Attention sur la route: des milliers de ces animaux vont traverser
Plat comme une feuille de papier, il gît là. Un tracteur de deux tonnes a écrasé cet amphibien de 100 grammes sur l'asphalte. Il y a peu encore, cette grenouille faisait partie de l'un des plus grands spectacles naturels de Suisse.
Ces jours-ci, des millions de grenouilles sortent de leur hibernation et n'ont qu'une seule chose en tête: se reproduire. Suivant leur instinct, ces animaux sexuellement matures migrent généralement vers l'endroit où ils sont nés.
Un dangereux voyage à travers les routes
La période de migration varie selon les espèces. Parmi les premiers à se mettre en route figurent les grenouilles rousses, les crapauds communs et les tritons. D'autres sortent plus tard de leur dormance, comme le sonneur à ventre jaune. Irina Bregenzer, d'Infofauna, souligne:
La période de migration principale s'étend de mi-février à fin mars, période durant laquelle la grande masse des individus rejoint ses sites de ponte. Une fois que les grenouilles et les crapauds ont déposé leurs œufs dans l'eau, ils repartent vers leurs quartiers terrestres. Seuls les tritons restent plus longtemps dans les eaux de reproduction.
Deux à quatre mois plus tard, de mai à juillet, les animaux, devenus de jeunes grenouilles après avoir été des têtards, quitteront les eaux de reproduction pour trouver un habitat terrestre. Ce phénomène est à l'origine de la fameuse «pluie de grenouilles», lorsque les petits sautent sur les routes comme des sauterelles.
Mais d'abord, les amphibiens doivent atteindre l'eau. Leurs voies de migration sont coupées par des routes et des chemins, et le risque de mort est élevé. C'est pour cela qu'on aperçoit, en de nombreux endroits, des barrières à grenouilles munies de seaux dans lesquels les amphibiens tombent. Des milliers de bénévoles les transportent alors de l'autre côté de la route. Malgré ces clôtures et ces passages pour petite faune, la traversée des routes reste une cause de mortalité fréquente.
De nombreuses espèces menacées
On oublie trop souvent, cependant, que la circulation routière n'est pas le principal problème des grenouilles. Il y a aussi les maladies fongiques mortelles, l'utilisation de pesticides en agriculture et le changement climatique. La plus grande menace reste toutefois la perte d'habitat.
Au cours des 150 dernières années, selon l'Office fédéral de l'environnement (OFEV), plus de 90% des zones humides de Suisse ont été drainées ou construites.
Du fait de ces pertes, une espèce a en moyenne disparu localement dans chaque site de reproduction des amphibiens, et 79% des espèces indigènes figurent sur la Liste rouge des espèces menacées.
Des solutions pour inverser le processus
Il existe toutefois aujourd'hui de nombreux projets de renaturation dans lesquels des ruisseaux et des rivières sont décanalisés. Au cours des dix dernières années, le déclin a pu être freiné ou stoppé dans certaines zones. Irina Bregenzer indique cependant:
Pour les amphibiens, cela apporte de surcroît peu de bénéfices, car ces derniers dépendent de plans d'eau stagnante, tels que les mares et les étangs.
C'est ce que confirme une étude de l'Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL) et de l'Institut de recherche sur l'eau (Eawag) dans le canton d'Argovie. La création de mares et d'étangs en milieu agricole, où les animaux peuvent se reproduire, augmente d'une part le nombre d'espèces et de descendants; d'autre part, les populations sont mieux connectées grâce à la plus grande densité de mares. «Si de petits plans d'eau appropriés sont créés à grande échelle, les populations d'amphibiens se rétablissent, même si d'autres menaces persistent», précise Irina Bregenzer.
Aménager dans votre jardin, si vous avez la chance d'en avoir un, un étang agrémenté de plantes et de cachettes peut aussi s'avérer précieux. Toutefois, si le jardin se trouve dans une zone résidentielle urbaine, les routes environnantes peuvent alors, lors de la migration annuelle, se transformer en piège mortel.
