Ce Romand a été arrêté pour avoir filmé des Américains tuer des requins
Lorsque nous le rencontrons sur une terrasse ensoleillée de Lausanne, jeudi 30 juillet, Nicolas Zimmermann vient de rentrer des Etats-Unis. Depuis toujours, ce réalisateur et activiste originaire de Bussigny est passionné de requins. Il plonge aux côtés de ceux qu'il surnomme les «prédateurs des mers», les filme et les prend en photo. En 2021, il fonde l'ONG Deep Sea Guardians afin d'œuvrer à la conservation de cette espèce en voie de disparition.
Vendredi 17 juillet, il s'est justement rendu à Dauphin Island en Alabama, au sud des Etats-Unis, pour documenter et dénoncer le Deep Sea Fishing Rodeo, un tournoi de pêche durant lequel des requins-tigres et bouledogues sont tués.
«Zimy», de son surnom, n'en était toutefois pas à sa première incursion. En 2023 déjà, il avait réalisé une campagne sur les réseaux sociaux pour alerter et faire pression sur le gouvernement américain. Les publications ont engendré plus d'un million de vues et ont notamment été repartagées par l'ONG de protection des écosystèmes marins Sea Shepherd.
Ce coup de projecteur lui portera cependant préjudice à l'été 2026. En effet, à peine pose-t-il les pieds dans l'enceinte de l'événement que les forces de l'ordre lui mettent des bâtons dans les roues.
Requins pendus sous le drapeau américain
«Je suis arrivé le premier jour du tournoi», se souvient-il.
Les choses vont se gâter dès qu'il décide de s'approcher. «Contrairement à 2023, il y avait des policiers partout cette année», raconte-t-il. Immédiatement, les agents se dirigent dans sa direction et lui interdisent de faire des photos ou des vidéos: «Ma caméra n'était même pas visible, elle était rangée dans mon sac. C'est évident: ils m'avaient reconnu.»
Le message est clair: même si l'événement est public, Nicolas Zimmermann n'est pas le bienvenu. Les autorités l'escortent vers la sortie et le menacent de l'arrêter pour violation de domicile s'il remet les pieds dans le tournoi. Le réalisateur tente d'argumenter, de discuter. En vain. Il s'en va sans avoir l'intention de réitérer l'expérience. Avant de changer d'avis quelques jours plus tard.
Arrestation sur un parking
Dimanche 19 juillet, la tentation est trop forte: «Je n'étais qu'à une heure de route de ces imbéciles qui tuent des requins», déclare-t-il, encore navré du comportement des participants. Cette fois-ci, cependant, sa stratégie est différente: il essayera de prendre des clichés de plus loin. Arrivé sur place, il se gare sur un parking, juste à temps pour voir les squales être tirés hors de l'eau. Le répit ne sera que de courte courée: «deux minutes à peine» s'écoulent avant que deux voitures de police ne débarquent.
Il tente de filmer l'intervention avec son téléphone, sans succès. Les hommes sont «menaçants», lui interdise de s'approcher de trop près et lui demande s'il porte une arme.
Les forces de l'ordre le prennent en photo, puis photographient son passeport, son permis de conduire et les plaques du véhicule. Ils auraient même contacté les autorités locales et nationales pour savoir s'il était recherché et pour s'assurer de son droit de séjourner dans le pays.
L'intervention se terminera après une trentaine de minutes. On ordonne à Nicolas Zimmermann de partir et de ne plus revenir. Il parlera néanmoins de sa mésaventure dans une vidéo sur Instagram, qui cumule plus de 11 000 «j'aime».
«Tuer pour le plaisir»
«Ce que je reproche à ce tournoi, c'est que les gens tuent pour le plaisir», dénonce-t-il. Il rappelle également que les requins sont jetés à la poubelle après avoir été capturés. «Même s'ils les mangeaient, un squale est mauvais pour la santé en raison du mercure contenu dans son corps.»
De leur côté, les participants se justifient en assurant que les requins, «trop nombreux», dévoreraient les poissons qu'ils pêchent. Un autre argument est avancé par la Mississippi State University (MSU): les chercheurs utiliseraient les cadavres de squales pour la recherche. Etudier la colonne vertébrale d'un requin-tigre, par exemple, est le seul moyen de connaître son âge.
Des «excuses» qui ne feraient que «légitimer» une pratique dévastatrice pour ces animaux, selon l'activiste romand. De retour en Suisse, il a lancé une pétition qui vise à supprimer les requins de la liste des espèces autorisées à être pêchées lors du tournoi. Il souhaite également sensibiliser les sponsors de l'événement, comme Pepsi, pour qu'ils cessent d'apporter leur soutien.
Les images du Deep Sea Fishing Rodeo feront partie du documentaire que Nicolas Zimmermann est en train de finaliser. Il espère le terminer pour l'année prochaine et a Netflix dans le viseur pour la diffusion.
