Cette initiative UDC menace de casser la Suisse romande
Nous vivons dans un monde devenu plus dangereux. Les régimes autoritaires et les grands prédateurs sont de retour. Les purs rapports de force remplacent le respect du droit et des traités.
La Russie envahit l’Ukraine et sème la mort. Les Etats-Unis ne sont plus les alliés, mais les adversaires des Européens. La brutalité semble exploser partout dans une géopolitique hors de contrôle.
Une initiative dangereuse pour la Suisse
Simultanément, les démocraties sont fragilisées par le populisme, le communautarisme et le complotisme, boostés par les réseaux sociaux. Les esprits sont submergés d’émotions simplettes ou de «fake news». Les repères disparaissent et la raison flanche. Chacun tend à prendre ses opinions pour des vérités incontestables.
Franc-Parler
Chaque dimanche matin, watson invite des personnalités romandes à commenter l'actu ou, au contraire, à mettre en lumière un thème qui n'y est pas assez représenté. Au casting: Nicolas Feuz (écrivain), Anne Challandes (Union Suisse des Paysans), Roger Nordmann (conseiller stratégique, ex-PS), Damien Cottier (PLR), Céline Weber (Vert'Libéraux), Karin Perraudin (Groupe Mutuel, ex-PDC), Samuel Bendahan (PS), Claude Ansermoz (ex-rédacteur en chef de 24 Heures), Ivan Slatkine (président de la FER) et la loutre de QoQa.
La Suisse n’est pas épargnée par ces bouleversements. Elle n’est pas une île à l’abri des catastrophes. Au contraire, comme tous les petits Etats, elle peut facilement être mise sous pression. Autrement dit, elle a besoin de règles stables et d’institutions solides pour prospérer. Particulièrement quand les temps sont chaotiques.
C’est dans ce contexte plein d’incertitudes que l’initiative «200 francs, ça suffit» rêve de casser en deux la SSR. Rarement une démarche politique aura été autant hors sol et à contretemps. Alors que les dangers se multiplient, les initiants souhaitent affaiblir les défenses immunitaires de la Suisse.
Un risque pour la cohésion nationale
Les radios et les télévisions de service public jouent un rôle essentiel dans la robustesse du pays. Aux côtés des médias privés dont les orientations sont libres, elles fournissent des informations pluralistes et décentralisées, tout en animant des débats impartiaux entre les différents courants politiques.
De plus, elles font vivre chaque région linguistique, soutiennent fortement le sport et la culture, favorisent le sentiment d’appartenance à la Confédération.
Couper en deux les recettes des médias publics aurait des conséquences douloureuses. Les programmes seraient directement touchés. Les compétitions de ski, les championnats des différents sports, les musiques, le cinéma, le folklore, tout ce qui fait vibrer la Suisse serait amputé. Et dans chacun de ces domaines, quelle prestation devrait être sacrifiée? La force de la SSR, dont c’est d’ailleurs le mandat, c’est de s’adresser à tous les habitants, quels que soient leur langue, leur région et leurs goûts.
Deuxièmement, la casse de la SSR serait aussi celle du fédéralisme. Faute de moyens, une centralisation de la production deviendrait inévitable. Adieu RTS, RSI, SRF, RTR. Adieu sujets cantonaux et journalistes de terrain. Place à la domination de Zurich et Berne. Et aucun média privé ne viendrait combler les trous dans la couverture du puzzle helvétique.
La raison face au chaos des réseaux sociaux
Enfin, l’effondrement des finances de la SSR affaiblirait également la qualité de l’information, même si les forces restantes tentaient de se concentrer sur cette activité. Quel désastre à l’ère des réseaux sociaux et des mensonges dans le style Trump. Si la qualité de l’information et des débats est essentielle pour le bon fonctionnement de toutes les démocraties, elle est vitale pour les citoyens suisses qui votent plusieurs fois par an sur des questions dont certaines sont existentielles.
Ces constats démasquent l’UDC et les ultra-libéraux à l’origine de l’initiative. Leur intention n’est pas de soutenir le pouvoir d’achat ni d’aider les médias privés dont aucun ne gagnerait un franc grâce à la destruction des médias publics. Leur vraie motivation est l’affaiblissement de la raison défendue par les chaînes de la SSR au profit du populisme généré par les plates-formes numériques.
L'importance d'une information de qualité
En réalité, nos concitoyens sont très attachés aux services publics. Je le constate chaque jour dans ma campagne pour l’élection partielle au Conseil d’Etat vaudois. Hôpitaux, écoles, transports, justice, police sont plébiscités. Nul ne veut s’en passer. Chacun sait que des prestations solides servent à la fois la population et l’économie, la qualité de vie et la prospérité.
Or, un bon accès à une information de qualité, au sport et à la culture fait partie de ce bien commun utile à tous. La SSR est une institution qui sert le public. Particulièrement notre canton au centre de la minorité francophone. Qui se soucierait de la Suisse romande et qui lui donnerait la parole sans la RTS?
Confiant dans la lucidité et le bon sens des Vaudois, je suis certain qu’ils rejetteront massivement l’initiative qui veut couper en deux la SSR et casser les médias de service public en Suisse romande.
