Suisse
Argovie

Ce dessert suisse porte un nom «totalement inacceptable»

Ce village suisse mange des «tranches de nègres» et ne veut pas y renoncer.
Image: watson

Ce dessert suisse porte un nom «totalement inacceptable»

Ce n'est pas la première fois que les habitants de Mandach, dans le canton d'Argovie, sont la cible de critiques pour leur pâtisserie traditionnelle: la «Negerschnitte» ou «tranche de nègre» en français. Si la population estime que cette appellation n'a rien de raciste, un expert ne partage pas cet avis.
29.11.2024, 11:5529.11.2024, 11:55
Lisa Kwasny / ch media

On aurait pu baptiser cette pâtisserie composée de pâte à biscuit, de crème à la vanille et de glaçage au chocolat «tranche à la vanille» ou «tranche noire et blanche». Les habitants de Mandach, eux, ont préféré appeler leur pâtisserie traditionnelle «Negerschnitte», ou «tranche de nègre». Un nom qui leur vaut de nombreuses critiques.

En effet, cette pâtisserie a été proposée dimanche dernier à Klingnau (AG) lors d'une manifestation, comme l'a indiqué 20 Minuten. Un lecteur a alors envoyé une photo au journal avec la remarque suivante:

«Ces tranches sont fabriquées à Mandach et portent probablement ce nom depuis toujours. Mais cette appellation est totalement inacceptable»
Selon le site Internet de la commune de Mandach, les habitants sont friands de la «Negerschnitte» lors des célébrations.
Selon le site Internet de la commune de Mandach, les habitants sont friands de la «Negerschnitte» lors des célébrations.zvg

«Personne ici ne pense que c'est raciste»

Ce n'est pas la première fois que l'expression «tranche de nègre» suscite un tollé. En 2015 déjà, CH Media (dont watson fait partie) avait publié un article faisant référence à cette appellation raciste.

A l'époque, le maire de Mandach, Lukas Erne, avait déclaré que le nom de la pâtisserie avait été choisi par des boulangers privés. Selon le site web de la commune, les boulangers se sont inspirés des armoiries de Mandach, qui représentent une personne Noire avec des éléments stylistiques typiquement racistes, dont des lèvres rouges épaisses et des cheveux crépus.

Les armoiries de la commune de Mandach qui représentent Saint-Maurice.
Les armoiries de la commune de Mandach qui représentent Saint-Maurice.
L'histoire derrière les armoiries
Selon le site de la commune, les armoiries de Mandach représentent Saint-Maurice. Selon la légende, il était le commandant d'une légion romaine principalement chrétienne venue d'Egypte pour réprimer une révolte gauloise. Mais les soldats se seraient mutinés près de Saint-Moritz en Valais parce qu'ils ne voulaient pas entrer en guerre contre leurs coreligionnaires. L'empereur Maximilien donna alors l'ordre de tuer toute la légion. Une version fortement mise en doute par les historiens. Bien que Saint-Maurice soit originaire d'Egypte, il est représenté comme un personnage à la peau très foncée.

Un habitant du village a déclaré à 20 Minuten que la recette venait d'Autriche. En 2015 déjà, le site web de la commune indiquait que l'on n'avait pas encore trouvé de nom alternatif pour cette pâtisserie.

Le fait que la recherche d'un autre nom paraisse si difficile ne semble pas être dû à la complexité de la tâche. Les habitants de Mandach défendent le choix du nom: «Je ne comprends pas pourquoi les gens s'excitent. Personne ici ne pense que c'est raciste», explique Fritz Keller à 20 Minuten. Il estime que le nom ne pose pas de problème. Et à une autre villageoise, dérangée par le fait que l'on doive aujourd'hui changer des termes utilisés depuis longtemps, de renchérir:

«Nous n'aurions pas eu à mener cette discussion il y a 20 ans»

Un manque d'empathie

Suffit-il de dire que l'on n'a pas d'intention raciste pour qu'un terme ne pose pas de problème? «Non», selon Philip Bessermann de la Fondation contre le racisme et l'antisémitisme (GRA). Ce n'est pas parce que le mot «nègre» n'est pas utilisé pour désigner une personne dans ce contexte qu'il ne peut pas blesser les «people of color», c'est-à-dire les personnes racisées.

«Cela montre tout simplement qu'il y a un manque d'empathie»
Philip Bessermann

A ses yeux, la plupart des gens savent très bien qu'il s'agit d'un terme péjoratif et raciste. «Ce serait une marque de respect que de simplement renommer les pâtisseries. Mais dans de tels cas, les responsables s'y refusent souvent obstinément, soit par dépit, soit pour ne pas faire plaisir au camp progressiste.»

Traduit et adapté de l'allemand par Léa Krejci

Des photos vintage de passages piétons en Suisse:
1 / 10
Des photos vintage de passages piétons en Suisse:
«Oups, c'était limite!» - Photo prise en mai 1957 à Zurich, où un homme est presque renversé par une voiture.
source: photopress-archiv / bischof
partager sur Facebookpartager sur X
A 59 ans, elle bat le record du nombre de pompes en une heure
Video: watson
Ceci pourrait également vous intéresser:
Avez-vous quelque chose à nous dire ?
Avez-vous une remarque ou avez-vous découvert une erreur ? Vous pouvez nous transmettre votre message via le formulaire.
10 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
10
«Aujourd’hui, la Suisse est unie dans le cœur»: Parmelin prend la plume
Guy Parmelin s’exprime au nom du Conseil fédéral pour adresser ses condoléances aux proches des victimes de Crans-Montana. Il remercie les secouristes ainsi que les Etats venus en aide.
Permettez-moi, en cette période de profonde tristesse et de grande souffrance, de vous adresser, en toute humilité, quelques mots.

Au nom du Conseil fédéral, le gouvernement suisse, je tiens à exprimer mes plus sincères condoléances aux familles et aux proches des personnes décédées. A toutes celles et tous ceux qui ont eu la chance de survivre à la catastrophe, mais qui ne sont désormais qu’au début d’un long et difficile chemin de guérison, nous adressons notre profonde compassion.

Je souhaite m’adresser tout particulièrement aux jeunes. Beaucoup des victimes étaient elles-mêmes jeunes, pleines de projets, d’espoirs et de rêves. Leur vie ne doit pas être réduite à la catastrophe, ni aux circonstances dans lesquelles elle s’est achevée. Elle doit être honorée pour ce qu’elle a été: une promesse, une énergie, une part de notre avenir commun.

Nous devons aux personnes touchées, aux familles et aux proches le respect, la mémoire – et l’engagement de tout mettre en œuvre pour qu’une telle catastrophe ne se reproduise pas. La justice examine actuellement dans quelle mesure des prescriptions de sécurité ont été enfreintes et en tirera les conséquences. C’est ce que nous devons aux victimes et à leurs proches.

Je tiens également à rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui ont apporté leur aide, sous des formes diverses. A la police, aux nombreux services de secours et aux sapeurs-pompiers de milice qui ont risqué leur vie lors d’opérations de sauvetage dangereuses et éprouvantes. Et à l’ensemble du personnel médical, dans les hôpitaux en Suisse comme à l’étranger, qui s’occupe depuis des jours, sans relâche, des nombreux blessés graves.

Dans le grand malheur qui nous a frappés et qui — j’ose l’affirmer avec force — a fait de toute la Suisse une communauté unie dans le deuil, nous avons, pour un temps, la possibilité d’être ensemble afin de partager le poids de cette épreuve. Cette solidarité ne rendra pas la charge plus légère, mais si elle peut ne serait-ce qu’un peu contribuer à apaiser la douleur, alors elle trouve pleinement sa raison d’être.

Il est évident qu’aucun pays ne peut affronter seul de telles situations exceptionnelles. La Suisse a donc, conformément aux mécanismes internationaux prévus, sollicité un soutien, après que plusieurs Etats ont proposé leur aide. Des patientes et des patients souffrant de brûlures extrêmement graves ont ainsi pu être transférés des hôpitaux suisses vers des cliniques spécialisées dans le traitement des grands brûlés, dans différents pays européens. Ils y reçoivent les meilleurs soins possibles. Ces traitements dureront des mois, ce qui représente une charge supplémentaire pour les proches. Au nom de la Suisse, je remercie l’ensemble des pays concernés pour leur solidarité.

Aujourd’hui, la Suisse est triste. Mais aujourd’hui, la Suisse est aussi unie dans le cœur. Unie dans le deuil, unie dans le soutien, unie dans la détermination à comprendre et à protéger.

(Ce texte a été publié dans la Schweizer Illustrierte, puis partagé au groupe CH-Media. Il a été adapté de l'allemand par watson)
L’article