Qui achète des kalachnikovs en Suisse? La Confédération n'en sait rien
Avait-il le droit de posséder ses armes?
L’auteur avait trois armes dans la camionnette avec laquelle il s’est rendu à Schachen: un fusil d’assaut semi-automatique AK-74, également connu sous le nom de kalachnikov, ainsi que deux pistolets. Il a tiré sur la foule avec la kalachnikov et l’un des pistolets, tuant une jeune femme et blessant six autres personnes, dont certaines grièvement.
Selon la police, les trois armes étaient dûment enregistrées à son nom. Il les avait acquises légalement en 2005.
Quelles sont les règles?
La kalachnikov que l’auteur avait avec lui est une arme semi-automatique dotée d’un chargeur de grande capacité. Il y a vingt ans, il était plus facile qu’aujourd’hui d’en acheter une légalement. La loi sur les armes a été durcie en 2019. Le peuple suisse a approuvé cette révision à 63%.
Depuis, ces armes sont interdites selon l’Office fédéral de la police (Fedpol) et ne sont autorisées qu’à titre exceptionnel. Quiconque souhaite malgré tout acquérir et posséder un fusil d’assaut entièrement automatique ou un modèle doté d’un chargeur de plus de dix cartouches doit obtenir une autorisation exceptionnelle auprès du bureau des armes de la police cantonale concernée.
La kalachnikov utilisée à Aarau entre dans cette catégorie. En règle générale, seuls les tireurs sportifs, les collectionneurs ou les musées obtiennent cette autorisation exceptionnelle. Il n’est donc pas certain que l’auteur de la fusillade d’Aarau aurait pu l'acheter aujourd’hui.
Néanmoins, les kalachnikovs semi-automatiques équipées d’un chargeur de plus petite capacité restent en revanche autorisées en Suisse. Comme pour toutes les autres armes autorisées, un simple permis d’acquisition d’armes suffit.
Comment réagit le monde politique?
Lorsque le tueur a acheté sa kalachnikov il y a une vingtaine d’années, il n’avait donc pas besoin d’autorisation exceptionnelle. Franziska Roth, conseillère aux Etats du Parti socialiste (PS), juge cette situation intenable. Auprès de la Radio télévision suisse alémanique (SRF), elle réclame un durcissement de la législation. Les armes achetées avant 2019 sous l’ancien droit devraient être retirées à leurs propriétaires.
Le conseiller aux Etats sans parti Daniel Jositsch (anciennement PS) estime lui aussi qu’il faut agir. Une possibilité serait d’exiger a posteriori des propriétaires d’armes relevant de l’ancien droit qu’ils obtiennent une autorisation exceptionnelle. Il existe un groupe à risque, affirme-t-il auprès de la SRF. Il s'explique:
De leur côté, les élus de droite accueillent ces propositions avec scepticisme. Pour Reto Nause, conseiller national du Centre, un durcissement de la législation entraînerait beaucoup de bureaucratie pour peu de résultats. A sa connaissance, il s’agit du premier incident impliquant ce type d’arme. Selon lui, il faut agir ailleurs: l’auteur souffrait vraisemblablement de problèmes psychiques ou médicaux. Werner Salzmann, spécialiste des questions de sécurité de l’Union démocratique du centre (UDC), tient un discours similaire:
Dans le cas de l’auteur de la fusillade d’Aarau, certains éléments laissent penser qu’il traversait une crise psychique, mais cela n’a pas été confirmé.
Qu’est-ce qu’une kalachnikov exactement?
Le terme kalachnikov désigne une série de fusils d’assaut et de mitrailleuses soviétiques et russes. Ces armes portent le nom de leur inventeur, Mikhaïl Kalachnikov, un lieutenant-général russe. En 1946, il a conçu le célèbre AK-47, aujourd’hui l’arme la plus produite au monde. AK signifie «Avtomat Kalachnikova», soit «fusil automatique de Kalachnikov».
Tous les autres modèles de kalachnikov développés depuis sont dérivés de l’AK-47. Parmi eux figure l’AK-74, modèle avec lequel l’auteur de la fusillade d’Aarau a tiré. Plus léger que le modèle d’origine, il utilise des cartouches plus petites, ce qui réduit le recul et permet de mieux le maîtriser.
Combien de kalachnikovs sont en circulation en Suisse?
Il n’existe aucun chiffre à ce sujet. Selon une estimation datant de 2018, environ 2,3 millions d’armes étaient détenues par des particuliers en Suisse. On ignore quelle proportion correspond à des armes de chasse, professionnelles ou de sport, tout comme le nombre d’exemplaires de chaque modèle en circulation. La Confédération ne tient pas de registre central des armes.
Qui possède une arme en Suisse?
Le propriétaire moyen d’armes en Suisse est un homme âgé de 31 à 65 ans et membre d’une société de tir. C’est ce qui ressort d’une étude de la Haute école zurichoise des sciences appliquées (ZHAW) publiée en 2023. En règle générale, les propriétaires détiennent plusieurs armes: deux tiers des personnes interrogées ont déclaré en posséder plus de six. (trad. hun)
