous chez le dentiste. Ils redoutent un résultat encore plus mauvais que celui enregistré lors de la votation sur la SSR au printemps.
Mais le paysage politique était tout autre dimanche dernier lors des élections cantonales dans les Grisons et à Glaris. L'UDC en est sortie grande gagnante. Elle a remporté au total 16 sièges supplémentaires dans les parlements cantonaux. Dans les Grisons, elle retrouve en outre un siège au gouvernement cantonal pour la première fois depuis 18 ans.
Le politologue Michael Hermann souligne que la forte mobilisation de l'électorat UDC a sans aucun doute joué un rôle. Il n'en reste pas moins que, depuis les élections fédérales de 2023, aucun autre parti n'a connu autant de succès lors des scrutins cantonaux. La tendance est clairement à la hausse. Dans le canton de Bâle-Campagne également, l'UDC fait son retour au gouvernement cantonal. Le parti récolte les fruits de sa stratégie consistant à présenter davantage de candidats au profil modéré lors des élections au système majoritaire.
Ses principaux atouts demeurent toutefois ses positions distinctives sur l'immigration et sur les relations avec l'Union européenne. Les débats parlementaires et la future votation populaire sur les nouveaux accords avec l'UE approchant, l'UDC cherche à apparaître comme le seul parti opposé à ces accords.
«Nous refusons un rapprochement avec Bruxelles, tous les autres partis y sont favorables.» C'est ce thème que l'UDC entend placer au cœur de la campagne électorale de 2027. Le message trouve un écho favorable auprès de ses sympathisants. Mais les critiques envers ces accords existent également dans d'autres formations politiques.
L'UDC semble avoir renoncé aux villes
L'UDC bénéficie aussi du fait que son président, Marcel Dettling, apparaît en Suisse alémanique comme un communicateur nettement plus efficace que son prédécesseur Marco Chiesa. Dans le même temps, deux concurrents du camp bourgeois sont absorbés par leurs propres difficultés.
Au PLR comme au Centre, les nouvelles directions peinent à s'imposer. C'est surtout au Centre que l'absence de Gerhard Pfister se fait sentir. Il savait convaincre les militants que des changements de cap parfois radicaux relevaient d'une évolution parfaitement logique.
En raison également des difficultés de ses concurrents, l'UDC pourrait atteindre, à l'automne 2027, une part d'électeurs d'environ 30%, ce qui constituerait son meilleur résultat à ce jour. Dans le même temps, le parti donne l'impression d'avoir revu à la baisse ses ambitions dans les villes.
Dimanche soir, le président du parti Marcel Dettling a vivement critiqué les villes dirigées par la gauche et les Verts, qui ont rejeté l'initiative sur les 10 millions d'habitants. Une telle rhétorique risque d'aliéner une partie de son électorat potentiel dans les zones urbaines. Dans ces conditions, une forte progression de sa part d'électeurs paraît peu probable. La direction du parti devra également adopter une ligne plus cohérente dans la manière de défendre ses propres initiatives populaires. (trad. hun)
